Darfour : saisi au titre de la Convention contre le génocide, le Conseil doit agir, estime Kofi Annan

16 septembre 2004

Le Secrétaire général a déclaré qu'il était inconcevable que le Conseil de sécurité ne passe pas à l'action sur le Darfour alors que, pour la première fois de son histoire, il était saisi d'un projet de résolution au titre de la Convention sur le génocide. Il a indiqué que lui-même était favorable à l'envoi d'une commission internationale chargée de décider si les atrocités commises dans cette région du Soudan pouvaient ou non être qualifiées de génocide.

Alors que le projet de résolution sur la situation au Darfour était en cours de discussions, cet après-midi, lors de consultations non programmées du Conseil de sécurité, réuni à huis clos, le Secrétaire général de l'ONU a déclaré à la presse qu'il était possible qu'il lui soit demandé au titre de ce projet, s'il était adopté, de nommer une commission internationale qui décidera s'il s'agit ou non d'actes de génocide qui sont commis au Darfour.

« Il faudra alors agir très rapidement et nous effectuons les préparatifs préliminaires [à l'envoi d'une telle commission], a déclaré le Secrétaire général à la presse cet après-midi à New York.

Toutefois, a-t-il ajouté, « quelle que soit la façon dont on appelle les crimes qui sont commis contre des civils au Darfour, l'urgence est de passer à l'action maintenant. »

« Au moment même où nous parlons, des civils sont attaqués et fuient leurs villages, plusieurs mois après que le gouvernement se soit engagé à contrôler les milices. Le cessez-le-feu est violé par les deux côtés qui doivent cesser ces violations », a poursuivi Kofi Annan.

Il a indiqué « avoir exhorté le Conseil de sécurité à prendre une décision sur le projet de résolution sans tarder et d'être aussi uni que possible. »

« C'est la première fois dans l'histoire du Conseil qu'il est saisi au titre de l'article 8 de la Convention sur le génocide et il me semble inconcevable qu'il reste sans réaction. Il doit tout en cas rester pleinement impliqué et continuer à exercer une pression sur les deux parties. Et il lui faut rallier un appui international total en faveur de l'élargissement du déploiement des troupes sud-africaines au Darfour », a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général a ajouté que « le temps était compté et qu'il appelait tous les Etats-membres et toutes les organisations disposant des capacités logistiques et financières à faire leur maximum pour que ce déploiement ait lieu aussi rapidement que possible. »

Il a également annoncé qu'il avait demandé au Haut Commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, et à son Conseiller spécial sur la prévention du génocide, Juan Mendez, de se rendre au Darfour et de voir ce qu'il était possible de faire, maintenant et dans le futur, pour améliorer la protection des civils.

Faisant référence aux chiffres récemment publiés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquant que des milliers de personnes meurent encore de maladies facilement évitables et que le financement manquant pour remédier à cela, était de 250 millions de dollars, il a déclaré qu'il s'agissait d'une situation « totalement inacceptable » et qu'il fallait trouver l'argent « maintenant. »

« Ceci dit, a-t-il ajouté, tout le monde sait, y compris les réfugiés et les personnes déplacées, que la sécurité à long terme ne peut être garantie que par une solution politique qu'auront acceptée les parties elles-mêmes. Nous devons tous faire pression sur les deux côtés pour qu'ils reprennent les négociations aussitôt que possible dans un esprit de compromis et avec la réelle volonté de parvenir à un accord et cela dans l'intérêt de la population du Darfour. »

A un membre de la presse qui lui a fait remarquer qu'il y a plusieurs mois, quand le Congrès américain discutait de l'imposition de sanctions contre la Syrie, il avait mis en garde contre l'imposition de sanctions et lui demandait comment s'expliquait ce qui ressemblait à un changement de position, le Secrétaire général a répondu « qu'il ne disait pas que le Conseil impose des sanctions mais qu'il dise aux autorités soudanaises qu'elles doivent agir pour respecter les promesses faites à la communauté internationale ou qu'elles s'apprêtent à subir des conséquences au nombre desquelles des sanctions. »

A propos des critiques reprochant à l'ONU d'avoir été lente à régir, Kofi Annan a souligné que l'organisation avait réagi « aussi vite qu'elle l'avait pu », rappelant qu'au début, elle n'avait ni accès à la région ni les ressources nécessaires, ce qui avait freiné le processus.

« Mais nous sommes maintenant pleinement mobilisés », a-t-il poursuivi, « et prêts à faire avancer tout ce qui peut l'être. »

Interrogé sur la nature des préparatifs préliminaires mentionnés au début de ses remarques, le Secrétaire général a précisé qu'il s'agissait d'identifier les personnes susceptibles de conduire l'investigation et de la mener à bien aussi rapidement que possible, une fois la décision du Conseil prise.

Est-ce que vous envoyez ainsi un signal au Conseil indiquant que vous pensez que cette commission d'enquête doit avoir lieu ? lui a alors demandé un membre des médias.

« C'est ce que je leur ai dit hier », a répondu Kofi Annan.

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