Erythrée : intensification de la conscription militaire avec le conflit au Tigré, selon un expert

14 juin 2022

Les giffa, ou rafles à des fins de conscription militaire, se sont intensifiés de « manière spectaculaire » dans tout l’Erythrée, surtout à la suite du conflit dans la région éthiopienne du Tigré, a dénoncé lundi à Genève un expert indépendant de l’ONU.

« Des milliers de conscrits ont été forcés de participer au conflit du Tigré, des hommes, des femmes et des enfants étant emmenés et envoyés au combat sur les lignes de front », a déclaré le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Erythrée, Mohamed Abdelsalam Babiker au premier jour de la 50e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Les schémas déjà documentés de recrutement d’enfants par les forces érythréennes se sont aggravés, des témoins évoquant « des rafles d’enfants âgés de 14 ans seulement ».

Des réfugiés qui avaient été enlevés dans les camps de Hitsats et de Shimelba, en Éthiopie, fin 2020, ont également été détenus, punis et enrôlés. Au cours de l’année écoulée, l’expert indépendant onusien dit avoir entendu des dizaines d’Érythréens dont les proches avaient été contraints de se battre dans le Tigré. Leurs familles n’ont reçu aucune information officielle sur leur sort ou leur localisation, et vivent dans la crainte qu’ils ne reviennent jamais.

Officiellement, le service militaire est limité à 18 mois. Mais le pouvoir en place à Asmara estime qu’il doit pouvoir compter sur sa population en cas de guerre.

Se soustraire au service militaire est synonyme d’emprisonnement dégradant

« Depuis le début de mon mandat en novembre 2020, je n’ai reçu aucune preuve de progrès dans la situation des droits de l’homme en Érythrée. En fait, j’ai observé une détérioration dans plusieurs domaines », a-t-il dit, relevant que l’implication d’Asmara dans le conflit armé en Éthiopie a mis en évidence les violations persistantes des droits humains.

Ces abus sont liés au système de service national/militaire à durée indéterminée, et ont encore aggravé la situation interne déjà désastreuse des droits humains en Érythrée.

Les personnes qui tentent de se soustraire au service militaire sont emprisonnées dans des « conditions inhumaines et dégradantes pendant des périodes indéfinies ». Les autorités punissent également les réfractaires par procuration, par exemple en emprisonnant un parent ou un conjoint afin de les forcer à se rendre eux-mêmes. « J’ai également reçu des informations sur des conscrits qui ont été tués alors qu’ils tentaient de s’échapper du Tigré ou des centres de formation militaire en Érythrée », a fait valoir M. Babiker.

Dans ces conditions, la situation « déplorable » des droits humains en Érythrée continuait de pousser des milliers de personnes à fuir. Dans le même temps, les réfugiés et les demandeurs d’asile érythréens sont confrontés à des politiques d’asile et de migration de plus en plus restrictives, tant dans les pays de transit que dans les pays de destination.

Le défi de l’accès de l’aide humanitaire dans la région éthiopienne du Tigré

« Les demandeurs d’asile érythréens sont toujours détenus, refoulés et se voient refuser l’accès à la procédure d’asile dans de nombreux pays », a regretté l’expert onusien, rappelant que les réquérants d’asile érythréen sont confrontés à des violations et à des difficultés indicibles dans leur quête de sécurité. A ce sujet, il estime que la situation des enfants non accompagnés est particulièrement alarmante.

Sur le sort de ces réfugiés érythréens, il s’est particulièrement préoccupé par la situation des réfugiés érythréens en Éthiopie, où des milliers d’entre eux sont « toujours en grand danger ». « Je continue de recevoir des informations faisant état de réfugiés érythréens tués lors d’attaques, ainsi que de causes évitables liées au manque d’accès à la nourriture, à l’eau et aux médicaments dans le Tigré », a affirmé M. Babiker.

Pour le Rapporteur spécial, il s’agit d’une question urgente qui nécessite une action immédiate pour protéger les réfugiés et les autres populations vulnérables. S’il a salué les efforts déployés par le service éthiopien des réfugiés et des rapatriés et par le HCR pour enregistrer et aider les réfugiés érythréens, il s’est inquiété des difficultés que rencontrent les acteurs humanitaires pour opérer dans la région du Tigré.

« Le rôle joué par les forces érythréennes, qui empêchent depuis plusieurs mois l’acheminement de l’aide humanitaire aux réfugiés et aux autres populations dans le besoin dans le Tigré, est très préoccupant », a détaillé le Rapporteur spécial.

NOTE :

Les Rapporteurs spéciaux et Experts indépendants font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit de situations spécifiques à des pays, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel

 

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