Covid-19 : un groupe d'experts indépendant fustige un système d’alerte inadapté et des hésitations 

19 janvier 2021

Un système mondial d’alerte pandémique inadapté aux besoins, un manque de préparation de la planète pour affronter la Covid-19 ou des hésitations à déclarer l’urgence sanitaire internationale, ce sont certaines des conclusions du deuxième rapport de situation du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie.

Dans ce rapport présenté ce mardi au Comité exécutif de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le groupe d’experts mandaté par l’agence onusienne estime qu’il est « douloureusement conscient du fait que le monde n’était pas préparé à affronter la pandémie du coronavirus ».

Plus d’un an après les premiers cas du nouveau coronavirus à Wuhan, en Chine, les experts sont arrivés à la conclusion qu’on aurait pu agir plus vite et d’une façon plus robuste pour alerter la communauté internationale.

Le groupe d’experts estime qu’« il aurait été possible d’agir plus vite sur la base des premiers signes » et que des mesures d’endiguement auraient dû être immédiatement mises en œuvre dans tous les pays confrontés à un cas probable. 

Une façon de rappeler que des mesures de santé publique auraient pu être appliquées plus énergiquement par les autorités chinoises locales et nationales en janvier dernier et ainsi enrayer l’épidémie dès le début.

D’autant que dès la fin janvier 2020, des données existaient sur des cas dans plusieurs pays. « Des mesures de santé publique auraient dû être immédiatement mises en œuvre dans tous les pays confrontés à un cas probable, mais elles ne l’ont pas été », regrette le rapport.

Des risques pandémiques qui n’ont pas été pris au sérieux

D’une manière générale, le document relève que les premières données relatives à l’efficacité des mesures prises contre le SARS-CoV-2 auraient pu être échangées plus largement et plus tôt. « On aurait pu intervenir plus rapidement pour appliquer les stratégies d’endiguement les plus efficaces partout où apparaissaient des cas », insiste le groupe d'experts.

Selon les experts indépendants, les risques existentiels déjà connus posés par la menace pandémique n’ont pas été pris au sérieux.  Ils estiment qu’un nouveau cadre international est nécessaire.  

« Si l’on avait appliqué le principe de précaution aux premières indications non confirmées d’une transmission interhumaine asymptomatique, des mises en garde plus précoces auraient pu être lancées par l’OMS et les autorités nationales et locales concernant le risque de transmission », relève le groupe d'experts.

Photo ONU/Evan Schneider
Un homme portant un masque dans le métro de New York pendant la pandémie de Covid-19.

Un système mondial d’alerte inadapté aux besoins

« Une des questions qui se pose est de savoir s’il aurait été utile que l’OMS emploie le terme de pandémie plus tôt qu’elle ne l’a fait », poursuit le rapport. Mais pour le groupe, ce terme ne correspond pas à une classification du Règlement sanitaire international, un accord international sur la sécurité sanitaire mondiale entré en vigueur en 2007. Pourtant selon les experts, « son emploi permet bien d’attirer l’attention sur la gravité d’un événement sanitaire ».

De plus, le groupe d'experts critique les dispositifs du système considérés comme « lents, lourds et dénués d’un caractère décisif ». Dans une majorité croissante de cas, l’OMS prend connaissance d’alertes concernant des flambées par le biais des médias sociaux ou d’informations parues dans la presse ou encore de sources ouvertes et non traditionnelles.

Dans l’ensemble, les procédures et protocoles liés au fonctionnement du Règlement sanitaire international, et conduisant notamment à la déclaration d’une urgence de santé publique de portée internationale, semblent procéder d’une « ère analogique révolue ».

Le système d’alerte devrait être adapté à l’ère numérique

Les experts indépendants ont donc conclu que le système international d’alerte et de réponse n’était pas adapté au but visé.

« Les pays et l’OMS doivent utiliser davantage les outils numériques du 21e siècle à leur disposition pour suivre le rythme des nouvelles qui se répandent instantanément sur les médias sociaux et des agents pathogènes infectieux qui se propagent rapidement par les voyages », a déclaré la Co-présidente du groupe d'experts, Helen Clark.  

Par ailleurs, le rapport intérimaire souligne que les Etats membres de l’OMS avaient beaucoup attendu de l’organisation, mais lui avaient donné des pouvoirs insuffisants. Bien que l’OMS ait déclaré une urgence sanitaire de portée internationale en janvier 2020, de nombreux pays ont pris trop peu de mesures pour prévenir la propagation du nouveau coronavirus, a déploré le groupe d'experts.

Les experts estiment que le leadership mondial n’a pas été exercé avec une grande force. « Nous sommes à la croisée des chemins », ont affirmé les Co-présidentes  du groupe, qui prône des « mesures plus décisives et efficaces pour sauver des vies et réduire les dommages causés ». 

Des mesures minimales prises par des pays pour prévenir la propagation du virus

A chaque étape de la réponse mondiale et nationale à la Covid-19, « d’autres lacunes initiales » ont contribué à la propagation de la pandémie. Il s’agit notamment de l’incapacité à mesurer l’état de préparation d’une manière qui permette de prévoir les résultats réels. Il y a eu également l’incapacité des pays à se préparer, malgré des années d’avertissements sur l’inévitabilité d’une menace sanitaire à potentiel pandémique.

Les leçons tirées de cette pandémie doivent « servir de catalyseur pour un changement fondamental et systémique dans la préparation à de tels événements à l’avenir, de la communauté locale jusqu’aux plus hauts niveaux nationaux et mondiaux ». 

L’autre défi relevé par le rapport a trait à la structure de la riposte. Car si les États membres de l’OMS attendent beaucoup d’elle, l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU dispose de« peu de moyens pour faire ce travail ».

« L’OMS est censée valider les rapports sur les foyers de maladies en fonction de leur potentiel pandémique et déployer des ressources de soutien et d’endiguement. Mais ses pouvoirs et son financement pour remplir ses fonctions sont limités », a ajouté Mme Johnson Sirleaf. « C’est une question de ressources, d’outils, d’accès et d’autorité », a insisté l’ancienne Présidente du Libéria.

Photo ONU/Evan Schneider
Des employés de l'hôpital d'Elmhurst, dans le quartier du Queens, amènent un patient pendant l'épidémie de Covid-19 à New York.

Le groupe d'experts souligne l’importance du multilatéralisme

Par ailleurs, le groupe d'experts a admis que la Covid-19 est apparue sur fond « de tensions géopolitiques, ce qui a conditionné la riposte ».

« Au début de janvier 2020, le Secrétaire général des Nations Unies,  António Guterres, a relevé que les tensions géopolitiques étaient au plus haut depuis de début du siècle, et cela au moment même où nous parvenaient les premières nouvelles de l’épidémie », a ajouté le rapport, relevant « des tensions, qui ont nui aux interventions décisives et coordonnées au plan international contre la pandémie ». 

Pour ces experts indépendants, le virus a ainsi profité des divisions, exacerbé les tensions et affaibli l’action multilatérale au moment même où elle était si nécessaire.

Les conséquences de cette pandémie nous rappellent l’importance d’un multilatéralisme efficace - Ellen Johnson Sirleaf, Co-présidente du groupe d'experts

« Les tensions géopolitiques ont eu un impact sur la réponse, et la pandémie qui en a résulté nous a donné de nombreuses raisons interdépendantes de repenser et de réinitialiser la manière dont le système international et les pays se préparent et répondent aux menaces sanitaires mondiales », a fait remarquer l’ancienne Présidente libérienne.

Un rapport final en mai 2021

Parallèlement, le Groupe d'experts appelle à une action renforcée pour freiner la transmission, assurer un déploiement équitable des vaccins et soutenir la remise à zéro du système international d’alerte et de réaction aux maladies afin qu’il soit adapté aux besoins. Il a également exprimé sa profonde inquiétude face à la perspective d’un déploiement inéquitable des vaccins dans le monde.

Le Groupe d'experts indépendant, établi par le Directeur général de l’OMS, a pour objectif d’évaluer les expériences acquises et les leçons tirées de la réponse sanitaire internationale, coordonnée par l’OMS, au coronavirus. Il est composé de 13 membres, dont les Co-présidentes Helen Clark, ancienne Première ministre néo-zélandaise, et Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente du Liberia. 

Le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie présentera son rapport final en mai 2021 lors de la prochaine Assemblée mondiale de la santé.

 

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