Royaume-Uni : l’ONU condamne la diabolisation des victimes de l’esclavage et de traite des êtres humains

Une femme fait la manche dans le centre de Londres, au Royaume-Uni.
Unsplash/Tom Parsons
Une femme fait la manche dans le centre de Londres, au Royaume-Uni.

Royaume-Uni : l’ONU condamne la diabolisation des victimes de l’esclavage et de traite des êtres humains

Droits de l'homme

La diabolisation des victimes de la traite et des formes contemporaines d’esclavage érode la sympathie du public pour les mesures visant à les protéger et peut conduire à des attaques contre ces groupes par des extrémistes, ont averti lundi des experts de l’ONU, qui ont exhorté le Royaume-Uni à intensifier ses efforts pour protéger les survivants.

La crédibilité des victimes de la traite des êtres humains et des formes contemporaines d’esclavage, y compris des migrants et des nationaux, est mise à mal au Royaume-Uni, ont déclaré dans un communiqué Tomoya Obokata, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage; Siobhán Mullally, Rapporteuse spéciale sur la traite des personnes et Felipe González Morales, Rapporteur spécial sur les droits des migrants.

Les experts indépendants onusiens se disent alarmés, ces derniers jours et ces dernières semaines, par la multiplication, d’affirmations non fondées de la part de fonctionnaires et de services gouvernementaux concernant des personnes cherchant à obtenir une protection au titre de la loi sur l’esclavage moderne et du mécanisme d’orientation national. Des représentants du gouvernement ont fait part de ces affirmations dans les médias et le 13 décembre, le Premier ministre Rishi Sunak aurait fait une déclaration orale au Parlement dans laquelle il aurait déclaré que « le seuil à partir duquel une personne peut être considérée comme un esclave moderne sera considérablement relevé ».

Cette atmosphère met en péril la protection des victimes de la traite

« Des déclarations trompeuses qui exagèrent le niveau de fraude et d’abus dans le système de protection des victimes de la traite et de l’esclavage, suggèrent que les survivants de ces pratiques sont des migrants en situation irrégulière ou des criminels plutôt que des victimes vulnérables de violations flagrantes des droits de l’homme », ont fait valoir les experts de l’ONU, « et que leurs représentants légaux sont des opportunistes cyniques plutôt que des défenseurs des droits de l’homme ».

Or il y a peu de preuves à l’appui de ces affirmations et selon les experts, les généraliser est « dangereux et régressif ».  Ils ont noté que les demandes de preuves « corroborantes » par la société civile ont été ignorées à de multiples reprises par les fonctionnaires en question.

Les experts de l’ONU ont averti qu’une telle rhétorique non seulement met en péril la protection des victimes de la traite et des formes contemporaines d’esclavage, mais peut également enhardir les trafiquants d’êtres humains. Une situation qui risque d’entraver les efforts visant à identifier et à protéger les victimes et les personnes exposées à la traite et à faire en sorte que les auteurs répondent de leurs actes.

S’abstenir de toute « rhétorique incendiaire et fallacieuse »

Dans ces conditions, ils ont exhorté les responsables publics à s’abstenir de toute « rhétorique incendiaire et fallacieuse » qui délégitime les survivants de l’esclavage et de la traite des êtres humains. « Concentrez-vous plutôt sur le renforcement des mesures visant à protéger ces populations vulnérables », ont fait remarquer les experts.

Les experts indépendants demandent, dans un premier temps, la nomination immédiate d’un nouveau commissaire indépendant à la lutte contre l’esclavage. Ce poste est vacant depuis avril 2022, bien qu’il soit mandaté par la loi sur l’esclavage moderne (2015).

Les experts ont également exhorté le gouvernement à répondre aux préoccupations en matière de droits de l’homme qu’ils avaient précédemment identifiées concernant les risques de traite et de formes contemporaines d’esclavage auxquels sont confrontés les travailleurs au Royaume-Uni, notamment les migrants et les demandeurs d’asile.