La Libye à un moment « délicat et critique » avant des élections historiques, selon l’envoyé de l'ONU

24 novembre 2021

À un mois des élections en Libye, il est important que la communauté internationale reste unie pour soutenir le processus électoral, a déclaré mercredi l'envoyé spécial de l'ONU, Ján Kubiš, au Conseil de sécurité.

Il a indiqué que le climat politique dans le pays restait « fortement polarisé » avant les élections présidentielle et parlementaires, qui se déroulent conformément à une feuille de route adoptée l'année dernière à la suite d'un cessez-le-feu historique et de la mise en place d'un gouvernement intérimaire.

Même si les Libyens sont impatients de voter, une opposition persiste autour du cadre juridique des élections, a déclaré M. Kubiš. Les tensions montent également sur l'éligibilité de certains candidats de premier plan à l’élection présidentielle, tout comme les craintes d'une confrontation armée.

L'envoyé de l’ONU a exhorté les opposants à canaliser leurs préoccupations par le biais des mécanismes judiciaires existants et à respecter les verdicts.

« La Libye continue d'être à un moment délicat et fragile sur la voie de l'unité et de la stabilité à travers les urnes », a déclaré M. Kubiš, qui dirige également la mission des Nations Unies dans le pays, la MANUL. « Alors que les risques associés à la polarisation politique actuelle autour des élections sont évidents et présents, la non-organisation des élections pourrait gravement détériorer la situation dans le pays et pourrait conduire à davantage de divisions et de conflits ».

La Haute Commission électorale nationale (HCEN) de Libye a confirmé que le premier tour de l’élection présidentielle se tiendrait le 24 décembre.

Elections législatives

Le second tour de la présidentielle, ainsi que les élections législatives, devraient avoir lieu 50 jours plus tard. Tous les résultats finaux seront annoncés simultanément.

Les inscriptions pour les candidats à la présidentielle ont pris fin cette semaine. M. Kubis a indiqué qu'une liste préliminaire était attendue jeudi après-midi, avec quelque 98 personnes, dont deux femmes, se présentant.

Parmi les candidats figurent le Premier ministre par intérim, Abdul Hamid Dbeibah, et Saif-al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien Président Mouammar Kadhafi, qui a été destitué en 2011, à la suite de quoi le pays est entré en crise, avec deux administrations rivales se battant pour le pouvoir jusqu'à récemment.

L'inscription en cours pour les élections législatives se terminera le 7 décembre. Jusqu'à présent, plus de 2.000 personnes, dont 276 femmes, se sont portées candidates.

Parallèlement, près de deux millions de cartes d'électeurs ont été distribuées à ce jour. En outre, plus de 3.200 observateurs nationaux, 320 représentants des médias nationaux, 20 médias internationaux et neuf organisations internationales d'observation ont demandé une accréditation à la HCEN.

M. Kubiš a déclaré que le nombre élevé d'électeurs inscrits et de candidats montre que les Libyens « aspirent à la possibilité d'élire leurs représentants et de leur donner un mandat pour gouverner la Libye par le biais de la légitimité démocratique ».

Cette aspiration doit être réalisée, a-t-il ajouté, soulignant la nécessité d'un soutien international pour sauvegarder l'intégrité du processus électoral.

Il a souligné que si le pouvoir judiciaire aura le dernier mot sur toute objection soulevée, que ce soit concernant le processus ou les candidats à la présidentielle, la décision finale sera finalement prise par le peuple libyen.
« Ce sont les Libyens qui ont leur avenir et l'avenir de la Libye entre leurs mains », a déclaré l'Envoyé spécial.

« Ils devraient participer aux élections, voter pour ceux qui sont attachés à une Libye stable, prospère, unie, souveraine et démocratique, régie par l'Etat de droit et engagée à lutter contre la corruption, à rechercher la réconciliation nationale, la justice et la responsabilité », a-t-il ajouté.

La vieille ville de Benghazi en Libye a été dévastée par des années de conflit.
OCHA/Giles Clarke
La vieille ville de Benghazi en Libye a été dévastée par des années de conflit.

L'Envoyé spécial démissionne

M. Kubiš a également évoqué sa décision de démissionner, après avoir soumis sa lettre de démission au Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, la semaine dernière.

Compte tenu des transitions politiques et sécuritaires en cours en Libye, ainsi que des « processus électoraux délicats et complexes », la nécessité d'un processus de médiation de l'ONU et d'un rôle de bons offices s'est intensifiée, a-t-il déclaré.

Par conséquent, il a suggéré que le chef de la MANUL soit transféré d'urgence dans la capitale, Tripoli, tout en divisant les postes d'envoyé spécial et de chef de mission de l'ONU.

« Afin de créer les conditions pour cela, le 17 novembre 2021, j'ai présenté ma démission », a déclaré M. Kubiš, qui s'est déclaré prêt à poursuivre une période de transition couvrant le processus électoral.

S'exprimant mardi, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que M. Guterres avait accepté la démission de l'émissaire « avec regret » et travaillait sur un remplaçant approprié. « Nous connaissons tous parfaitement le calendrier électoral et travaillons le plus rapidement possible pour assurer la continuité du leadership », a-t-il dit.

 

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