L'Envoyé de l'ONU pour le Moyen-Orient recommande de repenser le processus de paix

15 novembre 2004

En dépit de la difficulté de la situation, la paix est bien plus proche que l'on ne pourrait le croire, a déclaré aujourd'hui devant le Conseil de sécurité, le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient qui a recommandé de revoir le mécanisme de règlement du conflit en fixant d'emblée les objectifs finaux.

« Il y a de cela quatre jours, un 'géant politique' disparaissait dans un hôpital militaire de Paris. Il y a trois jours, une cérémonie funéraire a été organisée pour Yasser Arafat au Caire, avant qu'il ne soit enterré à Ramallah » a déclaré Terje Roed-Larsen, Coordonnateur spécial du Secrétaire général pour le processus de paix au Moyen-Orient, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité.

Qualifiant Yasser Arafat de « géant » pour ceux qui le soutenaient comme pour ceux qui s'opposaient à lui, pour ses amis comme pour ses ennemis, Terje Roed-Larsen a souligné que sa disparition marquait la fin d'une époque.

Ce personnage qui ne « faisait qu'un avec le mot Palestine », qui fut le premier représentant d'une organisation non gouvernementale à prendre la parole à une session plénière de l'Assemblée générale, fut aussi ce chef des Palestiniens qui les conduisit en 1988 à accepter le principe de la coexistence pacifique entre Israël et un futur Etat palestinien et c'est à ce titre que l'on se souviendra de lui, a estimé le Coordonnateur spécial.

« A présent qu'il a disparu, les Israéliens et les Palestiniens et les amis des deux peuples à travers le monde, doivent faire des efforts encore plus grands pour permettre aux Palestiniens d'exercer leur droit à l'autodétermination », a poursuivi le Coordonnateur de l'ONU.

M. Roed-Larsen a rendu hommage à la transition pacifique qui avait eu lieu dans les zones sous contrôle palestinien et à la coopération qui s'était instaurée avec les autorités israéliennes pour l'enterrement de Yasser Arafat, laquelle s'était traduite notamment par l'autorisation accordée aux forces de sécurité palestiniennes à être armées. Il a aussi relevé que le Gouvernement israélien avait débloqué près de 145 millions de shekels d'arriérés dus à l'Autorité palestinienne.

« Cette coopération rappelle des jours plus heureux et plus anciens et peut augurer d'un nouvel avenir », qui surviendrait, non pas « à cause de la mort du Président Arafat », mais « en dépit d'une situation très difficile ».

Il a rappelé que « les Palestiniens doivent organiser et mener des élections libres et équitables dans les soixante jours, conformément à la Loi fondamentale » de l'Autorité palestinienne.

A cet égard, Terje Roed-Larsen a appelé Israël à s'abstenir de toute mesure pouvant entamer la confiance et renforcer l'instabilité.

L'assistance internationale reste également cruciale pour relever une économie en ruines et il ne faut pas écarter la possibilité d'une « décomposition totale de l'ordre public, d'un effondrement d'une économie fragile et d'une désintégration des institutions palestiniennes autonomes », a-t-il ajouté.

Notant que le Moyen-Orient était parvenu à un tournant critique même avant la mort de Yasser Arafat, notamment avec le vote à la Knesset [le Parlement israélien] du retrait israélien de Gaza, Terje Roed-Larsen a souligné qu'il entendait aujourd'hui présenter un tableau différent des exposés précédents, dépeignant la violence, la détérioration et la crise (voir notre dépêche du 22 octobre).

Même si ce tableau décrit la triste réalité au Moyen-Orient, il a mis l'accent sur le fait que, sur le long terme, la situation a beaucoup changé depuis les accords d'Oslo.

« Malgré les nombreuses difficultés, les parties sont bien plus proches de réaliser leurs objectifs que nous ne le percevons peut-être actuellement », a-t-il souligné, insistant sur le fait que « tant parmi les Israéliens que les Palestiniens, le soutien à la réconciliation, à la paix et à la coexistence était resté constamment élevé au cours des dix dernières années ».

« Une véritable révolution culturelle a eu lieu », a-t-il souligné. « Comme me le rappelait un membre de la Knesset, « il y a quelques années, le simple fait de murmurer les mots « Etat palestinien » vous aurait valu la mise à la porte de n'importe quel poste. Aujourd'hui, cela causerait à peine une levée de sourcils ».

En 1993, les sondages indiquaient qu'un tiers des Israéliens étaient en faveur de la création d'un Etat palestinien, chiffre qui est passé à 50% en 1997 et à 56% en 1999. Même l'éclatement de la deuxième Intifida, en septembre 2000, n'a pas inversé la tendance. Après un infléchissement à 49% en 2002, ce soutien est remonté à 59% lors de la présentation de la Feuille de route en 2003.

Du côté palestinien, des changements radicaux et similaires ont eu lieu, a noté M. Roed-Larsen. Si le soutien à la violence était monté à 57% en 1994, le soutien parallèle au processus de paix n'est jamais descendu en dessous de 60% entre 1996 et 1999, passant à 75% en 1999 et représentant une majorité ces quatre dernières années.

Retraçant l'évolution du processus d'Oslo, entamé en 1993, qu'il a comparé à « une expérimentation menée pour rapprocher les deux peuples vers un avenir commun », il a fait observer que beaucoup de choses avaient été accomplies, même si, depuis 2000, on assiste à un processus de paix « à l'envers ».

Aujourd'hui, a-t-il souligné, la phrase du soldat et du politicien israélien, Moshe Dayan : «Si vous voulez faire la paix, vous ne parlez pas à vos amis, vous parlez à vos ennemis », s'applique toujours et l'échec du processus d'Oslo n'est pas irrévocable.

« Ses principes sous-jacents demeurent valides », a-t-il affirmé avant de proposer de modifier le mécanisme conduisant à leur réalisation.

« La plupart des acteurs, si ce n'est la totalité, conviennent qu'il faut maintenant commencer par la fin – il nous faut un consensus sur la façon dont doit finir le conflit et cela doit faire l'objet d'un accord en tout premier lieu, avant que l'on ne puisse faire quoi que ce soit d'autre », a déclaré le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient.

« Une fois un accord réalisé sur la dernière étape, nous pouvons mettre en oeuvre ses éléments de façon ordonnée – mais nous devons savoir où nous allons », a-t-il souligné, précisant que les principes ne devaient plus être présentés de façon bilatérale mais par la communauté internationale.

Enfin, « tout accord doit être garanti par la communauté internationale et ces garanties doivent être fermes et réelles. Israël doit savoir que si un accord final est conclu, l'accord sera véritablement définitif – qu'il n'y aura plus de conflit, pas même la menace d'un conflit, plus de prétentions, plus d'objections.»

« Les Palestiniens doivent savoir que les étapes provisoires pour parvenir à un accord les y mèneront effectivement, que leurs gains ne leur seront pas repris, qu'ils peuvent commencer à prévoir leur propre avenir. »

A cet égard, Terje Roed-Larsen a passé en revue les différentes étapes préalables à la paix au Moyen-Orient : solution des deux Etats, validité de l'intervention du Quatuor composé de la Fédération de Russie, de l'Union européenne, des Etats-Unis et de l'Union européenne, et règlement du conflit dans son ensemble, notamment par le biais de l'initiative Arabe du Prince Abdullah d'Arabie saoudite.

En définitive, a souligné Terje Roed-Larsen, dont c'était le dernier exposé en sa qualité de Coordonnateur spécial du Secrétaire général pour le processus de paix au Moyen-Orient, « il n'y aura pas d'avenir à la paix au Moyen-Orient sans le Conseil » de sécurité (voir notre dépêche du 25 octobre 2004 à l'occasion de la Journée des Nations Unies).

M. Roed-Larsen a terminé son exposé en citant l'Ulysse du poète Tennyson, formulant l'espoir que « demeure la force de notre volonté, à lutter, à chercher, à trouver et non pas à abandonner, la paix au Moyen-Orient ».

 

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