Conseil de sécurité : tout faire pour garantir la réconciliation nationale au Soudan

8 février 2005

Réussir l'unité du Soudan et mettre fin au conflit au Darfour ont été les deux principaux messages des membres du Conseil de sécurité au Vice-Président du Soudan et au chef des rebelles du Sud, invités à New York après la signature de l'Accord de paix global. Le Conseil a aussi réitéré son engagement à traduire en justice les auteurs de violations de droits de l'homme.

Le Vice-Président du Soudan, Ali Osman Taha et John Garang, représentant de l'Armée de libération du Soudan (ALS) participaient aujourd'hui à une séance publique du Conseil de sécurité, au Siège de l'ONU, à New York, qui offrait, pour la première fois après la signature de l'Accord de paix entre le Nord et le Sud, le 9 janvier dernier à Nairobi, l'occasion d'une discussion « franche et directe » avec les principaux acteurs du processus de paix.

Cette séance s'est déroulée en présence du Secrétaire général, Kofi Annan, de l'Ambassadeur Baba Gana Kingbe, Représentant spécial du Président de la Commission de l'Union africaine au Soudan et du Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.

Le Conseil de sécurité était saisi du dernier rapport du Secrétaire général sur le Soudan d'évaluation des performances du Gouvernement du Soudan et des mouvements rebelles au Darfour (S/2005/68) (voir le compte-rendu de la séance et du rapport).

Affirmant la détermination du Conseil de sécurité à ce qu'aucun effort ne soit « épargné pour que le peuple soudanais soit favorable à l'unité » du pays, le Président du Conseil de sécurité pour le mois de février, Joël Adechi, du Bénin, a souligné que « tout devrait être mis en œuvre pour conserver la dynamique actuelle et appliquer l'Accord de paix global afin de parvenir à une véritable réconciliation nationale ».

« Nous accueillons avec satisfaction la ratification rapide de l'Accord par le Parlement soudanais », a-t-il précisé, en référence à l'Accord de paix global signé le 9 janvier 2005, à Nairobi (voir notre dépêche du 9 janvier 2005), ajoutant qu'il était « indispensable que toutes les parties soient déterminées à appliquer de bonne foi cet accord de paix global ».

Dans son intervention, le Conseil de sécurité a par ailleurs souligné « la responsabilité considérable de la communauté internationale, qui doit aider les parties soudanaises à rester sur le chemin sur lequel elles se sont engagées ».

« Le Conseil a déjà lancé un appel en faveur d'une assistance à la reconstruction et au développement, et notamment a fait sienne l'initiative du Gouvernement norvégien d'organiser à Oslo une conférence de donateurs […], sous réserve que les parties s'acquittent de l'ensemble de leurs engagements. »

De même, a-t-il ajouté, « les membres du Conseil ont commencé à rédiger une résolution afin de traiter en détail tous les aspects de la situation au Soudan » et notamment pour mettre en place la Mission de maintien de la paix dont le projet a été ébauché par le Secrétaire général dans son dernier rapport sur la question (voir notre dépêche du 3 février 2005) et présenté par son Représentant spécial au Conseil de sécurité (voir notre dépêche du 4 février 2005).

Toutefois, a averti le Président du Conseil, ce dernier « reste profondément préoccupé par la situation au Darfour », ajoutant qu'il exprimait « sa désapprobation à l'égard des violations du cessez-le-feu et de la poursuite des actes de violence au Darfour ».

« La poursuite des violations de ces accords contraignants met sérieusement en doute la détermination des parties à parvenir à un règlement pacifique de la crise », a-t-il affirmé.

« La poursuite des attaques contre les civils, le fait de prendre les travailleurs humanitaires pour cible et les attaques qui ont été lancées contre des observateurs de l'Union africaine sont totalement inacceptables », a déclaré Joël Adechi.

Le Conseil de sécurité, par la voix de son Président, s'est aussi déclaré « révolté par les graves crimes commis au Darfour en violation du droit international et décrits dans le rapport de la Commission d'enquête internationale » (voir notre dépêche du 1er février 2005) et se déclare « résolu à s'attaquer à l'impunité et à traduire en justice les auteurs de ces crimes ».

A cet égard, le Conseil a appelé à accroître « rapidement » le personnel chargé de s'assurer du respect des droits de l'homme joue au Darfour, chargeant le Secrétaire général de l'ONU d'en assumer la direction et la coordination.

« En l'absence de progrès politique, la situation au Darfour ne pourra que se détériorer davantage encore », a par ailleurs rappelé le Président du Conseil de sécurité, qui s'est félicité de la décision du Gouvernement soudanais de charger le Vice-Président Taha de diriger l'équipe de négociation à Abuja. Il a aussi engagé John Garang d'utiliser « son pouvoir et toute son influence » pour permettre à ces négociations d'aboutir.

Le Président du Conseil a enfin rappelé son « appui sans réserve » au « rôle constructif et fondamental » de l'Union africaine, et rappelé que sa mission au Darfour devait « faire face à des situations très difficiles pour assurer son rôle de protection militaire et d'observation sur le terrain ».

« La poursuite de sa participation et de son engagement, de même que le rôle politique qu'elle joue en facilitant les négociations à Abuja (Nigéria) sont essentiels », a rappelé le Président du Conseil de sécurité.

Prenant la parole après le Vice-Président Taha, John Garang, le Président du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) a estimé, concernant la paix au Darfour et dans l'est du Soudan, que la recherche de la victoire militaire s'avèrerait vaine.

« Les responsables de crimes graves », a-t-il prévenu, « doivent être punis mais seulement une fois que la paix sera instaurée ». Procéder autrement reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs, a-t-il estimé.

Pour sa part, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, s'est interrogé sur les raisons de l'impasse actuelle, se demandant si la communauté internationale était suffisamment intervenue.

Il a expliqué que le conflit au Darfour était bien plus complexe qu'une simple guerre civile et qu'il s'agissait d'une lutte pour la survie de modes de vie différents, africain et arabe, dans lequel entrent par ailleurs en jeu des questions d'accès à l'eau et de pression démographique.

« Ce n'est pas un conflit nouveau, il remonte à plusieurs décennies et présente certains aspects d'un conflit de classe », a-t-il dit.

Ce n'est pas un conflit religieux mais il a été exacerbé par les dirigeants spirituels, a poursuivi Jan Pronk, ajoutant que c'était également un conflit politique entre les tenants traditionnels du pouvoir et ceux qui ont été désignés par le Gouvernement pour moderniser les choses.

image• Retransmission de la séance du Conseil de sécurité[117mins]

 

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