L'intégration au coeur de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs

27 octobre 2004

Après bien des confrontations, un consensus sur les thèmes à traiter semble émerger entre les 11 pays africains qui participeront à la Conférence internationale sur les Grands lacs à Dar es-Salaam les 19 et 20 novembre pour intégrer la région, « un peu comme ce qui a été fait en Europe au lendemain de la dernière guerre mondiale » a expliqué devant le Conseil de sécurité le Représentant du Secrétaire général.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la région des Grands lacs, Ibrahima Fall, est venu aujourd'hui rendre compte au Conseil de sécurité des progrès réalisés dans la préparation de la Conférence internationale qui s'ouvrira par le Sommet de Dar es-Salaam, les 19 et 20 novembre prochain.

Dans une déclaration à la presse prononcée à l'issue de la séance par son Président, le Conseil de sécurité a réitéré son soutien au principe de prise en main par les gouvernements concernés de leurs propres efforts pour parvenir aux objectifs de la Conférence, tout en lançant un appel de soutien à la communauté internationale.

Il a aussi rendu hommage à l'approche pragmatique et constructive adoptée lors des réunions préparatoires régionales qui se sont tenues à Bujumbura et à Kinshasa, et salué l'approche ouverte, reposant sur l'adoption de mesures concrètes, dans l'organisation de la Conférence.

La Conférence internationale pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs, qui a été proposée par Kofi Annan, se veut un forum de coopération des Etats de la région. Elle a pour objectif de ramener la paix dans les pays des Grands lacs et de trouver des solution durables aux multiples problèmes endémiques auxquels fait face la région.

Lors de son intervention au Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général a expliqué que la Conférence se tiendrait en deux temps. Première étape, la réunion de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement à Dar es-Salaam, les 19 et 20 novembre prochain. Une conférence qui aura lieu au moment même où le Conseil tiendra une réunion exceptionnelle à Nairobi, capitale du Kenya (voir notre dépêche du 26 octobre), sur le Soudan mais aussi sur les Grands lacs, « comme par une heureuse coïncidence » a noté Ibrahima Fall.

Le sommet de Dar es-Salaam sera suivi en 2005 d'un second sommet, la deuxième étape de la conférence. C'est à l'issue de ce sommet qu'un « pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs » sera adopté. Ce pacte sera constitué, d'une part, de la déclaration de Dar es-Salaam qui déterminera le cadre général et les orientations politiques de la Conférence et, d'autre part, des programmes d'action qui devront être préparés par un comité ministériel entre les deux sommets, a expliqué Ibrahima Fall.

Premier bilan des réunions préparatoires : l'adhésion de l'Angola, de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo et du Soudan, décidée récemment (voir notre dépêche du 1er octobre), qui porte le nombre total des pays de la Conférence à 11.

Par ailleurs, après bien des confrontations, un consensus semble émerger entre les 11 pays sur les thèmes de la Conférence, « y compris sur les questions les plus délicates ». Le thème de « l'éducation à la paix, à la tolérance, au multiculturalisme et aux valeurs démocratiques » devient prioritaire. Un thème qui rejoint ce qui est inscrit dans la Charte de l'UNESCO - « les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix » - a précisé Ibrahima Fall.

La lutte contre les endémies et les pandémies sera aussi un thème central, puisque le sida, le paludisme, la tuberculose affectent toutes les régions d'Afrique mais plus particulièrement la région des Grands Lacs. « Notre approche face aux endémies et aux pandémies se veut une approche sous toutes ces dimensions, pas seulement les dimensions sanitaires mais les dimensions sociales, politiques et sécuritaires aussi » a expliqué le Représentant spécial.

« L'ONU intervient à travers tous les départements, programmes et institutions spécialisées concernées », mais l'Union africaine et les organisations sous-régionales sont aussi impliquées, a-t-il souligné, sans oublier les partenaires du développement à travers le groupe des Amis pour la région des Grands lacs, dirigé par le Canada et les Pays-Bas et la société civile.

C'est un programme chargé de thèmes importants qui attend la Conférence.

En matière de paix et de sécurité : l'éducation à la paix, la stratégie de gestion commune des questions frontalières, l'implication des acteurs sociaux dans la prévention, la gestion, la résolution des conflits et la reconstruction, les stratégies de lutte commune anticriminelles, les mécanismes régionaux de non-agression et de mise en œuvre de désarmement et de réinsertion, et les mécanismes politiques de lutte contre la violence sexuelle et contre les crimes en général.

Pour ce qui est de la gouvernance et de la démocratie, les secteurs prioritaires sont articulés autour de la promotion et la protection des droits de l'homme, l'éducation au multiculturalisme, la centralisation des droits et du rôle de la femme en matière de gouvernance, l'état de droit et la criminalisation des politiques et des pratiques divisives et corruptives.

Dans le domaine du développement économique et de l'intégration, « il s'agit de considérer la région des Grands Lacs comme une région économiquement intégrée avec des stratégies articulées dans les domaines des transports, des télécommunications, de l'agriculture et de la connexion des réseaux électriques » a expliqué le Représentant spécial. « Il s'agit également de promouvoir l'autosuffisance alimentaire. Enfin, il s'agit de considérer la région des Grands Lacs comme une zone de reconstruction spécifique devant pouvoir obtenir de la communauté internationale la mise en place d'un mécanisme et d'un fonds de développement économique et social » a-t-il poursuivi.

« Cela rappelle quelque peu ce qui a été fait en Europe au lendemain de la dernière guerre mondiale » a-t-il fait remarquer.

Enfin, en ce qui concerne les questions sociales et humanitaires, « les principaux points de réflexion tournent autour du déminage, de la question des réfugiés, des catastrophes naturelles, des endémies et pandémies comme le sida, le paludisme et la tuberculose et enfin, de l'éducation à la paix et à la tolérance ».

 

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