Manuela Molina (nom fictif), une migrante vénézuélienne, s'était vu promettre un emploi décent à Trinidad, mais quelques minutes après son arrivée, elle a été forcée de monter dans une camionnette et emmenée dans un lieu tenu secret.

La traite des êtres humains : un assaut sur les droits, la sécurité et la dignité, selon le chef de l’ONU

OIM Port of Spain
Manuela Molina (nom fictif), une migrante vénézuélienne, s'était vu promettre un emploi décent à Trinidad, mais quelques minutes après son arrivée, elle a été forcée de monter dans une camionnette et emmenée dans un lieu tenu secret.

La traite des êtres humains : un assaut sur les droits, la sécurité et la dignité, selon le chef de l’ONU

Droit et prévention du crime

La traite des êtres humains est « un crime ignoble et un assaut en règle contre les droits, la sûreté et la dignité de chacun », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies dans message à l’occasion de la Journée mondiale contre la traite des personnes.

« Le problème, hélas, ne cesse de s’aggraver, en particulier pour les femmes et les filles, qui constituent la majorité des victimes de la traite détectées dans le monde », a fait valoir António Guterres.

Séparés et vulnérables

Le chef de l’ONU a expliqué que les conflits, les déplacements forcés, le changement climatique, les inégalités et la pauvreté ont laissé des dizaines de millions de personnes dans le monde démunies, isolées et vulnérables ; et que la pandémie de Covid-19 a séparé les enfants et les jeunes en général de leurs amis et de leurs pairs, les poussant à passer plus de temps seuls et en ligne.

« Les trafiquants d’êtres humains tirent profit de ces fragilités au moyen de technologies avancées pour repérer, suivre, contrôler et exploiter les victimes », a développé le chef des Nations unies.
 

 Les médias sociaux ont une influence considérable sur la vie des enfants et le fait d'être constamment connecté à Internet comporte également de nombreux risques, y compris l'exploitation sexuelle des adolescents et des enfants en ligne.
© UNICEF/UN014974/Estey
Les médias sociaux ont une influence considérable sur la vie des enfants et le fait d'être constamment connecté à Internet comporte également de nombreux risques, y compris l'exploitation sexuelle des adolescents et des enfants en ligne.

Trafic dans le cyberespace

Utilisant souvent le « dark web », les plateformes en ligne permettent aux criminels de recruter des personnes avec de fausses promesses.

Aussi, la technologie permet de diffuser anonymement des contenus dangereux et dégradants qui alimentent la traite des êtres humains, notamment l'exploitation sexuelle des enfants.

Le thème de cette année – « Usages et mésusages de la technologie » –  rappelle à tous que si elle peut contribuer à la traite, la technologie peut aussi aider foncièrement à la combattre.

Unir les forces

Le Secrétaire général a appelé  les gouvernements, les régulateurs, les entreprises et la société civile a s’unit et investir dans des politiques, des lois et des solutions technologiques permettant d’identifier et d’aider les victimes, de repérer et punir les coupables et de garantir un Internet sûr, ouvert et sécurisé pour tous.

« Au Sommet de l’avenir de 2023, j’ai proposé un Pacte numérique mondial pour rallier le monde autour de la nécessité d’instaurer une bonne gouvernance dans l’espace numérique», a rappele M. Guterres, appelant tout le monde à « accorder à cette question l’attention qu’elle mérite, d’agir et de s’employer à mettre fin, une fois pour toutes, au fléau de la traite ».

Les dangers de la technologie

Dans son message pour la journée, la Directrice de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Ghada Waly, s'est exprimée en détail sur ce thème.

Reconnaissant que les technologies numériques ont été « une bouée de sauvetage vitale » lors des restrictions pandémiques, elle a averti qu'elles sont « de plus en plus exploitées par les criminels ».

La nature sans frontières des technologies de l'information et de la communication (TIC) permet aux trafiquants d'étendre leur portée et leurs profits avec une impunité encore plus grande.

Plus de 60 % des victimes connues de la traite des êtres humains au cours des 15 dernières années étaient des femmes et des filles, la plupart d'entre elles étant victimes de la traite à des fins d'exploitation sexuelle.

Et comme les conflits et les crises accroissent la misère, d'innombrables autres personnes risquent d'être ciblées par de fausses promesses d'opportunités, d'emplois et d'une vie meilleure.

La majorité des cas de traites d'êtres humains liés à l'exploitation sexuelle concernent des femmes.
OIM
La majorité des cas de traites d'êtres humains liés à l'exploitation sexuelle concernent des femmes.

Protéger les espaces en ligne

Pour protéger les personnes, les espaces numériques doivent être protégés des abus criminels en mettant les technologies au service du bien.

« Les partenariats avec les entreprises technologiques et le secteur privé peuvent empêcher les trafiquants de s'attaquer aux personnes vulnérables et mettre fin à la circulation de contenus en ligne qui amplifient la souffrance des victimes de la traite », a déclaré Mme Waly.

Avec le soutien adéquat, les forces de l'ordre peuvent utiliser l'intelligence artificielle, l'exploration de données et d'autres outils pour détecter les réseaux de trafiquants et enquêter sur eux.

 « Engageons-nous à prévenir l'exploitation en ligne et à promouvoir le pouvoir de la technologie pour mieux protéger les enfants, les femmes et les hommes, et soutenir les victimes », a lancé Mme Waly, à l’occasion de la Journée.

La traite des personnes dans les conflits

Pour sa part, un groupe d'experts indépendants des droits de l'homme nommés par l'ONU a souligné que la communauté internationale doit « renforcer la prévention et la responsabilité en matière de traite des personnes dans les situations de conflit ».

Les femmes et les filles, en particulier celles qui sont déplacées, sont touchées de manière disproportionnée par la traite des personnes à des fins d'exploitation sexuelle, de mariage forcé et d'enfant, de travail forcé et de servitude domestique.

« Ces risques d'exploitation, qui surviennent en temps de crise, ne sont pas nouveaux. Ils sont liés et découlent d'inégalités structurelles existantes, souvent basées sur des identités intersectionnelles, la discrimination et la violence fondées sur le genre, le racisme, la pauvreté et les faiblesses des systèmes de protection de l'enfance », ont déclaré les experts.

Inégalités structurelles

Les réfugiés, les migrants, les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays et les apatrides sont particulièrement exposés aux attaques et aux enlèvements qui mènent à la traite.

Aussi les dangers sont accrus par la persistance des restrictions en matière de protection et d'assistance, la limitation de la réinstallation et du regroupement familial, l'insuffisance des garanties en matière de travail et les politiques migratoires restrictives.

« Ces inégalités structurelles sont exacerbées avant, pendant et après les conflits, et touchent les enfants de manière disproportionnée », ont ajouté les experts.

Cibler les écoles

Malgré les liens entre les activités des groupes armés et le trafic d'êtres humains - ciblant particulièrement les enfants - la responsabilité « reste faible et la prévention est faible ».

La traite des enfants - les écoles étant souvent visées - est « liée aux violations graves commises à l'encontre des enfants dans les situations de conflit armé, notamment le recrutement et l'utilisation, les enlèvements et les violences sexuelles », ont expliqué les experts de l'ONU.

« La violence sexuelle contre les enfants persiste et conduit souvent à la traite à des fins d'exploitation sexuelle, d'esclavage sexuel, de grossesse forcée et de mariage forcé, ainsi qu'au travail forcé et à la servitude domestique » ont-ils dit.

Tous les pays du monde sont touchés par la traite des êtres humains, que ce soit en tant que pays d'origine, de transit ou de destination des victimes. La grande majorité des trafiquants de femmes et de filles le font à des fins d'exploitation sexuelle.
 

Usages et abus de la technologie - World Day Against Trafficking in Persons

Les stéréotypes de genre

Si les filles sont plus souvent victimes de la traite à des fins d'exploitation sexuelle, les garçons n'échappent pas à ce fléau.

Les stéréotypes et la discrimination liés au genre peuvent conduire à ne pas identifier les hommes et les garçons comme des victimes, les laissant sans assistance ni protection.

« Les hommes et les garçons peuvent être confrontés à des obstacles supplémentaires lorsqu'il s'agit de révéler des expériences d'exploitation, notamment sexuelle », ont-ils déclaré, soulignant la nécessité de reconnaître que les attitudes discriminatoires et la violence, fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre, augmentent les risques de ne pas recevoir d'aide ou de protection.

Prélèvement d'organes

Les experts ont également souligné que, dans les situations de conflit, le trafic de prélèvements d'organes est une autre préoccupation, de même que l'incapacité des forces de l'ordre à réguler et à contrôler les finances des groupes armés et des autres trafiquants - au niveau national et transfrontalier.

« Nous avons vu ce qu'il est possible de réaliser grâce à une action coordonnée et à une volonté politique de prévenir la traite dans les situations de conflit », ont-ils déclaré, en plaidant pour la protection internationale, le regroupement familial et l'élargissement des possibilités de réinstallation et de relogement planifié.

 

 

 

 

NOTE :

Les rapporteurs spéciaux et les experts indépendants sont nommés par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, dont le siège est à Genève, pour examiner un thème spécifique des droits de l'homme ou la situation d'un pays et en rendre compte. Ces postes sont honorifiques et les experts ne sont pas rémunérés pour leur travail.

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