Le rôle essentiel des sites marins du Patrimoine mondial dans la lutte contre le changement climatique

25 février 2021

L’UNESCO a publié ce jeudi la première évaluation scientifique des écosystèmes de carbone bleu présents dans les sites marins du Patrimoine mondial qui met en évidence la valeur essentielle de ces habitats. En effet, si leur étendue ne représente pas même 1% des océans de la planète, ces sites abritent toutefois au moins 21% de la surface totale des écosystèmes de carbone bleu et 15% de l’ensemble des ressources de carbone bleu dans le monde.

Une conférence de presse se tiendra en ligne le 2 mars afin de présenter les conclusions de ce nouveau rapport intitulé UNESCO Marine World Heritage – Custodians of the Globes Blue Carbon Assets (Patrimoine mondial marin de l’UNESCO – Les gardiens des ressources de carbone bleu du globe).

Au cours de celle-ci, l’auteur principal, le Professeur Carlos Duarte de l’Université Roi Abdallah des sciences et technologies, et le Dr Fanny Douvere, membre du programme marin du Patrimoine mondial, expliqueront que le stockage de carbone du patrimoine mondial marin équivalait à 10% des émissions annuelles de gaz à effet de serre sur la planète en 2018, permettant de conserver en toute sécurité des milliards de tonnes de CO2 et d’autres gaz à effet de serre hors de l’atmosphère, a indiqué l'UNESCO dans un communiqué de presse.

Les écosystèmes de carbone bleu jouent un rôle écologique important dans le cycle du carbone et des nutriments

Publiée au début de l’actuelle Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable, cette évaluation fournit également des moyens de préserver des sites inestimables.

« Situés en bordure des côtes, les écosystèmes de carbone bleu jouent un rôle écologique important dans le cycle du carbone et des nutriments en constituant des alevinières et des habitats pour de nombreuses espèces marines et terrestres, mais également dans la protection des côtes, et dans la préservation des moyens de subsistance et du bien-être des populations locales », souligne le Sous-Directeur général pour la culture de l’UNESCO, Ernesto Ottone Ramirez.

Au cours de la dernière décennie, les scientifiques ont découvert que les herbiers marins, les marais salants et les mangroves, que l’on a baptisés « écosystèmes de carbone bleu », figuraient parmi les puits de carbone les plus puissants qui soient, qu’ils constituaient autrement dit un environnement naturel capable d’absorber le dioxyde de carbone dans la biosphère. Ils permettent d’atténuer le changement climatique en séquestrant et en stockant d’importantes quantités de carbone en provenance de l’atmosphère et de l’océan.

UNESCO/FotoNatura
L'atoll d'Aldabra, un site du patrimoine mondial de l'UNESCO aux Seychelles.

Valeur universelle inestimable

Les sites du patrimoine mondial de l’UNESCO ont une valeur universelle inestimable. Ils sont reconnus par la communauté internationale comme des éléments dont la préservation est essentielle pour les générations futures.

Le rapport démontre que les sites marins du Patrimoine mondial sont les gardiens des plus grands écosystèmes de carbone bleu dans le monde, ce qui les rend plus précieux que jamais. Ensemble, ces écosystèmes couvrent une superficie de 207 millions d’hectares, ce qui représentait 10% de toutes les zones marines protégées dans le monde en 2020.

Parmi ces écosystèmes, figurent les mangroves des Sundarbans (Inde et Bangladesh), qui font partie de la plus grande forêt de mangroves au monde ; le Parc national des Everglades (États-Unis) et la baie de Shark (Australie occidentale), abritant le plus grand écosystème d’herbiers marins documenté du monde ; la Grande Barrière de corail, qui abrite le plus vaste écosystème de prairies sous-marines de la planète ; et la mer des Wadden (Danemark, Allemagne, Pays-Bas), dans laquelle se trouvent certaines des vasières les plus étendues de la planète. Les sites marins du patrimoine mondial abritent également l’un des organismes vivants les plus anciens et les plus prolifiques dans le monde : les herbiers marins d’Ibiza (Espagne).

La protection et la restauration de ces écosystèmes constituent une occasion unique d’atténuer le changement climatique

Cet ensemble unique d’écosystèmes marins est confronté à de nombreux défis, allant de la pollution, notamment des déchets plastiques, au changement climatique. En évaluant la valeur du carbone de ces sites et en recommandant des stratégies spécifiques de conservation du carbone bleu, les conclusions des recherches de l’UNESCO indiquent la voie à suivre pour les États, les régions et les populations locales qui entendent préserver ces zones et mettre en œuvre des stratégies autour du carbone bleu.

« Du fait de leur grande capacité à stocker le carbone, les écosystèmes de carbone bleu deviennent des sources d’émissions de CO2 lorsqu’ils sont dégradés ou détruits », prévient le Pr Duarte.

« La protection et la restauration de ces écosystèmes constituent une occasion unique d’atténuer le changement climatique. Grâce à la préservation des écosystèmes de carbone bleu, il est possible de protéger les importantes réserves de carbone qui s’y sont accumulées au cours des millénaires. Une fois restaurés, ils peuvent redevenir des puits de carbone », ajoute-t-il.

Le financement de la préservation des écosystèmes de carbone bleu dans les sites marins du patrimoine mondial pourrait être stimulé par des stratégies spécifiques dans le cadre desquelles les pays ayant prouvé les avantages de la restauration et de la préservation des écosystèmes dégradés obtiendraient des crédits-carbone.

Ces stratégies peuvent permettre aux écosystèmes de retrouver leur fonction vitale et aider les nations à respecter leurs engagements dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. À ce jour, cependant, bien peu de pays ont intégré des stratégies autour du carbone bleu dans leurs politiques d’atténuation du changement climatique.

A noter que ce rapport a été élaboré à partir d’informations provenant des gestionnaires de sites du patrimoine mondial, de données publiées dans la littérature scientifique et de l’Atlas mondial du carbone, dans le cadre du Global Carbon Project. Elle a reçu le soutien de l’Université Roi Abdallah des sciences et technologies (Arabie Saoudite), de l’Agence française pour la biodiversité et de la Principauté de Monaco.

 

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