Des dessins d'enfants un an après l'explosion de Beyrouth. Un jeune Libanais regarde la zone des explosions du port de Beyrouth, jeudi 6 août 2020.

À Beyrouth, l’UNESCO voue son soutien aux écoles et aux beaux-arts, sources d’espoir

© UNICEF/UN0497038/
Des dessins d'enfants un an après l'explosion de Beyrouth. Un jeune Libanais regarde la zone des explosions du port de Beyrouth, jeudi 6 août 2020.

À Beyrouth, l’UNESCO voue son soutien aux écoles et aux beaux-arts, sources d’espoir

Culture et éducation

Un an après les explosions meurtrières qui ont secoué Beyrouth, la Sous-Directrice générale de l'UNESCO pour l'éducation, Stefania Giannini, était de retour cette semaine dans la capitale libanaise pour témoigner sa solidarité avec son peuple et réfléchir aux résultats concrets obtenus par l'initiative Li Beirut, lancée au lendemain des explosions, plaçant l'éducation et la culture au cœur des efforts de reconstruction.

« Cette année j’ai trouvé une ville, un pays, vraiment marqués et blessés. Il y a une crise économique mais aussi sociale qui concerne vraiment tous les aspects de la vie », a déclaré Mme Giannini lors d’un entretien avec ONU Info.

Le matin du 4 août, Mme Gianninni a rendu hommage aux victimes des attentats de Beyrouth et a observé une minute de silence devant le mémorial des victimes au port, en compagnie de la famille des Nations Unies au Liban et du corps diplomatique.

« La reconstruction de Beyrouth commence par la renaissance de son secteur éducatif et de son riche tissu culture », a fait valoir la responsable du secteur de l'éducation à l’UNESCO.

Témoignages émouvants

Mme Giannini a dit avoir été particulièrement émue lors d’une des visites dans une petite école publique que l’UNESCO à restauré au cours des derniers 12 mois.

L’enseignant avait demandé aux enfants de sa classe de dessiner ce qu’ils aiment le plus de leur pays.

« Presque tous les enfants avaient écrit dans leur dessin « 4 aout », quel que soit le sujet », a raconté Mme Giannini.

« J’ai vu par là un signe du trauma qu’ils ont souffert, mais aussi l’espoir que cette génération peut vraiment trouver une voie de sortie de cette situation », a confié la haut responsable de l’UNESCO.

Mme Giannini a souligné l’importance d‘appuyer le rétablissement de l’éducation et s’est félicitée du fait qu’au cours des 12 derniers mois l’UNESCO avait réussi à réparer près de la moitié des écoles endommagées.

« On a restauré et rétabli 95 écoles sur les 220 endommagées. Voilà, ce sont des choses qui marchent-- mais le sentiment de ces enfants m’a vraiment touché », a souligné Mme Giannini.

Le 4 août 2020, au moins 85.000 élèves ont vu leur accès à l'éducation interrompu par les explosions et 226 écoles, 20 centres de formation et 32 campus universitaires ont été endommagés. En plus des 40 écoles, l'UNESCO a pris en charge la réhabilitation de 55 écoles publiques, 20 centres d'EFTP et trois universités à Beyrouth, avec le soutien du Fonds du Qatar pour le développement et l'éducation avant tout.

A Beyrouth cette semaine, Mme Giannini a rencontré les principaux acteurs et partenaires nationaux et internationaux de l'éducation afin de renforcer les efforts en cours pour aider le système éducatif de Beyrouth à se rétablir.

Elle a remis au ministre de l'éducation et de l'enseignement supérieur, Tarek Majzoub, les clés de 20 écoles publiques et 20 écoles privées qui ont été réhabilitées par l'UNESCO avec le soutien du fonds international Education can't wait, lors d'une cérémonie qui s'est tenue à l'école publique Jaber Al-Ahmad Al-Sabah à Beyrouth.

Donner de l’espoir en l’avenir et des aspirations

La Sous-directrice générale a souligné la nécessité d’avoir une vision à long terme « pour donner aux enfants et aux jeunes des aspirations, un sentiment d'espoir en l'avenir et les compétences nécessaires pour reconstruire leur vie ».

Elle appelé à investir davantage dans l'éducation.

« C'est là que bat le cœur de l'avenir du Liban. C'est là que le véritable capital du Liban a toujours été et restera si nous agissons ensemble pour renforcer la ressource la plus précieuse de ce pays - ses enfants et ses jeunes - et si nous restons fidèles à nos engagements et à notre ambition », a dit Mme Giannini.

L'enseignement supérieur et un plan national quinquennal

Au cours de sa visite, Stefania Giannini a également remis les clés de 16 bâtiments de l'Université libanaise, réhabilités par l'UNESCO, au président de l'Université, le Dr Fouad Ayoub.

Sur le campus de l'Université publique libanaise, elle a rencontré des membres du corps enseignant et a écouté leurs préoccupations, faisant l'éloge des « nombreux grands esprits et intellectuels de renom de l'institution qui ont apporté des contributions indélébiles à cette nation ».

Lors de la visite à l'Université américaine de Beyrouth (AUB), Mme Giannini a notamment fait part de ses préoccupations face à « la fuite des cerveaux du pays » - la migration des membres de la faculté, des médecins et des infirmières.

« Si cette tendance n'est pas inversée, elle entraînera une perte dramatique de capital humain que le pays ne peut se permettre et qui aura des conséquences sociales et économiques à long terme, a-t-elle déclaré.

Elle s’est dit prête à écouter « vos voix et vos préoccupations », pour mieux se saisir des principaux problèmes auxquels est confronté le secteur de l'enseignement supérieur en général et renforcer le soutien de la communauté internationale.

Mme Giannini a participé au lancement du plan quinquennal du Liban pour le secteur de l'éducation, qui « offre des chances égales à tous les enfants résidant sur le territoire libanais d'accéder à une éducation de qualité dans les secteurs public et privé » et tient compte des marginalises et des élèves ayant des besoins spéciaux.

« Je suis fière que l'UNESCO et son Institut international de planification de l'éducation aient collaboré aussi étroitement à l'élaboration de ce plan », a-t-elle affirmé, saluant sa « vision ambitieuse et son approche transformatrice ».

Elle a déclaré que l'UNESCO apportera de nouvelles ressources financières de base pour soutenir son engagement politique.

Sauver le patrimoine et les arts

La mission de Stefania Giannini a également porté sur la culture, autre pilier de Li Beirut.

Dans ce contexte, elle a visité des bâtiments du patrimoine sauvés par l'UNESCO, qui a stabilisé 14 bâtiments du patrimoine dans les zones de Rmeil, Saifi et Medawar, avec le soutien de l'Allemagne et du Fonds d'urgence pour le patrimoine de l'UNESCO.

Devant l'esplanade du musée national Sursock, également réhabilité par l’UNESCO, Mme Giannini a rencontré des artistes locaux qui avaient participé au festival Li Beirut TERDAD que l'UNESCO a organisé en juillet 2021, afin de relancer la vie culturelle de la ville.

Les artistes, qui représentent différentes formes d'art, notamment la musique, la danse, le théâtre et le cinéma, ont fait part de leurs préoccupations concernant la vie culturelle à Beyrouth après les explosions. Ils ont également parlé de l'impact positif de l'initiative Li Beirut sur leur vie et ont exprimé leur enthousiasme à participer à une deuxième édition du festival.

Selon Mme Giannini les propos partagés par les artistes ont constitué le deuxième point fort de ses rencontres dans la capitale libanaise.

« Notre première réaction a été de partir, de laisser le pays », lui ont-ils expliqué.

« Mais grâce à cette initiative, ce festival qui a réuni tous ces jeunes artistes de différents secteurs des arts : théâtre, ballet peinture et autres -- et qui a vraiment redonné un peu de vie sociale dans le quartier historique », a souligné la haut responsable de l’UNESCO.

« Nous avons une mission aujourd’hui, nous avons la prochaine édition du festival Terre d’Arts, et alors on a décidé de rester ici », a fait valoir Mme Gianini reprenant les propos des artistes.

Pour la Sous-directrice générale de l’UNESCO, ces propos sont « un autre petit signe, mais un important signe d’espoir ».