R.D.du Congo : le renforcement des factions au sein du gouvernement inquiète Kofi Annan

30 mars 2004

Un ralentissement des progrès est observé en République démocratique du Congo (RDC), indique le Secrétaire général de l'ONU qui s'inquiète du renforcement des factions au sein du Gouvernement de transition, de la persistance des exactions contre les civils, de la recomposition des groupes armés dans le Nord-Est et des attaques perpétrées contre la Mission de l'ONU.

Même si les principales institutions politiques de la transition ont continué à fonctionner et plusieurs mesures ont été prises en vue de l'application des dispositions clefs de l'Accord global et inclusif sur la transition, les tensions au sein du Gouvernement de transition se sont aggravées, indique le Secrétaire général dans son dernier rapport sur la Mission de l'ONU en RDC, la MONUC.

Selon lui, la montée des tensions à Bukavu en février dernier, malgré une amélioration de la situation générale dans les Kivus, a mis en lumière les dissensions profondes existant au sein du Gouvernement de transition, notamment au sein de la présidence, du haut commandement militaire intégré et des structures politiques et militaires locales à Bukavu.

Un affrontement a eu lieu lorsqu'une cache d'armes a été découverte le 3 février au domicile d'un associé du Gouverneur du Sud-Kivu actuellement suspendu, M. Xavier Chirimwami Chiribanya, qui faisait naguère partie du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-G), ancien mouvement rebelle représenté aujourd'hui dans le gouvernement.

Les échanges de coups de feu qui ont suivi entre des éléments fidèles au commandant de la dixième région militaire, le général de brigade Prosper Nabyolwa (ancienne composante gouvernementale) et les partisans des alliés du Gouverneur ont fait au moins deux morts.

À la suite de l'intervention de la MONUC, la situation s'est calmée et certaines armes ont été remises à la Mission qui continue de perquisitionner à la recherche d'armes. Le Conseil des ministres a suspendu le Gouverneur Chiribanya le 7 février mais a décidé qu'il ne devrait pas être arrêté pour possession d'armes.

A la suite de descentes de police ordonnées par le général Nabyolwa, le 22 février, au domicile de deux anciens officiers du RCD-G, associés au Gouverneur, un officier militaire du RCD-G, le commandant Kasongo, a été arrêté puis transféré à Kinshasa sans que le Gouverneur par intérim ni le commandant adjoint de la région militaire n'en aient été informés.

Il convient de noter à cet égard que le tribunal militaire du précédent Gouvernement de la RDC avait jugé par défaut le commandant Kasongo pour le rôle qu'il aurait joué dans l'assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila et l'avait condamné à mort.

Son transfert à Kinshasa a donc avivé les tensions au sein du commandement de la dixième région militaire et le RCD-G a alors menacé de se retirer des institutions transitoires si le commandant Kasongo ne revenait pas à Bukavu, ce qui a amené des ministres proches du Président et la composante maï maï, autre composante du Gouvernement de transition à faire des déclarations critiquant le RCD-G et l'accusant de « préparer une troisième rébellion dans les Kivus ».

À la suite d'un accord entre le Président Kabila et le Vice-Président Azarias Ruberwa, la MONUC a ramené le commandant Kasongo à Bukavu le 25 février, ce qui a contribué à stabiliser la situation.

Le Secrétaire général note aussi qu'au cours de la période considérée, une propagande haineuse a été menée envers la MONUC, appelant la population à attaquer son personnel. Il signale également que la situation en Ituri demeure grave car, si la sécurité s'est améliorée dans certains secteurs du fait du déploiement de la Brigade des Nations Unies dans la province, la violence organisée contre la population civile et contre la MONUC s'est intensifiée dans d'autres secteurs au cours des deux derniers mois.

Il condamne énergiquement les attaques hostiles, pas moins de 20 depuis le 1er décembre, lancées par différentes milices contre le personnel de la MONUC en Ituri et lance un appel à ces milices d'Ituri afin qu'elles cessent immédiatement les hostilités et mettent fin au harcèlement de civils innocents. L'ONU maintiendra une présence robuste en Ituri, affirme Kofi Annan qui demande au Gouvernement de transition d'intensifier ses efforts, afin d'étendre une administration effective à l'Ituri, notamment dans le domaine de la justice pénale.

« Les auteurs des crimes haineux commis en Ituri ne doivent pas rester impunis », assure-t-il.

Déplorant que le processus de normalisation des relations bilatérales entre la République démocratique du Congo et ses voisins semble s'être ralenti, il demande instamment au Gouvernement de la République démocratique du Congo de répondre à la visite à Kinshasa du Ministre rwandais des affaires étrangères, M. Charles Murigande, en dépêchant le Ministre congolais des affaires étrangères à Kigali. Il devrait également être procédé à un échange d'ambassadeurs entre la République démocratique du Congo et ses voisins sans plus de retard, ajoute-t-il.

Le Secrétaire général juge essentiel que les pays constitutifs de la région facilitent la convocation d'une conférence internationale sur les Grands Lacs. « La tenue d'une conférence bien préparée aiderait peut-être à consolider le processus de paix en République démocratique du Congo et au Burundi », indique-t-il avant de demander à la RDC de mettre en place son Comité préparatoire national et à tous les pays constitutifs de la région d'accélérer les travaux de leurs comités nationaux respectifs.

« La paix n'est pas encore irréversible. […] Si des progrès ont été accomplis, les prochains mois seront critiques », prévient Kofi Annan.

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