Les récifs coralliens pourraient disparaître d'ici la fin du siècle, prévient l'ONU

23 décembre 2020

Les récifs coralliens du monde entier pourraient tous blanchir d’ici la fin du siècle, à moins d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, a averti le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans un nouveau rapport.

« Face à l’inaction, les récifs coralliens vont bientôt disparaître », déclare Leticia Carvalho, cheffe de la branche Marine et eau douce du PNUE. « L’humanité doit agir de manière urgente, ambitieuse et novatrice en s’appuyant sur des données probantes pour changer la trajectoire de cet écosystème, qui est le canari dans la mine de charbon de l’impact du climat sur les océans, avant qu’il ne soit trop tard».

Les récifs coralliens sont extrêmement importants pour la vie marine. Ils protègent également les côtes de l’érosion causée par les vagues et les tempêtes, absorbent le carbone et l'azote et aident à recycler les nutriments.

Leur perte aurait des conséquences dévastatrices non seulement pour la vie marine, mais aussi pour plus d'un milliard de personnes dans le monde qui en bénéficient directement ou indirectement.

Blanchiment des coraux

Lorsque la température de l'eau augmente, les coraux expulsent les algues microscopiques vivant dans leurs tissus. Ce phénomène s'appelle le blanchiment des coraux. Les coraux blanchis sont toujours vivants et peuvent récupérer leurs algues, si les conditions s'améliorent, mais cette perte exerce un stress accru, et si le blanchiment persiste, les coraux meurent.

Le dernier événement mondial de blanchiment a commencé en 2014 et s'est prolongé jusqu'en 2017. Il s'est propagé dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique, et a été l'épisode de blanchiment des coraux le plus long et le plus destructeur jamais enregistré.

Dans son rapport intitulé ‘Projections des conditions futures du blanchiment des coraux’, le PNUE décrit les liens entre le blanchiment des coraux et le changement climatique. Il prévoit deux scénarios possibles : dans le pire des cas, l'économie mondiale est fortement alimentée par les combustibles fossiles; et dans un cas intermédiaire, les pays dépassent leurs promesses actuelles de limiter les émissions de carbone de 50%.

Dans le scénario de forte consommation de combustibles fossiles, le rapport estime que les récifs du monde blanchiront d’ici la fin du siècle, un blanchiment annuel sévère se produisant en moyenne d’ici 2034, neuf ans avant les prévisions publiées il y a trois ans.

Cela marquerait le point de non-retour des récifs coralliens, compromettant leur capacité à fournir une gamme de services, allant de la la nourriture, à la protection côtière, en passant par les opportunités en matière de médicaments et de loisirs, prévient le rapport.

Si les pays réalisent le scénario intermédiaire, un blanchiment sévère pourrait être retardé de onze ans, jusqu'en 2045, ajoute le PNUE.

The Ocean Agency/WL Catlin Seavi
Avant et après le blanchissement des coraux dans la Grande Barrière de corail.

« Plus terrible qu’avant »

L'auteur principal du rapport, Ruben van Hooidonk, chercheur sur les coraux à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, souligne que « le plus triste, c'est que les projections sont encore plus désastreuses qu'auparavant ». « Cela signifie que nous devons vraiment essayer de réduire nos émissions de carbone pour sauver ces récifs. Ce rapport montre que nous devons le faire avec encore plus d'urgence et prendre davantage de mesures, car c'est pire que ce que nous pensions », ajoute-t-il.

Selon le PNUE, bien que l'on ne sache pas exactement comment les coraux s'adaptent aux changements de température, le rapport examine la possibilité de ces adaptations en supposant un réchauffement entre 0,25 degré Celsius et 2 degrés Celsius.

Chaque quart de degré d'adaptation conduit à un retard possible de sept ans dans le blanchiment annuel prévu. Cela signifie que les coraux pourraient bénéficier d'un sursis de 30 ans en cas de blanchiment sévère s'ils peuvent s'adapter à un réchauffement de 1 degré Celsius.

Cependant, si l’humanité suit sa trajectoire actuelle en matière d’émissions de gaz à effet de serre, les coraux ne survivront pas à une adaptation à 2 degrés Celsius.

« Cela montre que même avec l'adaptation, nous devons réduire nos émissions pour gagner du temps pour les endroits (où) nous pouvons faire des efforts de restauration et garder les coraux en vie », déclare M. van Hooidonk.

PNUD
Des poissons et un récif corallien dans les eaux de l'archipel des Seychelles.

 

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