Côte d'Ivoire : le Groupe de suivi recommande aux garants d'Accra III de garder le contact

14 septembre 2004

C'est un tableau tout en contraste que dresse le deuxième rapport du Groupe de suivi des accords d'Accra III. D'un côté, le Président et le Premier ministre semblent travailler en harmonie et le Premier ministre a été reçu chaleureusement par les Forces Nouvelles et la population dans le Nord du pays. De l'autre, les travaux de l'Assemblée nationale, qui n'a toujours pas été saisie du projet de loi sur les critères d'éligibilité, sont marqués par des dissensions aigues.

Le Groupe de suivi de l'accord conclu le 30 juillet à Accra visant à la remise sur les rails des accords de Linas-Marcoussis indique, dans son deuxième rapport rendu public aujourd'hui, que si « le débat continue à faire rage sur les différentes interprétations de l'accord d'Accra III », des « signes positifs » peuvent toutefois être décelés.

Les membres du Groupe indiquent par exemple ne pas avoir eu l'impression, lors de ses entretiens avec le Premier ministre qu'il se sentait à l'étroit dans sa délégation de pouvoirs « en dépit de la déclaration par des Marcoussistes du G-7 [les Marcoussistes ou G7 sont les sept signataires de l'accord de Linas Marcoussis] que le champ de ces pouvoirs était encore insuffisant. »

Le Président et le Premier ministre « ont pris des mesures pour rétablir la confiance au sein du Gouvernement. Le Premier Ministre a encouragé les initiatives destinées notamment à améliorer les relations avec les Forces nouvelles, dont le Président a rencontré deux fois le Secrétaire général, Guillaume Soro ; tous deux ont réaffirmé leur engagement à s'employer de bonne foi à appliquer l'Accord d'Accra III. »

Le 14 août 2004, le Premier Ministre a rendu une visite symbolique à Korhogo, dans la partie nord du pays sous contrôle des Forces nouvelles, indique le Groupe de suivi dans son rapport. Cette visite a été préparée par tous les ministres des Forces nouvelles qui ont précédé le Premier Ministre à Korhogo pour veiller à ce qu'il soit bien reçu.

« Le groupe qui accompagnait le Premier Ministre comprenait des ministres représentant toutes les forces politiques, y compris le FPI [le parti du Président Gbabo]. La population lui a réservé un accueil si chaleureux que le Premier Ministre a annoncé qu'il comptait proposer au Président Gbagbo de tenir un conseil des ministres dans cette ville. »

Selon le Groupe, la lecture politique de la visite du Premier Ministre doit s'inscrire dans le cadre de la stratégie du Gouvernement consistant à avancer à petits pas pour étendre l'autorité de l'État et déployer l'administration des services sociaux et des services publics dans l'ensemble du pays. »

Le Premier Ministre a informé le Groupe de suivi qu'à travers le mécanisme du Comité interministériel, il s'efforçait de mobiliser des fonds pour lancer le programme de relance de l'administration publique et des services d'éducation et de santé dans les parties nord et ouest du pays contrôlées par les Forces nouvelles.

Il s'emploie également à obtenir l'appui d'organismes internationaux d'aide et de développement et il espère obtenir celui des Forces impartiales, qui assureraient la libre circulation et la sécurité du personnel, des locaux et des biens, précise le rapport.

« On a accordé beaucoup d'attention aux délibérations de l'Assemblée nationale [...] qui jusqu'à présent ont porté sur un seul texte de loi, relatif à la Commission électorale indépendante » et « ont été caractérisés par des divisions politiques aiguës menaçant de conduire à un blocage », indique en revanche le Groupe de suivi qui estime par ailleurs que « l'impasse actuelle à l'Assemblée nationale augure mal des travaux portant sur les autres projets de loi à débattre. »

« Le fait que « le projet de loi portant modification de l'article 35 de la Constitution (critères d'éligibilité) n'ait pas encore été déposé à l'Assemblée nationale, bien qu'il ait été adopté par le Gouvernement [...] continue d'alimenter les spéculations politiques », ajoute le Groupe.

Son analyse de l'atmosphère politique générale en Côte d'Ivoire est que celle-ci continue de « refléter les tentatives des divers acteurs politiques d'évaluer les avantages politiques que leur offre le processus de paix » et, toujours selon le Groupe de suivi, cela pourrait avoir pour effet d'entraîner « un regain de revendications et d'animosité qui risquerait d'entamer l'engagement intégral et inconditionnel à mettre en œuvre l'Accord d'Accra III. »

« La communauté internationale doit être consciente de cette dérive possible et faire usage de ses bons offices pour convaincre tous les acteurs politiques de placer l'intérêt de la nation au-dessus de celui des partis, comme cela a été maintes fois réitéré au sommet d'Accra III, se prononce-t-il.

« Dans ce dessein, il conviendrait de recommander aux Présidents de la CEDEAO et de l'Union africaine ainsi qu'au Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, agissant de concert avec les autres garants de l'Accord d'Accra III, de rester personnellement en contact avec les principaux dirigeants politiques, le Président Laurent Gbagbo (FPI), M. Henri Konan Bédié (PDCI), M. Alassane Ouatara (RDR) et M. Guillaume Soro (Forces nouvelles) afin de les encourager à maintenir le cap indiqué par la feuille de route vers la paix et la réconciliation nationale », recommande très concrètement le Groupe de suivi.

 

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