Enfants et conflits armés : Olara Otunnu espère une « nouvelle ère » de protection effective

Enfants et conflits armés : Olara Otunnu espère une « nouvelle ère » de protection effective

Olara Otunnu
Passer de l'élaboration de normes pour la protection des enfants dans les conflits armés à leur application, tel est maintenant le défi pour la communauté internationale, a exposé aujourd'hui l'Expert de l'ONU sur la question, avant la publication prochaine du rapport du Secrétaire général qui recommande au Conseil de sécurité des mesures ciblées contre les groupes qui commettent de tels crimes.

« C'est un grand moment pour les enfants exposés aux conflits armés », a déclaré aujourd'hui Olara Otunnu, Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général sur la question, lors d'une conférence de presse au Siège de l'ONU à New York.

Ce rapport, qui n'a pas encore été publié officiellement, sera présenté au Conseil de sécurité le 23 février prochain, a indiqué Olara Otunnu, ajoutant qu'il marquait un « tournant dans une ère d'application effective », avec notamment le lancement d'un régime de mise en oeuvre des normes adoptées, afin de protéger les millions d'enfants brutalisés dans les situations de conflit armé.

Les efforts des années précédentes ont permis des avancées, notamment l'élaboration de normes au niveau international, l'inscription de la question à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, ainsi que son inclusion dans le mandat des missions de maintien de la paix et dans les négociations et accords de paix, a-t-il souligné.

« Mais en dépit de ces progrès, la situation des enfants reste grave et inacceptable sur le terrain », a affirmé Olara Otunnu, pour qui « la communauté internationale est maintenant confrontée à une grave dichotomie avec, d'un côté, des normes de protection des enfants dans les conflits armés claires et vigoureuses et, de l'autre, la poursuite des atrocités et l'impunité pour leurs auteurs ».

Aussi le rapport du Secrétaire général propose-t-il le renforcement du régime international de mise en oeuvre avec notamment une « liste des parties qui commettent de graves violations des droits des enfants », la « liste de toutes les parties qui commettent ces crimes, qu'elles soient des armées gouvernementales ou des groupes rebelles armés » et la liste de toutes les situations préoccupantes, qu'elles figurent ou non à l'ordre du jour du Conseil de sécurité.

Le rapport établit aussi une classification des « abus graves » commis contre les enfants, notamment : le meurtre ou la mutilation d'enfants, le recrutement ou le recours aux enfants soldats, les attaques contre les écoles ou les hôpitaux, le viol ou d'autres graves formes de violence sexuelle à l'encontre des enfants, l'enlèvement d'enfant ou le déni de l'accès humanitaire à destination des enfants.

Dans son rapport, Kofi Annan met également en avant une grave évolution, qualifiée « de particulièrement inacceptable » par Olara Otunnu lors de son exposé, à savoir le nombre d'allégations d'abus sexuels commis par les casques bleus, notamment en République démocratique du Congo (RDC), précisant que les actions disciplinaires concernaient pour l'instant 20 membres du personnel militaire et cinq membres du personnel civil.

A cet égard, dans une lettre transmise aujourd'hui au Conseil de sécurité, le Secrétaire général fait part des mesures prises ou à prendre pour éviter que de telles actions ne se reproduisent (voir notre dépêche d'aujourd'hui).

Dans son rapport, le Secrétaire général recommande notamment au Conseil de sécurité qu'il prenne « des mesures ciblées et concrètes lorsque des progrès suffisants n'ont pas été enregistrés par les parties mentionnées dans le rapport ».

« Ces mesures devraient comprendre des restrictions aux déplacements des leaders de ces groupes, leur exclusion de toute structure de gouvernement et d'amnistie, l'imposition d'embargos sur les armes, l'interdiction de toute assistance militaire et des restrictions aux flux financiers à destination de ces parties », indique le Secrétaire général dans son rapport.

Olara Otunnu a par ailleurs rappelé que la rédaction de ce rapport adoptait une « démarche pragmatique » et qu'en l'absence d'une définition universelle des « conflits armés », les situations préoccupantes signalées ne correspondaient pas forcément aux situations qui donnent lieu à application des Conventions de Genève et des Protocoles additionnels.

Parmi les nombreuses situations mentionnées dans le rapport, le Secrétaire général signale notamment, dans le cadre des conflits à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, la réduction du nombre d'enfants soldats recrutés en Afghanistan.

Au Burundi, malgré des efforts pour parvenir à leur désarmement et démobilisation, ils continuent d'être recrutés par les Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) de Pierre Nkurunziza et par le Parti de libération du Peuple Hutu-Forces Nationales de Libération (PALIPEHUTU-FNL) d'Agaton Rwasa.

En Côte d'Ivoire, des enfants continuent d'être présents dans les rangs du Mouvement pour la Justice et la Paix (MPJ), le Mouvement Populaire Ivoirien pour le Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), de même que chez les LIMA « force supplétive », opérant aux côtés des FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire).

Le rapport souligne par ailleurs qu'en République démocratique du Congo (RDC), malgré les efforts pour intégrer plusieurs groupes et factions au sein de l'armée nationale congolaise, les FARDC, plusieurs unités militaires ne l'avaient été que sur le papier, et qu'elles continuaient de comporter des enfants soldats, notamment parmi les ex-Maï Maï.

Au Libéria, où plus de 10.000 enfants avaient été démobilisés à la date d'octobre 2004, il apparaît que près de 75% des filles-soldats avaient subi des viols ou d'autres formes de violence sexuelle, qui persiste dans les camps de personnes déplacées.

Signalant une évolution négative, Olara Otunnu a notamment rappelé que l'année dernière les exactions contre les enfants des milices Janjaouites du Soudan ne figuraient pas dans le rapport, qui met aussi l'accent sur le recrutement d'enfants parmi les milices rebelles du Sud, l'Armée/Mouvement de libération du Soudan (SPLM/A) – qui ont néanmoins démobilisé 800 enfants au début de l'année 2004 -, le Mouvement unitaire pour le Sud-Soudan (SSUM), et du Darfour, notamment le Mouvement pour la Justice et l'égalité (JEM).

Enfin, le rapport cite la situation précaire des enfants pris dans le conflit iraquien, objets de bombardements par les Forces de la coalition et d'attaques et d'enlèvements par les groupes insurgés, ainsi que celle des enfants palestiniens et israéliens victimes d'attaques terroristes et d'opérations militaires.

Par ailleurs, au nombre des « conflits armés » qui ne figurent pas à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, le rapport attire l'attention sur le recrutement d'enfants par les groupes armés illégaux en Colombie, au Myanmar, et au Sri Lanka, notant toutefois des progrès aux Philippines.

Le rapport du Secrétaire général cite aussi l'enlèvement et l'endoctrinement d'enfants par le parti maoïste au Népal, la prise pour cible d'enfants lors des opérations terroristes des mouvements indépendantistes tchétchènes en Fédération de Russie et le recrutement intensif d'enfants au Nord de l'Ouganda par l'Armée de la résistance du Seigneur (LRA).

image• Retransmission de la conférence de presse d'Olara Otunnu [51 mins]

- Page spéciale du site de l’ONU consacrée aux enfants dans les conflits armés