Guinée-Bissau : lettre ouverte de la société civile à Kofi Annan

Guinée-Bissau : lettre ouverte de la société civile à Kofi Annan

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Une délégation de la société civile a remis au Bureau d'appui de l'ONU en Guinée-Bissau une lettre ouverte destinée au Secrétaire général de l'ONU réclamant une réforme profonde de l'armée tandis que le chef de l'information du Bureau de l'ONU indique que la crise que traverse le pays dépasse le cadre de l'armée.

Dans une lettre ouverte destinée au Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, et remise mercredi à la Représentante adjointe du Bureau d'appui des Nations Unies pour la consolidation de la Paix en Guinée-Bissau (UNOGBIS), Mariama Bayard, une délégation de la société civile bissau-guinéenne demande à l'ONU de s'engager « à appuyer et à assurer la supervision technique d'un Programme de réformes profondes des Forces Armées à mettre en œuvre pendant une période permettant la mise sur pied d'une Armée républicaine. »

Cette lettre de trois pages signée de vingt-huit organisations a été remise à l'issue d'une manifestation pacifique en faveur de la paix qui s'est rassemblée devant le bâtiment des Nations Unies, indique aujourd'hui un communiqué de l'UNOGBIS.

Elle demande par ailleurs l'organisation d'une rencontre sur la Justice et la Réconciliation Nationale et un « appui conséquent » à la tenue de l'élection présidentielle prévue pour 2005, « en vue de contribuer au retour à une vie institutionnelle normale dans le pays. »

Les 28 signataires réclament également la création d'un Observatoire qui aurait pour tâche de suivre les mesures politiques adoptées en faveur de la consolidation du processus démocratique en cours, de la protection des Droits de l'Homme, la restauration de la paix et de la stabilité dans le pays.

Ils appellent à un soutien des Nations Unies au redressement économique du pays, avec notamment la tenue d'une table ronde des bailleurs de fonds, et demandent que les organisations de la société civile bissau-guinéenne soient impliquées dans le processus des réformes de l'armée, les initiatives relatives à la Justice et à la Réconciliation Nationale et le redressement économique du pays.

Mme Bayard a promis de faire parvenir cette missive au Secrétaire général des Nations Unies, précise le communiqué.

Quant au chef de l'information de l'UNOGBIS, Hamadoun Touré, interrogé par la radio de l'ONU, il estime qu'une des tâches du Bureau d'appui de l'ONU est précisément d'instaurer « une autre façon de gérer les relations entre l'armée et les acteurs politiques », ce qui rejoint la requête formulée par la société civile dans sa lettre, a-t-il fait observer.

Il a rappelé que l'armée inclut une composante très forte de militaires ayant participé à la guerre de libération ainsi que d'autres soldats formés après l'indépendance en 1973-1974, ajoutant qu'il revenait « aux autorités guinéennes, aussi bien civiles que militaires, d'exprimer leurs intentions et leurs désirs à la communauté internationale et aux Nations Unies qui sont là pour les aider. »

Avant les événements du 6 octobre, pendant lesquels le chef d'état-major des forces armées, le général Verissimo Correia Seabra, et le chef des ressources humaines, le colonel Domingos de Barros, ont été tués, Hamadoun Toure a indiqué qu'il était prévu « d'organiser un forum de réconciliation au sein de l'armée qui aurait permis au pouvoir politique de prendre le pas sur le pouvoir militaire. »

« Malheureusement, a-t-il ajouté, ce forum n'a pas eu lieu. »

La crise que traverse la Guinée-Bissau ne se résume toutefois pas au problème de l'armée, a fait valoir le chef de l'information de l'UNOGBIS. Elle est également liée à un ensemble de facteurs militaires, économiques, politiques et sociaux.

« L'armée est l'élément le plus visible parce que quand les soldats font parler les armes, on voit les conséquences tout de suite », a-t-il fait observer tout en insistant sur le fait qu'il s'agissait d'une crise multiforme née « d'autres difficultés, qui ne sont pas spécifiques à la Guinée-Bissau sur le plan africain mais qui ont une certaine acuité ici et auxquelles il faut trouver une solution le plus rapidement possible. »