A propos du Rwanda, Kofi Annan déclare qu'il faut se tenir prêt à réagir rapidement au Darfour

7 avril 2004

Le Secrétaire général, présentant son plan de prévention des génocides dans le cadre de la commémoration du génocide au Rwanda devant la Commission des droits de l'homme, aujourd'hui à Genève, a adressé un message clair aux autorités du Soudan. Si l'accès au Darfour et la protection des populations de la région sont refusés à l'ONU, la communauté devra agir de façon appropriée et cela inclut, en dernier ressort, le recours à la force.

Abordant la question du Darfour dans le cadre du cinquième et dernier point de son plan d'action, qui insiste sur la nécessité « d'agir vite et de manière décisive lorsque, en dépit de tous nos efforts, le génocide se produit ou est sur le point de se produire », Kofi Annan a indiqué partager la vive inquiétude des huit experts indépendants « que la Commission a nommés pour s'informer sur les violations massives des droits de l'homme et la crise humanitaire qui seraient en train de se produire dans la région du Darfour au Soudan. »

Devant la Commission des droits de l'homme réunie pour sa 60e session, il a précisé qu'il était sur le point d'envoyer au Soudan sa « propre équipe d'établissement des faits pour déterminer la nature et l'ampleur de la crise », ajoutant qu'il était essentiel « d'avoir pleinement accès à la région et aux victimes » et que « si cet accès nous est refusé » de « réagir avec promptitude et efficacité. »

« Par 'réagir' dans ce genre de situation, il faut entendre prendre une série de mesures, pouvant aller jusqu'à l'intervention militaire », a-t-il déclaré tout en insistant sur le fait que « celle-ci doit toujours être considérée comme un dernier recours, à n'utiliser que dans des cas extrêmes. »

Le Secrétaire général a également souligné que le besoin de principes directeurs qui nous permettraient de déterminer quand et comment réagir quand « nous avons affaire à ces cas extrêmes faisait 'cruellement' défaut. »

Dans son rapport sur la responsabilité de protéger, la Commission internationale sur l'intervention et la souveraineté des États s'est employée à élaborer de tels principes directeurs préparant ainsi le travail du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement.

« J'espère de tout cœur que ses recommandations nous rapprocheront d'un consensus » a déclaré Kofi Annan, qui a exhorté l'ensemble des États Membres à ne ménager aucun effort pour y parvenir.

Auparavant, le Secrétaire général avait présenté les grandes lignes de son plan d'action qui inclut un renforcement des capacités de prévention des conflits au plan local et régional, une attention accrue aux tensions créées par la compétition visant à s'approprier les ressources naturelles, une action en faveur des jeunes en coopération avec les institutions financières internationales, la société civile et le secteur privé de telle sorte qu'ils deviennent des proies moins faciles pour les gangs et les milices, la protection des droits des minorités car elles sont souvent les premières victimes des génocides.

Il importe également a-t-il indiqué, de « nous attaquer aux racines de la violence et du génocide: la haine, l'intolérance, le racisme, la tyrannie et un discours public déshumanisant, qui nie la dignité et les droits de groupes entiers de population. »

Le deuxième point de son plan concerne la protection des civils dans les conflits armés. Dans cette optique, a indiqué Kofi Annan, « dans de nombreuses opérations de maintien de la paix en cours, les soldats de la paix ne sont plus seulement autorisés à recourir à la force en légitime défense mais aussi pour défendre leur mandat, qui prévoit souvent expressément la protection des populations civiles exposées à un risque imminent de violence. »

« Troisièmement, a-t-il déclaré, il faut mettre fin à l'impunité. » Tout en soulignant que le Tribunal pénal international pour le Rwanda avait rendu des jugements qui feront date », et qui adresse « un message clair à ceux qui envisageraient de commettre un génocide dans d'autres pays », il a indiqué que le plan prévoyait « un examen de ce que fait ce tribunal, ainsi que d'autres instances judiciaires, nationales comme internationales, pour réprimer et éliminer le génocide, de manière à en tirer des enseignements utiles pour l'avenir. »

Le Secrétaire général a insisté également sur la nécessité de mettre en place un système d'alerte précoce, sans s'attarder sur des querelles légalistes sur la question de savoir si telle ou telle atrocité est assimilable au génocide.

Il a souligné le rôle privilégié de la Commission des droits de l'homme à cet égard qui, « par l'intermédiaire de ses rapporteurs spéciaux, de ses groupes de travail et de ses experts indépendants ainsi que des organes conventionnels et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, devrait être bien placée pour sonner l'alarme. »

« Votre Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires avait d'ailleurs appelé l'attention sur de nombreux signes préoccupants au Rwanda un an avant le génocide, a-t-il ajouté. Hélas, personne ne l'a écouté. »

« Nous devons être capables de reconnaître les signes avant-coureurs d'un génocide pour pouvoir agir à temps pour l'empêcher », a-t-il déclaré tout en admettant que la difficulté était de rassembler et de recouper l'information et que le système actuel de l'ONU comporte des lacunes auquel le plan prévoit de remédier.

Une des décisions prises à cet égard, a indiqué également le Secrétaire général, a été la création d'un nouveau poste de conseiller spécial sur la prévention du génocide. Son « mandat du conseiller portera non seulement sur le génocide mais aussi sur les massacres et les autres violations massives des droits de l'homme, comme le nettoyage ethnique. »

En coopérant étroitement avec le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, il aura pour mission de recueillir des informations sur les situations où un génocide est en cours ou à craindre. Il fera office de mécanisme d'alerte précoce pour le Conseil de sécurité et d'autres organes du système des Nations Unies et enfin effectuera des recommandations au Conseil de sécurité sur les mesures à prendre pour éviter le génocide ou y mettre fin.

« Nous devons tout faire pour prévenir les génocides, a conclu Kofi Annan. Ce n'est qu'alors que nous pourrons honorer dignement la mémoire des victimes d'hier. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons sauver ceux qui risquent d'être victimes demain.»

 

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