Elections afghanes : un verdict populaire massivement favorable et un désarmement en forte progression

12 octobre 2004

Tirant un premier bilan des élections de samedi en Afghanistan, « en soi un événement », le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU a indiqué au Conseil de sécurité que même s'il fallait attendre deux ou trois semaines avant que les résultats ne soient connus, la participation massive était en soi un succès renforcé par un effet induit, l'élan donné au désarmement.

« Le simple fait que ces élections aient eu lieu, sur fond de menaces de terroristes extrémistes, un terrain très difficile et des conditions météorologiques défavorables dans plusieurs provinces, entre autres, est en soi un succès », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint, Hedi Annabi, lors d'un exposé sur l'Afghanistan devant le Conseil de sécurité.

Rendant hommage à l'appui de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) et à la coordination entre le JEMB (acronyme anglais pour l'Organe mixte d'administration des élections) et les forces nationales et internationales, soit près de 120 000 personnes, M. Annabi s'est félicité de ce que « les conditions de sécurité le jour de l'élection aient grandement dépassé nos attentes », même s'il n'a pas omis les quelques incidents, notamment la confusion dans le processus d'encrage, les allégations concernant des manœuvres d'intimidation et d'autres irrégularités, qui ont émaillé la journée de samedi.

Le principal problème, celui de l'encrage, né en début de scrutin, de la confusion entre les marqueurs disponibles, a donné lieu à des rumeurs d'invalidation qui ont cédé progressivement, d'abord parce que le problème a été réglé rapidement, ensuite parce que les électeurs se sont manifestés de plus en plus clairement contre le boycott auquel 15 candidats avaient dit vouloir recourir, a-t-il précisé.

« Dès le jour suivant, un certain nombre de ces candidats indiquaient qu'ils ne boycotteraient pas nécessairement l'élection mais qu'ils étaient fortement en faveur d'une enquête internationale », a indiqué Hedi Annabi.

C'est alors que le JEMB a annoncé hier avoir décidé de demander à l'ONU de mettre en place un groupe d'experts électoraux indépendants chargé d'enquêter sur les plaintes déposées et de présenter ses recommandations sur l'arbitrage à rendre (voir notre dépêche du 11 octobre).

Arguant du sentiment de confiance que leur présence instillait chez les électeurs, M. Annabi s'est prononcé en faveur du maintien des forces internationales à leur niveau actuel jusqu'à ce que les élections parlementaires du printemps soient achevées.

« Le processus électoral présidentiel n'est pas achevé, bien sûr, et des attaques pourraient encore avoir lieu », a-t-il fait observer, précisant que les urnes contenant les bulletins de vote étaient toujours en train d'être acheminées vers les centres de dépouillement même si la plupart étaient déjà arrivées à bon port en dépit d'attaques sur les convois.

La prochaine étape est maintenant de relever le nombre de bulletins dans chaque urne pour les comparer au nombre de personnes s'étant présentées au bureau de vote, et le nombre de bulletins utilisés dans ce bureau, a-t-il ajouté.

Une fois ce processus achevé, le décompte des bulletins commencera en présence des 5 321 observateurs afghans et des 121 observateurs internationaux, auxquels M. Annabi a aussi rendu hommage, ainsi que des représentants des partis, ce qui devrait prendre deux à trois semaines.

« Les résultats seront transmis heure par heure au Centre d'information sur les résultats, où ils seront publiés » a-t-il précisé.

« Une fois le décompte achevé, et si le JEMB conclut à la suite de son enquête que les irrégularités reportées n'ont pas affecté la crédibilité de l'élection dans son ensemble, les résultats seront annoncés », a déclaré M. Annabi.

A cet égard, Kofi Annan, le Secrétaire général de l'ONU, a rappelé ce matin dans une déclaration que « comme dans de nombreuses élections, il y a eu des allégations d'irrégularités provenant de candidats et de simples électeurs » mais qu'elles seraient « tirées au clair et que le résultat de ces enquêtes contribuerait à doter les élections locales et parlementaires prévues au printemps de procédures plus solides et plus fiables. » (voir notre dépêche d'aujourd'hui)

Devant le Conseil de sécurité, M. Annabi a par ailleurs insisté sur les progrès important qu'il restait à attendre du processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion tout en soulignant « l'impact évident » que « le processus politique entourant le processus électoral a eu sur la démobilisation des soldats, ainsi que sur la 'dé-factionnalisation' des forces militaires, notamment à la suite de la nomination de commandants non liés à des factions à la tête des trois principales unités affiliées à des candidats à l'élection à savoir le colistier du Président Karzaï, M. Khalili, ainsi que les candidats Muhaqqiq et Dostum, a-t-il souligné.

Un décret présidentiel avait en effet posé comme condition à l'éligibilité que les candidats rompent tout lien avec des factions militaires.

A la fin du mois de septembre, 5 480 soldats avaient commencé à suivre le programme de désarmement et réinsertion, soit 40% de plus que ce qui a été accompli depuis ses débuts en octobre 2003, a informé M. Annabi, de sorte qu'au jour de l'élection, plus de 22 500 membres de forces avaient été désarmés et que 2 780 armes lourdes en fonctionnement avaient été retirées de la circulation.

Même si les résultats eux-même ne seront pas immédiatement connus, cela fait partie des bénéfices du processus électoral, a indiqué M. Annabi, cela et « le verdict populaire massivement favorable » à ce processus.

 

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