Kosovo : Protection des minorités, dernier obstacle avant la « fin de partie »

29 novembre 2004

Après cinq ans d'activités de la Mission de l'ONU au Kosovo, on approche de la fin de partie, à savoir les discussions sur le statut final, a déclaré devant le Conseil de sécurité l'Envoyé de l'ONU pour le Kosovo, précisant toutefois que l'application des normes avait été inégale et que demeuraient en suspens la protection et la représentation des minorités.

« Lorsque je suis arrivé à Pristina le 15 août, j'ai exprimé la conviction qu'il ne pourrait y avoir ni normalisation ni stabilisation dans les Balkans occidentaux sans règlement de la question du Kosovo. J'en suis plus que jamais convaincu », a déclaré aujourd'hui le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Kosovo, Søren Jessen-Petersen, à l'occasion d'un exposé devant le Conseil de sécurité réuni pour examiner la situation au Kosovo.

Concernant la sécurité, « fondement de toute action » au Kosovo, Søren Jessen-Petersen, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général (voir notre dépêche du 24 novembre 2004), a rappelé que « les huit derniers mois n'avaient connu qu'un seul incident ethnique grave, et que la récente campagne électorale, de même que le jour de l'élection, s'étaient déroulés de manière pacifique ».

La police du Kosovo dispose désormais d'une unité d'intervention spéciale contre les émeutes, et le Représentant spécial a demandé à l'OTAN de «garder le cap et de maintenir la force à sa taille actuelle » (voir notre dépêche du 10 novembre 2004).

Les progrès dans la mise en oeuvre des normes ont été inégaux, a affirmé Søren Jessen-Petersen, qui a précisé qu'il était illusoire de s'attendre à ce que les 400 critères détaillés soient satisfaits d'ici à la mi-2005, date prévue pour l'examen des progrès accomplis.

Partant du principe selon lequel toutes les compétences n'étant pas directement liées à la souveraineté devraient être transférées aussi vite que possible, Søren Jessen-Petersen a annoncé la poursuite de ces transferts, notamment dans le domaine de l'économie mais aussi de la justice et de la sécurité.

Il a précisé toutefois qu'elles devraient s'accompagner non seulement du renforcement des capacités mais aussi d'une plus grande responsabilité. A cet égard, il a affirmé que la MINUK était « prête à s'occuper des fonctionnaires qui manqueraient à leur devoir, ou qui bloqueraient les tentatives pour réaliser des progrès dans les domaines clefs.

« J'ai un certain nombre d'outils à ma disposition, fondés sur la résolution du Conseil de sécurité 1244 », a-t-il rappelé, soulignant que si les mesures prises resteraient proportionnelles, il n'hésiterait pas à recourir à des sanctions en dernier ressort, étant rappelé que le Gouvernement du Kosovo avait la responsabilité principale de garantir les progrès réalisés.

La protection des minorités, qui est à l'heure actuelle « l'objectif principal des normes » à réaliser avant de négocier le statut final du Kosovo, sera principalement assurée par l'effort de décentralisation mis en place avec l'assistance de la MINUK à un Groupe de travail des autorités intérimaires d'administration provisoire, auquel participent des observateurs serbes du Kosovo et du Conseil de l'Europe.

« Je voudrais dire clairement que la division territoriale n'est ni souhaitable par principe ni pratique concrètement sur un territoire relativement petit, où un tiers seulement des Serbes du Kosovo est concentré au nord de la rivière Ibar, tandis que les deux tiers restant sont dispersés à travers le reste du territoire, surtout dans de petites régions rurales », a-t-il expliqué, soulignant que « c'est précisément à cause de leur isolement et de leur situation exposée qu'il fallait assurer leur sécurité ainsi que leur droits économiques et sociaux dans le cadre de l'important plan d'autonomie élaboré par le Groupe de travail ».

Le Représentant spécial a réitéré un appel aux Serbes du Kosovo pour qu'ils participent aux processus démocratique et souligné l'importance de la reprise d'un dialogue direct entre Pristina et Belgrade, notamment pour régler la question douloureuse des personnes disparues.

Par ailleurs, la question des retours reste encore dépendante de celle de la sécurité, qui est selon lui entre les mains des dirigeants albanais du Kosovo.

Ainsi, si la reconstruction des 900 maisons détruites lors des événements de mars 2004 est presque achevée, plus de 2 000 personnes déplacées à cette époque ne sont toujours pas retournées dans ces maisons reconstruites, a-t-il informé.

« La très mauvaise situation économique» constitue une autre « entrave principale à la stabilité et à la réconciliation » soulignée par Søren Jessen-Petersen, qui a demandé aux employeurs de recruter plus de jeunes à court terme, et qui a encouragé la privatisation pour stimuler l'économie.

Abordant enfin la question des élections, le Représentant spécial pour le Kosovo a noté qu'une coalition relativement étroite s'était formée entre la LDK (Ligue démocratique du Kosovo), et l'AAA pour constituer un nouveau Gouvernement.

« La possible nomination de M. Ramush Haradinaj au poste de Premier ministre a soulevé quelques préoccupations » dans la mesure où il pourrait être poursuivi par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie ( TPIY ).

Mais, a noté Søren Jessen-Petersen, « la communauté internationale a approuvé mon choix de pas intervenir et de ne pas bloquer le processus démocratique ».

« Ce que l'on observe à présent, c'est la démocratie en marche », a-t-il souligné, précisant que si le TPIY intervenait, la justice suivrait son cours et qu'il espérait que la région ferait preuve d'une collaboration exemplaire à ce processus.

« Après près de cinq ans à gérer une opération d'organisation au Kosovo, il se pourrait que l'on approche de la fin de partie – à savoir les pourparlers sur le statut final », a conclu le Représentant spécial, qui a précisé que « les dirigeants politiques et la population du Kosovo savaient que seuls l'action, la mise en oeuvre des normes prioritaires et un dur labeur les mènera à ce but ».

imageRetransmission de la séance du Conseil de sécurité[2 h 57 mins]

 

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