Libéria : un calme qui pourrait être précaire faute du financement nécessaire

15 septembre 2004

Le calme règne en général au Libéria, indique le Secrétaire général dans son dernier rapport sur le sujet mais ce calme pourrait ne pas durer si le soutien financier promis par la communauté internationale ne se concrétisait pas et si les dernières préoccupations partisanes ne cèdent pas le pas au sens de l'intérêt public.

Pendant la période couverte par le rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), rendu public aujourd'hui, celle-ci « a consolidé sa présence dans tout le pays », y est-il indiqué. L'arrivée d'un bataillon sénégalais en juin, celle d'un troisième bataillon éthiopien en août, a permis le redéploiement des troupes de la MINUL et ont créé « les conditions de sécurité nécessaires à l'exécution de son mandat. »

Au 30 août, l'effectif total de la Mission était de 14 665 hommes, expose le rapport qui précise que la constitution d'un escadron des communications de la force « portera au complet l'effectif autorisé de la Mission, soit 15 000 hommes. »

A la même date, la composante police civile de la MINUL comptait 1 090 personnes dont 600 policiers civils, 10 gardiens de prison et 4 unités constituées de police d'un effectif total de 480 personnes venant de Jordanie, du Népal et du Nigeria. Il est prévu que l'effectif maximum autorisé de 1 115 personnes de la composante police civile sera atteint dans les prochains mois.

Le rapport décrit une situation dans l'ensemble calme au plan de la sécurité et un cessez-le-feu qui continue de manière générale à être respecté, en dépit de « quelques accrochages et incidents mineurs » liés principalement à la persistance de querelles entre les factions du mouvement des LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie).

Le rapport signale également que les inscriptions électorales, en vue des élections présidentielles et législatives d'octobre 2005, devraient démarrer dans l'ensemble du pays en avril 2005 pour une durée de cinq semaines. Il ajoute que la Commission électorale nationale, les donateurs internationaux, le Gouvernement de transition du Libéria et la MINUL continuent d'étudier les modalités de financement des élections dont le budget a été chiffré à 12 millions de dollars environ.

« À cet égard, la prudence commanderait que, en attendant d'autres contributions volontaires, la MINUL demande l'ouverture de crédits destinés à couvrir les dépenses électorales dans son projet de budget pour 2005-2006, de façon à ce que les élections aient lieu dans les temps et soient crédibles », préconise le Secrétaire général.

Le problème du financement des activités de la mission revient de façon récurrente dans le document. Dans le secteur humanitaire, il note que l'examen en milieu d'année des contributions réellement effectuées en réponse à l'appel global interinstitutions pour 2004, présenté en début du mois de juin dernier, montrait qu'environ 38 % seulement des 137 millions de dollars demandés, au titre de la composante autre qu'alimentaire, avaient été fournis jusqu'ici.

La prise en compte de ce déficit a amené l'équipe de pays des Nations Unies à adopter « une démarche novatrice » visant à intégrer au cadre de transition axé sur les résultats, qui doit être révisé à la fin de 2004 les besoins humanitaires non pourvus.

« Cette formule constituerait non seulement un moyen plus efficace de prendre en compte les liens réciproques entre le rapatriement, la réinsertion, le relèvement et la reconstruction mais également de présenter aux donateurs éventuels un ensemble plus cohérent et synthétique de besoins de financement », fait observer le Secrétaire général.

Il exhorte les donateurs à fournir les ressources nécessaires pour que les besoins humanitaires puissent être satisfaits dans un contexte où les activités de réinstallation sont en augmentation et une aide peut désormais être apportée à des populations jusqu'ici inaccessibles.

À la date du 30 août, près de 244 millions de dollars sur les 520 millions annoncés à la Conférence internationale sur la reconstruction du Libéria, qui s'est tenue en février, avaient été reçus, indique par ailleurs le rapport.

Le Groupe de base sur le Libéria, qui regroupe les pays donateurs et les organisations internationales, réuni le 20 juillet à Washington, a constaté des besoins pressants de financement concernant la réinsertion des ex-combattants, le renforcement des institutions de défense de l'état de droit et l'organisation des élections d'octobre 2005.

Plus loin dans son rapport, le Secrétaire général indique qu'au moment où les phases de désarmement et de démobilisation tirent à leur fin, « il y a désormais quelque 70 000 ex-combattants qui demandent à bénéficier du programme de réinsertion dont le financement est actuellement lourdement déficitaire. »

Le Groupe a insisté pour que les donateurs fassent tout leur possible pour accélérer la concrétisation des contributions annoncées, est-il indiqué dans le rapport qui souligne « qu'un soutien constant de la communauté internationale et une coordination effective entre les différentes parties prenantes était nécessaire ».

« Faute de reprise économique soutenue, s'accompagnant de créations d'emplois et d'un accroissement important des revenus d'origine publique, les perspectives de viabilité du processus de paix sur le long terme demeureront très fragiles », fait-il valoir.

Enumérant en conclusion les obstacles qui restent à surmonter, le rapport mentionne l'aptitude limitée du Gouvernement national de transition du Libéria à assurer les services de base et à étendre l'administration civile à l'ensemble du pays. Là encore, le Secrétaire général indique que des moyens financiers et l'intervention d'experts techniques seront nécessaires « pour permettre le relèvement et l'équipement des institutions gouvernementales et renforcer leur capacité administrative. »

Il exprime par ailleurs sa préoccupation à l'égard des problèmes que le Gouvernement de transition continue de rencontrer. La persistance des différends « nés, notamment, de la prétention de certains ministres à faire nommer des personnes appartenant à leur faction à des postes clefs dans l'administration centrale et les entreprises parapubliques nuisent au bon fonctionnement du Gouvernement national de transition du Libéria », indique-t-il.

Un autre facteur de déstabilisation, les divisions qui perdurent au sein du LURD et qui sont à l'origine des violents incidents entre éléments rivaux, doit être traité d'urgence, souligne Kofi Annan qui, « dans ces conditions », recommande que le mandat de la MINUL soit prorogé pour une période de 12 mois s'achevant le 19 septembre 2005.

---

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.