Trente-cinq ans après Tchernobyl, l’ONU rappelle que les catastrophes ne connaissent pas de frontières

26 avril 2021

Les Nations Unies ont commémoré lundi le 35e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en rendant hommage aux victimes et en soulignant l’importance de la coopération qui a suivi.

Il y a 35 ans, jour pour jour, se produisait l’un des accidents nucléaires les plus graves de l’histoire. Le 26 avril 1986, le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Tchernobyl, sur lequel des essais étaient effectués, a explosé, libérant de grandes quantités de rayonnement dans l'atmosphère.

« Comme les mesures de sécurité ont été ignorées, le combustible à l'uranium dans le réacteur a surchauffé et a fondu à travers les barrières de protection, ce qui a conduit à l'accident nucléaire le plus grave de l'histoire », a rappelé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans un communiqué publié lors de ce 35e anniversaire.

Suite à cet accident nucléaire, des centaines de milliers de personnes ont été irradiées et quelque 350.000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer dans les zones gravement contaminées, ce qui a eu sur leur vie des répercussions durables et profondément traumatisantes. « Leur souffrance ne doit pas être oubliée », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un message publié à l’occasion de l’anniversaire de la tragédie.

Pour M. Guterres, le 35e anniversaire est l’occasion de saluer les efforts de relèvement menés par les gouvernements du Bélarus, de la Russie et de l’Ukraine, ainsi que le travail des scientifiques qui ont passé au crible les éléments de preuve pour fournir d’importantes analyses, lesquelles ont permis de mettre au point des mesures d’intervention d’urgence et de réduction des risques.

« Nous nous souvenons solennellement de ceux qui sont morts. Nous sommes aux côtés de ceux dont la vie a été affectée », a, pour sa part, déclaré le Directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, qui a entamé lundi une visite de deux jours en Ukraine où il a notamment participé à Kiev à l’inauguration d’une exposition sur Tchernobyl aux côtés du Président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Lundi après-midi, l'Assemblée générale des Nations Unies a tenu une réunion commémorative spéciale. « Le monde n’a pas oublié et n’oubliera pas la catastrophe de Tchernobyl », a déclaré le Président de l’Assemblée générale, Volkan Bozkir. Selon lui, cet « anniversaire solennel » rappelle à l’humanité qu’elle doit continuer à renforcer la résilience et être prête à relever des défis inattendus pour créer un avenir plus sûr pour tous. 

Une catastrophe jugulée grâce à l’aide et à la coopération internationale

Depuis 1986, l’ONU a contribué à répondre aux besoins des personnes vivant aux alentours de Tchernobyl, d’abord dans le cadre de l’aide d’urgence et de l’aide humanitaire, puis en appuyant les activités de relèvement et de développement social et économique, grâce aux équipes-pays des Nations Unies travaillant avec la société civile, les partenaires internationaux et les donateurs.  

L'AIEA, de concert avec d'autres organisations internationales et pays, a travaillé sans relâche en offrant une aide d'urgence à travers l’analyse de l’impact humain et environnemental de l’accident et un appui à la gestion de la contamination, des déchets nucléaires et des épaves de la centrale. L’agence a également appuyé la restauration des moyens de subsistance de la population qui dépendent de la santé des fermes, des forêts et des sources d'eau dans la région. 

« Nos efforts conjoints n’ont pas été sans porter leurs fruits », a souligné M. Guterres. Pour exemple, le nombre de petites et moyennes entreprises en activité dans les zones directement touchées par la catastrophe est passé de 2.000 en 2002 à 37.000 aujourd’hui. Par ailleurs, des milliers de résidents, de responsables locaux et de médecins ont été formés aux risques sanitaires et à la promotion de modes de vie sains.

Selon l’ONU, la collaboration des autorités publiques avec les milieux universitaires, la société civile et d’autres acteurs, travaillant ensemble pour le bien commun, a permis de juguler la catastrophe de Tchernobyl. Un exemple riche d’enseignements pour les mesures déployées aujourd’hui face à la pandémie de Covid-19, estime le Secrétaire général.

« Les catastrophes ne connaissent pas de frontières », a tenu à rappeler M. Guterres. « Mais ensemble, nous pouvons nous attacher à les prévenir et à les enrayer, à soutenir tous ceux et celles qui ont besoin d’aide et à reconstruire, après les faits, sur une base solide ».

Poursuite de la coopération entre l’AIEA et l’Ukraine

Lors de sa visite à Kiev, M. Grossi a réaffirmé que l'AIEA continuera à soutenir l'Ukraine en ce qui concerne le démantèlement nucléaire, la gestion des déchets radioactifs et l'assainissement de l'environnement à Tchornobyl et ses environs. L’agence contirnuera à appuyer Kiev dans les domaines de l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire en général, en partageant les meilleures pratiques en matière d'énergie nucléaire mais aussi en ce qui concerne l’utilisation sûre des radiations dans le traitement du cancer. Depuis 2005, l'Ukraine a reçu plus de 9 millions d'euros d'aide de l'AIEA.

Alors que l’Ukraine cherche à développer l’utilisation de l’énergie nucléaire et qu’elle progresse vers une économie décarbonée pour lutter contre le changement climatique, M. Grossi a déclaré que le pays pouvait compter sur le soutien de l’AIEA.

« Nous avons besoin du nucléaire maintenant si nous voulons endiguer le réchauffement climatique et éviter les pires effets du changement climatique », a déclaré M. Grossi.

Les 15 réacteurs nucléaires opérationnels de l'Ukraine ont produit 53,9% de l'électricité totale du pays en 2019. La stratégie énergétique de l'Ukraine jusqu'en 2035 comprend un engagement de maintenir la part de l'énergie nucléaire à la moitié de la production totale d'électricité pour les 15 prochaines années.

« Vous pouvez compter sur nous pour continuer à élargir et à mettre à jour les canaux internationaux de collaboration sur la sûreté nucléaire au bénéfice de tous », a assuré le chef de l’AIEA.

 

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