R.D. du Congo : renforcer la Mission de l'ONU, régler la question des Interahamwe

19 août 2004

Le chef des opérations du maintien de la paix a confirmé qu'il existait un réel danger pour la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi et le Rwanda d'être entraînés dans une spirale de violence et que cette situation justifiait le renforcement de la Mission de l'ONU en RDC mais aussi de « régler une fois pour toute la question des Interahamwe. »

« Il faut que chacun surveille ses propos. Les faits qui se sont produits dans le camp de Gatumba sont suffisamment désastreux par eux-mêmes sans qu'il soit besoin d'en rajouter avec des rumeurs », a indiqué le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, à sa sortie de consultations à huis clos avec le Conseil de sécurité auquel il a présenté le rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies au Congo, la MONUC, ainsi que la situation dans la région.

Interrogé sur les auteurs du massacre de Gatumba, Jean-Marie Guéhenno a indiqué que les FNL [Forces nouvelles de libération, mouvement rebelle hutu dirigé par Agathon Rwasa] ont commencé par revendiquer l'attaque puis ont changé leur version des événements, expliquant qu'elles étaient engagées dans un affrontement avec les Forces armées burundaises qui avaient reçu des soutiens en provenance du camp et que c'était ainsi que toute l'affaire avait commencé.

Cela étant, « le FNL ne nie pas avoir pris part à ces atrocités », a ajouté M. Guéhenno, qui, répondant à une question sur les rumeurs circulant sur une implication des Interahamwe [milices rwandaises considérées avec les ex-Far comme les principaux responsables du génocide de 1994 au Rwanda], a indiqué que ce serait à l'enquête de l'établir et que, dès qu'il en connaîtrait les résultats, il les rendrait public.

A propos des risques posés par l'actuelle tension dans la région, il a souligné que « les déclarations du chef d'état major de l'armée burundaise menaçant de pénétrer au Congo pour prendre les choses en mains, la déclaration de M. Nkunda [général dissident de l'armée régulière congolaise ayant pris part à la bataille de Bukavu et replié au nord du Sud-Kivu] parlant de déposer le gouvernement de Kinshasa, étaient des déclarations extrêmement dangereuses. »

« Nous sommes à la merci du moindre incident qui engendre l'escalade. C'est pourquoi nous lançons un appel à tous les acteurs pour qu'ils fassent preuve d'un maximum de retenue », a ajouté M. Guéhenno. « Ce massacre horrible de Gatumba ne doit pas déclencher un cycle de vengeances. C'est de justice dont nous avons besoin, pas de vengeance », a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général adjoint a par ailleurs indiqué que le Conseil de sécurité étudierait le rapport du Secrétaire général au cours de la semaine prochaine et voulait être informé le plus rapidement possible du résultat de l'enquête. « Je pense aussi qu'il n'acceptera pas l'impunité et que les auteurs, une fois identifiés, auront à faire face à leurs responsabilités », a-t-il ajouté.

Interrogé sur d'éventuelles sanctions adoptées à l'encontre des FNL, il a répondu que le Conseil de sécurité était en train de débattre de l'attitude à adopter à l'égard des FNL. « Si le mouvement lui-même prend ses distances par rapport aux horreurs commises et les condamnent, peut-être alors ne faut-il pas fermer complètement la porte mais c'est une décision qu'il convient de longuement soupeser », a indiqué Jean-Marie Guéhenno.

Il a confirmé que la tension restait élevée entre la République démocratique du Congo (RDC) et ses voisins. « C'est bien pour cela qu'il faut que tous les dirigeants s'éloignent du bord du gouffre où ils se trouvent », a-t-il fait observer, ajoutant que « la voie était étroite entre la condamnation du massacre et la nécessité d'éviter d'entrer dans un cycle de représailles et de contre-représailles. »

A la question : quels groupes vous préoccupent ? le Secrétaire général adjoint a répondu : « les extrémistes de tous bords. »

« Du côté du RCD-Goma, des Banyamulengue et des Tutsi, il existe clairement un risque que des gens comme le général Nkoumba utilise ce qui s'est passé à Gatumba comme excuse pour lancer des opérations militaires qui embrasent la région », a-t-il exposé.

« De l'autre côté, les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda, mouvement politico-militaire hostile au gouvernement rwandais actuel] en RDC peuvent passer à l'action, ce qui pourrait conduire à un terrible désastre. Il y a aussi à Kinshasa des éléments qui ne sont peut-être pas en complet accord avec le processus de transition comme le RCD-Goma.

En bref, a résumé Jean-Marie Guéhenno, « tous ceux qui pensent que l'action militaire est préférable à la solution politique voient leur position renforcée par ce qui s'est passé à Gatumba et c'est le cas en RDC comme au Burundi. »

Notant qu'il « était admis par tous que le processus était fragile » il a estimé qu'il n'en était que plus nécessaire pour la communauté internationale d'adopter « une réponse vigoureuse » qui vienne en renfort de ce processus.

« Nous pensons qu'il y a des leaders politiques qui veulent voir ce processus de transition aboutir », a-t-il déclaré. « William Lacy Swing (le Représentant spécial de l'ONU pour la RDC) a été en contact avec le Vice-président Ruberwa, avec le Président Kabila, tous les principaux dirigeants et un certain nombre d'entre eux veulent éviter la plongée dans l'abîme et la spirale de la violence mais pour que cela soit possible, il faut que la communauté internationale envoie un signal fort et c'est ce dont a débattu le Conseil de sécurité lorsque nous avons présenté le rapport du Secrétaire général. »

Interrogé sur les forces présentes au Burundi, Jean-Marie Guéhenno a indiqué qu'un bataillon pakistanais était en cours de déploiement, que le déploiement des forces spéciales népalaises était accéléré et qu'actuellement, plus de 3000 soldats se trouvaient sur le terrain. « Nous aimerions en avoir plus mais nous nous heurtons au problème habituel : les troupes qui peuvent se déployer rapidement, ne participent pas beaucoup au maintien de la paix », a-t-il fait observer.

Le Secrétaire général adjoint a été catégorique sur la question des Interahamwe. « C'est un problème qui doit être réglé une fois pour toutes », a-t-il déclaré, précisant que le rapport du Secrétaire général s'exprimait de façon très forte à ce sujet.

Il a ajouté que la responsabilité première à cet égard échoie au gouvernement du Congo et que c'était la raison pour laquelle il fallait une armée réellement unifiée et efficace qui ne soit pas perçue comme représentant une composante ou une autre mais comme une force congolaise et que le fait de « renforcer la MONUC pouvait donner un coup de main. »

« Quels que soient les résultats de l'enquête sur le massacre de Gatumba, le fait qu'il existe des groupes tels que les ex-FAR/Interahamwe, qui sont mus par des motivations ethniques, est un poison qui détruit la région, qui constitue une menace pour la population dans l'Est de la RDC et qui détériore les relations entre la RDC, le Rwanda et le Burundi », a déclaré Jean-Marie Guéhenno avant d'ajouter : « il faut s'en occuper. »

Il a poursuivi, en réponse à une question sur la mise à disposition de troupes, en indiquant que cela le préoccupait moins que la contribution d'unités de soutien logistique telles que des services de renseignements qui permettraient d'en savoir plus sur les mouvements de ces groupes armés.

« Nous n'avons pas assez de moyens pour disposer d'informations détaillées sur ce qui se passe sur le terrain », a-t-il exposé ajoutant que « c'était une faiblesse en termes militaires mais aussi politique parce que de telles incertitudes alimentent les rumeurs qui sont ensuite manipulées et peuvent conduire à l'escalade. »

« Nous allons donc lancer un appel aux Etats membres qui ont de telles capacités et leur demander de les mettre à disposition de la MONUC de façon à la rendre plus efficace et aussi plus crédible dans cette région », a-t-il conclu.

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