Rwanda : journée de commémoration du génocide

7 avril 2004

Le 7 avril a marqué le début d'une tragédie au Rwanda qui, d'une façon ou d'une autre, concerne la communauté internationale. Pour se souvenir de ces jours terribles dans ce pays d'Afrique centrale, l'ONU a décrété que tous les 7 avril seraient désormais consacrés à une réflexion sur le génocide et aux façons concrètes de les prévenir.

Pour la première fois également cette année, une minute de silence a été observée aux Nations Unies aujourd'hui à midi, heure locale et un peu partout dans le monde à l'invitation du Secrétaire général de l'ONU qui a appelé à se souvenir des centaines de milliers de Rwandais, entre 800 000 et un million, dont le massacre méthodique a commencé un 7 avril il y a dix ans.

A Kigali, la capitale rwandaise, le Secrétaire général adjoint Ibrahim Gambari, qui représentait les Nations Unies au cours des cérémonies de commémoration, y a lu un message du Secrétaire général dans lequel celui-ci exprime « le profond remords » de l'ONU et de la communauté internationale à la pensée de « l'horreur qui s'est abattue sur le Rwanda ».

Au Siège de l'ONU à New York, un ensemble de manifestations ponctuent cette journée. La Vice-Secrétaire générale de l'ONU, Louise Fréchette s'est adressée à l'Assemblée générale, ce matin, pour déplorer que l'on ne puisse revenir sur le passé mais indiquer aussi que le monde peut réellement chercher à éviter que tels crimes ne se reproduisent.

« Notre douleur est profonde et sincère », a déclaré Mme Fréchette, « mais la douleur est sans effet sur les 800 000 personnes au moins qui sont mortes de la plus brutale des morts et elle est n'a de sens pour les générations futures que si elle se transforme en quelque chose de plus : une action réelle et concertée de la part de la communauté internationale. »

S'exprimant grâce à une retransmission par satellite, le président du Rwanda Paul Kagamé a indiqué que son gouvernement avait adopté une approche à deux niveaux visant à « bannir l'idéologie du génocide ».

« Le premier consiste à inscrire dans la Constitution des mesures qui prévoient des sanctions à l'égard de ceux qui promeuvent une idéologie de haine, d'intolérance et de division dans nos communautés », a indiqué le Président rwandais.

« Quant à la seconde approche, elle consiste en un programme proactif qui promeut l'unité et la réconciliation nationales et encourage les discussions franches et ouvertes sur les erreurs coûteuses du passé », a-t-il ajouté.

A midi, heure de New York, l'Assemblée générale a observé une minute de silence alors que sur l'esplanade, devant le Siège de l'ONU, résonnait la Cloche de la paix et que le personnel rassemblé s'est recueilli lui aussi en hommage aux victimes du Rwanda et de leurs collègues qui ont perdu la vie dans cette tragédie.

Auparavant la Secrétaire général adjointe à la gestion, Catherine Bertini, a évoqué les souvenirs douloureux qu'avait laissé le Rwanda au personnel de l'ONU, ceux qui s'y trouvaient au premier chef mais aussi ceux qui ont commencé à réaliser à la fois l'énormité de ce qui s'y passait et l'incapacité de la communauté internationale d'y intervenir efficacement.

« Nous devons rendre hommage, a-t-elle déclaré, au petit nombre de ceux qui ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour sauver des vies, le général Dallaire, qui commandait la petite Force de l'ONU sur le terrain et aussi feu le capitaine Mbaye Diagne, ce jeune officier sénégalais, qui a sauvé de nombreuses vies mais a perdu la sienne quand un obus de mortier s'est écrasé sur sa jeep. »

« Nous devons aussi penser à ce que nous pouvons faire pour aider le Rwanda à surmonter un inimaginable traumatisme », a-t-elle ajouté.

De Kaboul en Afghanistan est parvenu un message transmis conjointement par le Président de la Commission afghane indépendante des droits de l'homme, Sima Samar, et du Représentant spécial du Secrétaire général dans le pays, qui exprime l'horreur que leur inspire le souvenir de ces 800 000 personnes « mortes taillées en pièces en juste 100 jours. »

Toutes les mesures possibles doivent être prises pour prévenir les conflits ethniques, soulignent-ils « et chacun de nous, qui que nous soyons, doit prendre conscience des effets maléfiques que produit l'intolérance prenant pour argument l'ethnicité, la religion, la nationalité. »

Au Timor-Este, le Président Gusmao et le Premier Ministre Mari Alkatiri ainsi que le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU par intérim, Sukehiro Hasegawa, se sont adressé à une foule de 400 personnes au cours d'une séance de commémoration organisée conjointement par le bureau du Premier Ministre et l'ATNUTO (Administration transitoire des Nations Unies au Timor oriental).

Le chef de l'Etat et le chef du gouvernement ont exprimé « le soutien inconditionnel de la population timoraise » au Plan d'action du Secrétaire général. Au-delà de cette initiative, le Premier Ministre Alkatiri a déclaré qu'il restait peu de doutes sur la nécessité de la réforme de l'ONU où « le processus de prise de décision bloque parfois la capacité d'action de l'Organisation dans son ensemble. Les membres permanents du Conseil de sécurité doivent admettre que la communauté internationale demande que cela change.»

« En tant que peuple qui a fait l'expérience de ce que l'humanité recèle de pire, qui a vécu à son niveau la guerre et le génocide, en tant que peuple condamné à disparaître et qui a vu plus du tiers de sa population décimée, aujourd'hui nous nous joignions au reste du monde pour rendre hommage aux victimes sans nombre du génocide du Rwanda », a ajouté M. Alkatiri, selon les informations transmises dans un communiqué de l'ATNUTO.

L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à Paris s'est associée à cette commémoration du dixième anniversaire du génocide, son directeur général, Koïchiro Matsuura, ayant appelé aujourd'hui au devoir de mémoire en invitant les délégués permanents et les fonctionnaires de l'Organisation à observer une minute de silence à l'instar du système des Nations Unies tout entier.

« Un million de personnes tuées, des dizaines de milliers de déplacées : nous n'avons pas le droit de les oublier. Les victimes de ce génocide doivent être gardées en mémoire, non seulement au nom de l'histoire, mais aussi, et surtout, au nom de l'avenir », a déclaré de directeur général, qui s'est personnellement rendu, en décembre 2002, à Murambi, à 165 kilomètres de Kigali, pour se recueillir devant les sépultures des 50 000 personnes qui y ont trouvé la mort en 1994.

Ce soir, à partir de 20h30, l'association IBUKA-France organisera à l'UNESCO une Soirée du Souvenir avec, entre autres, le groupe « Mpore », Marion Jamer, Ben Kayiranga, Ruhasha, Mucyo, Ferricia Fatia, Thomas M. Pollard, Achille Gajo, Sylvia Howard, Rasul Siddick et Juju Child.

 

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