RCA : 120 000 personnes ont fui les violences (HCR), un expert de l’ONU appelle à sanctionner les responsables

15 janvier 2021

Le nombre de personnes fuyant les violences en République centrafricaine (RCA) a doublé en une semaine, alerte l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Un expert indépendant de l’ONU appelle à sanctionner les responsables de violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Un Casque bleu de la MINUSCA a été tué vendredi.

Les violences qui touchent la RCA depuis près d’un mois ne sont pas sans conséquence sur le plan humanitaire. « Des milliers de civils ont été contraints de fuir leurs maisons dans la brousse, tandis que des milliers d'autres ont fui les violences pour se réfugier dans les pays voisins. La population vit dans la peur et l'effroi », a déclaré, vendredi, l'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en RCA, Yao Agbetse.

Selon le HCR, près de 60.000 Centrafricains se sont réfugiés à l’étranger. Le nombre de réfugiés a doublé en une semaine, a indiqué, vendredi, l’agence onusienne qui explique cette forte hausse par le regain de tensions et l’intensification des violences depuis les élections du 27 décembre. « La plupart d’entre eux ont fui vers la République démocratique du Congo (RDC) voisine, en traversant le fleuve Oubangui, où le nombre d’arrivants a dépassé le seuil des 50.000 arrivées », a déclaré le porte-parole du HCR, Boris Cheshirkov, lors d’un point de presse à Genève. Pour la seule journée de mercredi, près de 10.000 Centrafricains ont franchi la frontière avec la RDC. 10.000 autres se sont réfugiés au Cameroun, au Tchad et en République du Congo.\

Outre les 60.000 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins, quelque 58.000 personnes sont toujours déplacées à l’intérieur des régions de la RCA touchées par l’insécurité, selon la Commission centrafricaine des mouvements de population.

Les violences de ces dernières semaines en Centrafrique ont inversé la tendance d’un retour de réfugiés centrafricains dans leur pays observée ces dernières années. Le rapatriement librement consenti de Centrafricains après des années d’exil au Cameroun et en RDC, avait repris en novembre 2020, mais a été temporairement interrompu la semaine dernière.

Le HCR a félicité les gouvernements voisins de la RCA d’avoir continuer à accorder aux réfugiés centrafricains l’accès à leurs territoires et à l’asile malgré les restrictions de mouvement imposées par la pandémie de Covid-19. Sur le terrain, l’agence onusienne et ses partenaires intensifient l’aide aux nouveaux arrivants, malgré les mauvaises infrastructures qui entravent la réponse humanitaire.

Le CPC responsable des violences et violations

Le HCR et ses partenaires ont recueilli parmi les réfugiés et déplacés internes centrafricains, des témoignages d’abus commis par des groupes armés, notamment des violences sexuelles, des attaques contre les électeurs et des pillages.

L'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en RCA d’Afrique centrale, Yao Agbetse, a appelé, vendredi, à sanctionner les responsables des violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire en RCA.

Toute impunité continuera d'alimenter la violence et le conflit en RCA si les auteurs, coauteurs et complices de ces violations ne sont pas arrêtés, poursuivis et jugés, a-t-il prévenu. La veille, le porte-parole de la Mission des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA), Vladimir Monteiro, avait appelé à ce que les responsables de ces violations répondent de leurs actes devant des juridictions.

« Je déplore le fait que des milliers de Centrafricains n'aient pas pu exercer leur droit de vote et que beaucoup aient été victimes de torture ou de mauvais traitements et de menaces de mort pour avoir exercé leur droit de vote au premier tour des élections », a déclaré M. Agbetse dans un communiqué.

L’expert a désigné la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) comme responsable de l’obstruction à la campagne électorale en décembre. Il accuse le groupe armé d’avoir empêché le déploiement du matériel électoral, perturbé la mobilisation des électeurs pour exercer leur droit démocratique et incendié des bureaux de vote. « Le CPC a attaqué plusieurs localités, dont Kaga Bandoro, Bossangoa, Batangafo, Bozoum, Bocaranga, Koui, Carnot, et d'autres localités du centre, de l'ouest et de l'est du pays. La capitale Bangui a également été attaquée le 13 janvier », a-t-il rappelé.

M. Agbetse a condamné les pertes en vies humaines civiles, ainsi que parmi les Casques bleus de la MINUSCA, et a déploré les nombreuses victimes. « Le recrutement et l'utilisation d'enfants par le CPC est un crime en vertu du droit international », a-t-il par ailleurs rappelé.

Dégradation de la situation humanitaire

Déjà fragile, la situation humanitaire en RCA s'est encore détériorée, plus de la moitié de la population ayant un besoin vital d'aide. Les locaux de certaines organisations humanitaires ont été saccagés dans le but de priver la population de l'aide.

Le HCR appelle la communauté internationale à intensifier d’urgence le soutien à la réponse humanitaire en RCA, afin de pouvoir venir davantage en aide aux personnes dans le besoin qui se trouvent dans des régions reculées. Pour ses opérations dans ce pays, l’agence onusienne a besoin cette année de plus 151 millions de dollars. « Les besoins des Centrafricains récemment déplacés s’accroissent et nous serons bientôt confrontés à un déficit de financement important », a averti M. Cheshirkov.

« Les produits de première nécessité se raréfient et leurs prix s'envolent à Bangui en raison de l'insécurité des voies d'approvisionnement vers la capitale, ce qui a un impact considérable sur les moyens de subsistance de la population », a alerté M. Agbetse. Selon lui, les écoles et les centres de formation sont fermés dans l'arrière-pays et les éleveurs et les agriculteurs ne peuvent plus exercer leurs activités en raison de l'insécurité et de la peur. « En fin de compte, l'insécurité alimentaire et l'extrême pauvreté risquent de s'aggraver », a-t-il prévenu.

Violations des droits de l’homme et du droit humanitaire : ne pas tolérer l’impunité

L'expert indépendant a déclaré que les groupes armés et leurs partisans n'échapperont pas à la justice et exhorté la MINUSCA, le Tribunal pénal spécial (CPS) et la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter rapidement sur les graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises par le CPC et d'autres groupes armés.

Il a également condamné le soutien de l'ancien président centrafricain François Bozizé au CPC et déploré le fait qu'un ancien chef d'État ait incité à la violence, entravé le processus électoral et mis en danger la vie de civils.

Le Conseil de sécurité a inscrit plusieurs individus sur sa liste de sanctions concernant la RCA, dont François Bozizé et Nourredine Adam en 2014, Abdoulaye Hissène en 2017, Martin Koumtamadji [alias Abdoulaye Miskine] et Bi Sidi Souleman [alias Sidiki] en 2020. M. Agbetse appelle le Conseil à contribuer à la lutte contre l'impunité en RCA « en tirant les conséquences des récents événements dans lesquels certains de ces individus sont à nouveau impliqués ».

« Sans un message fort combiné à des actions dissuasives, y compris la coercition le cas échéant, le pire pourrait arriver : l'implosion du pays et des violations et abus massifs des droits de l'homme et du droit international humanitaire », a prévenu l'expert.

Neutraliser les groupes armés

M. Agbetse a exhorté la communauté internationale, y compris les pays voisins, à tout mettre en œuvre pour sevrer les groupes armés de toute fourniture d'armes, de logistique ou de soutien technique militaire et a appelé le gouvernement centrafricain et l'ensemble de la classe politique à donner la priorité à un dialogue politique inclusif pour promouvoir la paix et la stabilité dans le pays.

A la suite des attaques perpétrées mercredi par des combattants armés près de Bangui, qui ont fait un mort et un blessé parmi les Casques bleus, la MINUSCA a renforcé ses opérations dans la périphérie de la capitale en coordination avec les forces de défense et de sécurité centrafricaines. Des dizaines d’armes, y compris des grenades propulsées par roquettes, des fusils mitrailleurs, des munitions, des magasins, des chargeurs de radio, des téléphones et certains uniformes militaires ont été saisis des mains des groupes armés.

L'expert indépendant rappelle la responsabilité des autorités centrafricaines, avec l'appui de la MINUSCA et de ses partenaires, de protéger sa population, y compris les populations déplacées à l'intérieur du pays, tout en soulignant que les forces de défense et de sécurité doivent continuer à remplir leurs missions régaliennes dans le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire.

La MINUSCA a annoncé qu’elle aiderait les autorités centrafricaines, notamment en assurant la sécurité, à faciliter la réouverture de l’axe routier reliant Bangui à Douala, la principale métropole économique du Cameroun voisin, qui est actuellement fermé en raison de l’insécurité. Cette route d’approvisionnement est essentielle pour garantir la disponibilité continue de nourriture et d’autres provisions en RCA.

Un Casque bleu tué, le deuxième en une semaine

Un casque bleu burundais de la MINUSCA a été tué, vendredi, près de la localité de Grimari, située à 300 kilomètres au nord-est de Bangui, lors d’une attaque menée par des éléments des groupes armés coalisés.

L’attaque a eu lieu alors qu’une patrouille de la Force de la MINUSCA constituée de casques bleus burundais et bangladais effectuait une opération de sécurisation aux environs de Grimari, lorsqu’elle a été la cible de deux embuscades successives tendues par des éléments armés. Deux casques bleus bangladais ont été légèrement blessés durant ces incidents et sont actuellement soignés.

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RCA, Mankeur Ndiaye, a condamné un « acte ignoble ». Les attaques perpétrées par les membres des groupes armés coalisés et leurs alliés politiques ont coûté la vie à cinq casques bleus depuis le 25 décembre. 

NOTE

Les experts indépendants des Nations Unies font partie de ce qui est désigné sous le nom des « procédures spéciales » du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, l’organe le plus important d’experts indépendants du Système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d’enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s’adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole. Ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant. 

 

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