Les milliers de réfugiés de Sange ont fui les combats de l'Est de la R.D. du Congo

Les milliers de réfugiés de Sange ont fui les combats de l'Est de la R.D. du Congo

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Les réfugiés ont commencé à arriver à Sange, une localité dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) le 21 avril, fuyant les combats entre les hommes en armes de la rébellion hutue et les forces gouvernementales. Ils sont maintenant entre 15 000 et 16 000 regroupés à Sange selon l'administrateur de la localité, interviewé par la Mission de l'ONU dans le pays.

Les populations déplacées continuent d'affluer en grand nombre à Sange, une localité située dans le Sud Kivu, à 85 km au sud de Bukavu et à quelque 35 km de Lemera, le village d'origine de la majorité des déplacés.

«J'ai quitté Lemera avec mes enfants le jeudi 22 avril, vers 10h. du matin. Nous avons marché toute la journée et passé la nuit à Kahanda. Le lendemain, nous avons marché encore toute une journée avant d'arriver la nuit tombée à Sange», raconte Rehema Anania dans un reportage de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (MONUC) publié aujourd'hui.

Les déplacés ont trouvé refuge auprès de familles d'accueil qu'ils n'avaient jamais rencontrées auparavant et se retrouvent à 10, 20 ou 30 personnes dans des logements insuffisants. «Il y a 26.340 habitants à Sange, précise l'administrateur de la localité Albert Masumbuko. Or, la population qui vient d'arriver comprend entre 15.000 et 16.000 personnes.»

La MONUC indique que l'arrivée des nouveaux venus a fait flamber les prix et que les vivres disponibles ne suffisent plus à nourrir la population. La majorité de ces vivres - haricots, manioc, patate douce, oignons - provenait autrefois de Lemera mais ils ne parviennent plus à Sange, tout échange commercial ayant été interrompu.

Alors les agences humanitaires ont pris le relais.

Depuis mardi, l'association Caritas a commencé à distribuer des rations alimentaires du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU. Mais un des collaborateurs de Caritas, Pascal, fait part de ses difficultés. «Nous rencontrons beaucoup de problèmes. Les chiffres des déplacés ont été grossis de telle sorte que des gens de Sange puissent aussi profiter de l'aide alimentaire. Nous nous retrouvons donc aujourd'hui avec des listes de 4.300 ménages alors que les responsables concernés confirment que la population des déplacés ne dépasse pas 3.000 ménages».

Outre l'aide alimentaire, différentes ONG (organisations non gouvernementales) et agences des Nations Unies telles que l'UNICEF distribuent des fournitures non-alimentaires. De l'eau potable est livrée par le Comité international de la Croix rouge (CICR) et l'ONG Tear Fund, et les soins de santé par Aide Médicale Internationale.

Nul ne sait encore combien de temps durera le séjour des populations déplacées dans la plaine de la Ruzizi même si les intervenants humanitaires s'accordent pour dire qu'il faut rapatrier les déplacés et empêcher leur installation définitive à Sange ou dans les localités voisines. De leur côté, les déplacés mettent en avant leur sécurité et affirment qu'ils ne rentreront pas chez eux tant que la situation demeure précaire.

« Nous ne savons pas quand nous retournons, mais pour l'instant, nous avons très peur, déclare Furaisha Mado de Kigoma. Les FDLR (Forces Armées de la République Démocratique du Congo qui regroupe la rébellion hutue rwandaise repliée en RDC) ont pillé nos maisons et massacré plein de gens, non loin de chez nous, dans le village de Kihinga. »

Le 10 mai dernier, la MONUC signalait que, dans ce secteur du Sud Kivu, le commandant de la 10e région militaire de la RDC avait annoncé le lancement d'une opération militaire contre les FDLR qui « continuent à semer l'instabilité et à persécuter la population » dans la plaine de la Ruzizi, plus particulièrement dans la région de Lemera, et il avait indiqué que ces opérations se poursuivraient jusqu'à ce que ces combattants soient mis hors d'état de nuire.

Des sources civiles et militaires congolaises ont annoncé 39 tués dans les rangs des combattants FDLR, ainsi que 3 militaires tués et 12 blessés dans les rangs des FARDC. Les autorités congolaises ont fait état du massacre de 19 civils à l'arme blanche à Kihinga par les FDLR lors de leur retraite, indiquait également la MONUC qui précisait ne pas être en mesure de confirmer l'information.

Simultanément dans le Nord Kivu, la 8e région militaire congolaise menait une opération similaire contre une base militaire des FDLR, dans les zones frontalières de Rutshuru, à 120 km au nord-est de Goma. L'opération avait fait, selon des sources militaires congolaises, 17 tués, dont 14 rebelles rwandais et trois militaires congolais. Ces mêmes sources avaient précisé que l'offensive avait éparpillé des centaines de rebelles rwandais plus profondément dans la forêt et déplacé leur QG.

Les quelque 25.000 personnes qui ont fui leurs villages situés aux abord de Lemera, avaient été incitées à partir par les FDLR, qui leur avaient dit que ces villages allaient servir de champ de bataille contre les FARDC, les Forces armées de la RDC, avait alors indiqué la MONUC qui avait annoncé qu'une action humanitaire, coordonnée par OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, était engagée auprès de ces groupes de population affectés par les combats.

Cette situation évolue dans un contexte de relations tendues avec le Rwanda qui aurait massé ses troupes à la frontière lesquelles auraient même, selon les affirmations répétées de la MONUC, pénétré en RDC.