Référendums à Chypre : des résultats à effet différé, a expliqué un haut responsable de l'ONU ce matin

28 avril 2004

Les résultats des référendums qui ont eu lieu à Chypre, samedi dernier, ne sont pas encore tous mesurables, a indiqué au Conseil de sécurité un haut responsable de l'ONU ce matin. Le Secrétaire général espère que les Chypriotes grecs en viendront à revoir leur position et que des mesures seront prises en faveur des Chypriotes turcs, a-t-il précisé.

« Il faut laisser la poussière retomber après les résultats des référendums du 24 avril et il faudra peut-être encore quelque temps avant d'en tirer toutes les implications », a déclaré le Secrétaire général adjoint aux Affaires politiques de l'ONU, Kieran Prendergast, qui faisait le bilan de la situation à Chypre devant le Conseil de sécurité réuni aujourd'hui sur cette question.

Revenant cependant sur ce qui s'était passé dans l'île préalablement aux référendums, M. Prendergast a rappelé que le dirigeant chypriote grec Tassos Papadopoulos avait appelé les Chypriotes grecs à « adresser un sonore non » au plan Annan.

« Ce rejet range M. Papadopoulos dans le camp de Rauf Denktash qui a également donné des raisons qui sont allées chercher très loin pour rejeter le plan », a-t-il fait observer.

M. Prendergast a toutefois énuméré les dirigeants politiques des deux bords qui se sont prononcés en faveur de la réunification de Chypre et du plan du Secrétaire général. Il a cité Mehmet Ali Talat, qui avait conduit, avec Serdar Denktash, les négociations chypriotes turques à Bürgenstock et depuis lors a mené campagne pour le « oui ». Un autre dirigent d'un parti important chypriote turc, M. Mustafa Akinci, a fermement soutenu le « oui ».

Du côté grec, les deux immédiats prédécesseurs de M. Papadopoulos, M. Glafcos Clerides et M. George Vassiliou, ainsi que le dirigeant de l'un des deux plus grands partis, M. Nicos Anastasiades, ont fortement plaidé en faveur du plan alors que l'autre principal parti politique, traditionnellement en faveur d'un règlement, AKEL dirigé par Dimitri Christophias, a demandé que le référendum soit repoussé afin de disposer de plus de temps pour expliquer le contenu du plan à la population, clarifier certains points et obtenir certaines assurances « sans que jamais la requête n'en soit faite par M. Papadopoulos ni aucune autre partie prenante officielle. »

« Le Conseil se rappellera, a indiqué M. Prendergast, que le Secrétaire général vous a adressé un rapport par écrit, le 16 avril 2004, vous demandant de prendre les décisions prévues par le plan, notamment sur les questions de sécurité. Cette procédure, prévue de longue date, prenait alors une importance accrue au moment où les questions de sécurité et de mise en œuvre devenaient la première préoccupation du public dans les journées qui ont précédé le vote. »

A la suite des résultats de l'examen de cette question par le Conseil, « AKEL a appelé à un 'non modéré' mais a déclaré qu'il espérait pouvoir le transformer en « oui », le temps venu, lors d'un second référendum sur le plan », a ajouté le Secrétaire général adjoint.

M. Prendergast a estimé que le temps n'était pas venu d'entrer dans les détails de la campagne pour tenter d'éclaircir quel type d'information avait été mis à la disposition de la population. Toutefois, a-t-il fait valoir, « le résultat du référendum soumis à l'électorat chypriote grec soulève des questions sérieuses »

Il a indiqué que le Secrétaire général espérait qu'au fil du temps la communauté chypriote grecque parvienne à un point de vue différent « une fois effectuée une évaluation en profondeur et à froid de sa décision et de ses conséquences potentielles. » Le Secrétaire général, a-t-il poursuivi, regrette que les Chypriotes turcs ne bénéficient pas également de l'entrée dans l'Union européenne. Il espère que des façons d'améliorer le sort dans lequel ils se trouvent « bien malgré eux » seront trouvées et se félicite des récentes initiatives prises par l'Union européenne dans ce sens.

Pour sa part, a encore exposé M. Prendergast, le Secrétaire général a entrepris une réflexion approfondie sur les implications du résultat et sur ce qu'il signifie pour l'avenir. Même si le résultat de samedi est décevant, l'ONU n'a cependant jamais été aussi proche d'un règlement de ce qui est un des plus délicat et complexe conflit figurant à son ordre du jour. Cette avancée doit être préservée dans l'attente, on l'espère, d'une réévaluation de fond du côté grec.

« Le Secrétaire général a l'intention d'adresser un rapport écrit détaillé au Conseil de sécurité, a annoncé M. Prendergast. Ce sera alors au Conseil d'étudier à son tour d'examiner les implications du point que nous avons atteint », a-il conclu.

 

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