L'ONU va étudier l'envoi de troupes supplémentaires en R.D. du Congo

3 juin 2004

Alors que des manifestations anti-ONU se sont propagées en République démocratique du Congo (RDC), après l'annonce de la prise de la ville de Bukavu par les forces armées entrées en dissidence, le chef du maintien de la paix a indiqué aujourd'hui que ces forces avaient quitté la ville et qu'il était très possible que les troupes de l'ONU en RDC soient renforcées.

« Il est probable que nous ayons besoin de troupes supplémentaires. Tout dépend du mandat que le Conseil de sécurité souhaitera donner à la MONUC pour la phase suivante. Mais si nous voulons conserver la même dynamique, il est très possible que nous ayons besoin de plus de troupes », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean Guéhenno, lors d'une conférence de presse alors qu'il revient d'une visite en RDC.

La parution du prochain rapport sur la situation dans le pays, début juillet, « nous fournira l'occasion d'étudier en détail les troupes et la stratégie politique », a précisé Jean Guéhenno.

Cette rencontre avec la presse avait lieu alors que la situation s'est fortement détériorée dans le pays après que des forces restées fidèles au colonel Mutebutsi, un ancien commandant des troupes rebelles du Rassemblement pour la démocratie (RCD-Goma) et de sa branche armée l'ex-ANC, devenu dans le cadre de l'accord de paix, commandant de l'armée nationale, puis suspendu de ses fonctions, aient engagé le combat avec les forces gouvernementales à Bukavu, une ville du Sud-Kivu à la frontière du pays (carte).

Le colonel Mutebutsi avait, dans un second temps, reçu le renfort du général Nkunda, lui-aussi un ancien du RCD-Goma ayant été intégré dans l'armée nationale et étant finalement lui aussi entré en dissidence avec ses troupes.

Le chef du maintien de la paix à l'ONU a indiqué que, selon les dernières informations qu'il avait reçues, la situation s'était améliorée à Bukavu et que, grâce aux efforts de la Mission des Nations Unies au Congo, la MONUC, les forces du colonel Mutebutsi et du général Nkunda quittaient la ville. La MONUC parallèlement sécurise des équipements stratégiques, protège 300 à 400 personnes qui ont cherché refuge auprès de la mission et multiplie les patrouilles dans la ville, a-t-il précisé.

M. Guéhenno a été interrogé sur les raisons des violentes manifestations hostiles à l'ONU que ces événements avaient déclenchées dans le pays, ce que le porte-parole de l'ONU à New York, Fred Eckhard venait, un instant auparavant, de mentionner, indiquant qu'à Kinshasa, le quartier général de l'ONU, son enceinte, ses véhicules avaient été pris d'assaut et que trois manifestants qui avaient pénétré dans les lieux, malgré les tirs d'avertissement, avaient été tués.

Dans trois autres villes, a ajouté Fred Eckhard, les immeubles et biens de l'ONU ont été pillés et incendiés et à Kando, dans le Sud-ouest de Goma, des éléments Maï-Maï ont kidnappé quatre observateurs militaires de l'ONU et trois employés d'organisations non gouvernementales avant de les relâcher dans les heures qui ont suivi.

Ces événements, Jean-Marie Guéhenno les a expliqués par le fait que « les attentes de la population du Congo ont considérablement augmenté après les résultats obtenus par la MONUC en Ituri et que, par conséquent, on s'attend désormais à ce que, avec ses ressources limitées, elle puisse tout faire, y compris sécuriser une ville de 550 000 personnes contre une force militaire organisée, bien équipée et bien entraînée. »

« Néanmoins ces attentes existaient et parce qu'elles ont été déçues, il y a eu une réaction violente dans certains endroits du pays contre la MONUC », a indiqué Jean-Marie Guéhenno qui a ajouté qu'à Kinshasa, « nos troupes n'ont plus eu, à un certain moment, d'autres options qu'ouvrir le feu » et qu'il déplorait la mort de trois Congolais « surpris en train de piller les locaux de l'ONU. »

Il a indiqué que l'ONU avait demandé au gouvernement de la RDC d'utiliser ses ressources qui sont importantes à Kinshasa pour protéger le personnel de l'ONU. « Le Secrétaire général a parlé ce matin au Président Kabila pour lui dire à quel point il était important de respecter le drapeau de l'ONU et de faire comprendre au peuple congolais que la MONUC travaillait en partenariat avec la RDC […] et il a été encouragé d'apprendre que c'était ce que le Président Kabila avait d'ores et déjà entrepris et que le Conseil des ministres était réuni à Kinshasa. »

Kofi Annan a exprimé aujourd'hui dans une déclaration sa consternation à l'annonce des manifestations de violence qui se sont produites aujourd'hui et hier à l'encontre des Nations Unies en RDC.

M. Guehenno a expliqué pour quelles raisons la MONUC n'avait pu aller empêcher les pillages et les affrontements, indiquant notamment que les forces du général Lendu évaluées au départ de Goma à environ 300 se sont révélées, plus elles approchaient de Bukavu, s'élever à un effectif estimé entre 2000 et 4000 hommes.

« Les gens se plaignent qu'à Bukavu, nous aurions pu faire plus. J'ai étudié la situation avec le commandant de la brigade qui n'a pas une interprétation minimaliste de son mandat mais qui connaît les conséquences d'une bataille rangée dans un secteur organisé avec une force bien équipée, bien entraînée et bien coordonnée », a indiqué Jean-Marie Guéhenno, qui a fait observer que quand il se produit une fracture dans une armée, c'est une différente sorte de problèmes qui se posaient, d'une tout autre ampleur.

« Il y a eu des pertes civiles [...] cependant la présence de nos forces à Bukavu a sauvé un nombre significatif de vies. Elle n'a pas sécurisé la ville, n'a pas empêché le pillage et certains crimes ont été commis. Mais sécuriser une ville d'un demi million d'habitants avec des moyens limités n'est pas chose facile et la force a utilisé ces moyens de façon tout à fait efficace », a-t-il ajouté.

M. Guehenno a cherché à remettre les choses en perspective en soulignant que le Sud Kivu à lui seul était de la taille de l'Ituri et qu'en ajoutant le Nord Kivu on obtenait une superficie équivalente à plus du double de l'Ituri. Or, pour les deux Kivus, la MONUC ne dispose que d'une brigade inférieure à celle de l'Ituri et que même en Ituri, où des progrès considérables avaient été réalisés, les forces de l'ONU n'étaient pas déployées dans l'ensemble de la province.

« Dans une crise comme celle-là, quand un commandant enfreint la discipline et l'accord qui fonde le gouvernement d'unité nationale, pour autant que cela reste un action isolé, c'est une crise sérieuse mais gérable et qui sera gérée », a déclaré Jean-Marie Guéhenno.

Il a ajouté que, lors de son séjour en RDC, il avait notamment parlé au Président Kabila et à d'autres responsables qui lui ont dit que le processus [de paix ] était irréversible. « Cela peut donc être remis sur les rails mais il important pour cela que tous les acteurs appuient la désescalade et je pense qu'il est essentiel que le Rwanda use de toute son influence sur le RCD-Goma pour ramener tout le monde dans le processus de paix », a-t-il également indiqué.

 

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