Somalie : les tensions politiques croissantes menacent la construction de l'État et la sécurité

22 février 2021

L'augmentation de la « politique de la corde raide, des moyens de pression et des épreuves de force » menace les progrès en Somalie, a déclaré lundi, devant le Conseil de sécurité, l'envoyé de l'ONU dans ce pays, avertissant que ces questions doivent être résolues « par le dialogue et le compromis ».

« Les tensions politiques croissantes menacent les progrès de la construction de l'État en Somalie et même la sécurité », a déclaré par vidéoconférence le Représentant spécial et chef de la Mission d'assistance des Nations Unies (UNSOM), James Swan.

« J'exhorte tous les dirigeants politiques de la Somalie à renoncer à la confrontation et à éviter les tactiques risquées du 'vainqueur remporte tout' », a-t-il souligné.

L'escalade de la « rhétorique et des actions »

Une impasse politique entre les dirigeants somaliens « bloque » le modèle électoral convenu le 17 septembre par le gouvernement fédéral et les dirigeants des États membres fédérés, a déclaré le chef de l'UNSOM.

Les tensions liées à la mise en œuvre des élections ont été aggravées par des questions sur la légitimité du mandat du Président Mohamed Abdullahi Mohamed suite à l'expiration de son mandat constitutionnel le 8 février. Le parlement somalien devait choisir son successeur, ou lui accorder un second mandat, le 8 février, mais un retard dans le choix des nouveaux législateurs a repoussé cette échéance.

Entre-temps, vendredi, une journée de protestation du Conseil des candidats à la présidence, qui est dans l'opposition, a vu plusieurs incidents violents signalés, notamment des tirs d'armes non confirmés par les forces gouvernementales pour disperser les manifestants, ainsi que des échanges armés avec des partisans de l'opposition.

« La communication publique des principaux dirigeants est devenue de plus en plus polémique et conflictuelle, révélant la frustration, la méfiance et le sentiment de doléances ressentis par beaucoup », a déclaré M. Swann en qualifiant cette période de « moment de tension en Somalie », avec une escalade « de la rhétorique et des actions ».

Photo ONU/Stuart Price
Vue de la banlieue nord de Mogadiscio, en Somalie, à travers la vitre d'un hôtel brisée par une balle.

Une impasse inquiétante

Bien que les représentants du gouvernement fédéral et des États membres fédérés se soient rencontrés au début du mois, ils n'ont pas pu se mettre d'accord sur les modalités de sélection des représentants du « Somaliland » autoproclamé pour les institutions fédérales ou la gestion des élections dans la région de Gedo, dans l'État du Jubaland.

Toutefois, lors d'une réunion ultérieure, un comité technique composé de ministres de haut rang du gouvernement fédéral et des États membres fédérés a réaffirmé son engagement en faveur d'un quota de 30% de femmes dans le processus électoral et a annoncé des solutions aux questions litigieuses.

Dans ce que l'envoyé des Nations Unies a qualifié d'« impasse inquiétante », les dirigeants du Jubaland et du Puntland ont refusé de se joindre à un sommet des dirigeants du gouvernement fédéral et des États membres fédérés la semaine dernière à Mogadiscio.

Avec d'autres partenaires, M. Swan a assuré que des efforts continus étaient en cours pour répondre aux préoccupations des deux dirigeants afin qu'ils puissent se joindre au processus.

Il a expliqué leur travail en engageant les dirigeants du gouvernement fédéral et des États membres fédérés, et d'autres, à « préconiser une voie à suivre basée sur le dialogue et le compromis dans l'intérêt national » avec un message clair qu'il ne devrait pas y avoir « d'élections partielles, de processus parallèles et d'actions unilatérales de la part des dirigeants somaliens » car elles conduiraient à « une plus grande division et un risque de confrontation ».

Le chef de l'UNSOM reste convaincu que le modèle du 17 septembre, basé sur le consensus, « offre la meilleure option disponible » pour élire les membres du parlement, les sénateurs et le Président, notant qu'il minimiserait les retards supplémentaires dans le cycle de transition de quatre ans de la Somalie, assurerait un mandat clair et largement accepté pour les personnes choisies, et permettrait une transition de « la compétition politique aux priorités nationales vitales ».

Mais cela exige que les dirigeants somaliens « utilisent tous les canaux disponibles » pour le dialogue, a-t-il dit.

Pour instaurer la confiance dans le processus, le processus électoral doit être impartial, indépendant et contrôlé tout en incluant les libertés fondamentales, telles que la liberté d'expression, de réunion, d'organisation et d'accès aux médias.

En outre, la communication entre les principaux acteurs doit être régulière et fréquente « afin de minimiser les malentendus futurs et de résoudre les problèmes avant qu'ils ne s'aggravent », a-t-il précisé.

FAO/Haji Dirir
Un essaim de criquets pèlerins dans la région de Nugal en Somalie.

Sécurité, assistance et institutions

Bien que le groupe militant extrémiste Al-Shabaab reste la principale menace pour la sécurité du pays, M. Swan a noté que les acquis militaires précédents ont été consolidés pour combattre le groupe terroriste.

Comme le Conseil l'a demandé, M. Swan a déclaré que « les travaux préparatoires ont été achevés » pour faire avancer la transition sécuritaire de la Somalie cette année.

Entre-temps, l'insécurité alimentaire croissante, les catastrophes climatiques, l'infestation de criquets et la pandémie de Covid-19 ont entraîné le besoin d'une aide humanitaire pour environ 5,9 millions de personnes - un bond important par rapport aux 5,2 millions de l'année dernière.

Le chef de l'UNSOM a rappelé qu'un changement positif durable pour les Somaliens nécessite le renforcement des institutions, l'amélioration de la gouvernance, des investissements dans la santé et l'éducation, ainsi que d'autres réformes à long terme nécessitant « persistance et persévérance ».

Comme les progrès restent fragiles, « il est temps de poursuivre le dialogue et le compromis pour parvenir à un accord politique inclusif et crédible afin d'organiser des élections le plus rapidement possible sur le modèle du 17 septembre », a-t-il conclu.

 

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