Ethiopie : Guterres décrit une situation humanitaire catastrophique devant le Conseil de sécurité

6 octobre 2021

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a prévenu mercredi le Conseil de sécurité que la situation humanitaire s’était aggravée ces dernières semaines en Ethiopie, où 7 millions de personnes dans les régions du Tigré, d’Amhara et d’Afar ont actuellement besoin d’une aide alimentaire et d’autres formes d’assistance.

Rien qu’au Tigré, plus de 5 millions de personnes ont besoin d’assistance, dont environ 400.000 qui vivent dans des conditions proches de la famine.

« L'aide humanitaire n'atteint toujours pas la zone à un niveau proche de ce qui est nécessaire. La seule option pour le transport routier vers le Tigré est le long du corridor d’Afar où les mouvements sont sévèrement limités par les points de contrôle officiels et non officiels, l'insécurité et d'autres obstacles et défis », a noté le chef de l’ONU dans un exposé devant les membres du Conseil de sécurité.

« Les approvisionnements en carburant continuent d'être bloqués, de même que les médicaments et équipements essentiels. Les organisations humanitaires continuent de manquer de l'argent dont elles ont besoin pour fonctionner et payer leur personnel. L'accès à l'électricité reste précaire. Des millions de personnes sont coupées des réseaux de communication et des services vitaux tels que les soins de santé », a-t-il ajouté.

Les combats à Amhara sont un autre obstacle sérieux à l'accès humanitaire, a observé M. Guterres.

« En raison de tous ces faits, les opérations humanitaires qui sauvent des vies sont paralysées », a-t-il souligné, notant que « nos collègues sur le terrain partagent des témoignages de plus en plus alarmants de souffrance – y compris des récits de plus en plus nombreux de décès liés à la faim ».

Des taux de malnutrition qui rappellent le début de la famine en Somalie en 2011

Et dans les endroits où le dépistage a été possible, on observe des taux de malnutrition aiguë qui rappellent le début de la famine de 2011 en Somalie. Des rapports extrêmement préoccupants font aussi état de violations des droits de l'homme perpétrées par toutes les parties.

« Je suis particulièrement préoccupé par les récits effrayants de violence contre les femmes et les enfants, y compris la violence sexuelle et sexiste », a dit le Secrétaire général, pour qui l’Ethiopie « est confrontée à une immense crise humanitaire qui exige une attention immédiate ».

Dans ce contexte humanitaire catastrophique, il a jugé particulièrement inquiétante l'annonce faite jeudi dernier par le gouvernement éthiopien d'expulser sept hauts responsables de l'ONU – pour la plupart des agents humanitaires.

« L'ONU continuera de jouer le rôle qui lui a été confié et de travailler avec le gouvernement éthiopien et avec des partenaires locaux et internationaux pour venir en aide à des millions de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire dans le Tigré, l'Amhara et l'Afar, et dans tout le pays, en pleine conformité avec la Charte des Nations Unies et la résolution 46/182 de l'Assemblée générale », a-t-il affirmé.

Il a appelé les autorités éthiopiennes à permettre à l’ONU de le faire sans entrave et à faciliter et permettre son travail « avec l'urgence que cette situation exige ».

« Cela signifie veiller à ce que les visas pour le personnel des entités des Nations Unies et de nos partenaires soient délivrés rapidement afin que nous puissions augmenter notre capacité. Les retards dont nous avons été témoins dans un passé récent sont un autre obstacle à une aide humanitaire efficace », a-t-il dit.

Le Secrétaire général a exhorté le gouvernement à autoriser la libre circulation du carburant, de l'argent, du matériel de communication et des fournitures humanitaires dans toutes les régions qui en ont besoin.
Il a appelé tous les membres du Conseil de sécurité à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir ces appels et s'unir derrière les efforts de l'ONU et de ses partenaires en Éthiopie.

Nouveau gouvernement

Le Secrétaire général a noté par ailleurs qu’un nouveau gouvernement éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, venait d’être inauguré.

Il a encouragé le gouvernement nouvellement investi « à travailler avec une détermination renouvelée pour être un gouvernement pour tous ». 

Il a exhorté toutes les parties à saisir l'initiative de paix de l'Union africaine et de son Haut-Représentant pour la Corne de l'Afrique, Olusegun Obasanjo. 

« Sans paix, les défis auxquels l'Éthiopie est confrontée s'intensifieront et déstabiliseront davantage la région élargie de la Corne de l'Afrique et au-delà. Nous avons l'obligation d'éviter à tout prix un résultat aussi désastreux », a conclu le chef de l’ONU.

 

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