Covid-19 : la pandémie risque d’entraîner 130 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté (CNUCED)

19 novembre 2020

La crise économique provoquée par le nouveau coronavirus pourrait être la plus dévastatrice de ces dernières décennies, avec un produit intérieur brut (PIB) mondial qui devrait se contracter de 4,3% en 2020, selon les dernières prévisions de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), publiées jeudi 19 novembre.

Le rapport de la CNUCED prévoit une reprise mondiale de 4,1% en 2021. Mais d’ici là, le taux mondial d’extrême pauvreté devrait augmenter en 2020, mettant en lumière les conséquences aggravantes de la pandémie de coronavirus sur la réduction de la pauvreté. 

Selon l’agence onusienne, les inégalités et les vulnérabilités vont s’aggraver à mesure que les effets de la pandémie ruinent les progrès réalisés en matière de lutte contre la pauvreté, sans compter les autres objectifs du développement durable.

Pour la première fois en plus de vingt ans, la pauvreté globale augmente depuis les chiffres alarmants notés lors de la crise financière de 1998. Selon la CNUCED, le taux de pauvreté mondiale était de 35,9% en 1990. En 2018, il était descendu à 8,6%, mais il a déjà atteint 8,8% cette année et devrait augmenter en 2021. 

L’organisation même de l’économie mondiale est en partie responsable de l’impact disproportionné sur les plus pauvres, qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour résister à des chocs tels que la Covid-19, explique le rapport.

Le document constate que l’impact de la pandémie est asymétrique au détriment des plus vulnérables, tant à l’intérieur des pays qu’entre eux, touchant de manière démesurée les ménages à faible revenu, les migrants, les travailleurs du secteur informel et les femmes.

Des réponses inégales face aux filets de sécurité

Parmi les pays en développement, l’impact devrait être sévère en Afrique et dans les pays les moins avancés (PMA). Le continent africain représente environ 13% de la population mondiale, mais devrait représenter plus de la moitié de l’extrême pauvreté mondiale en 2020. Les PMA, dont beaucoup se trouvent en Afrique, représentent environ 14% de la population mondiale et devraient représenter 53% de l’extrême pauvreté mondiale en 2020.

Le coronavirus a transformé  une crise sanitaire globale en un choc économique mondial qui a frappé les personnes les plus vulnérables le plus durement

De plus, les disparités causées par la crise de la Covid-19 sont flagrantes. La production et la distribution du vaccin souligneront « probablement la capacité limitée » de la plupart des pays en développement, y compris des PMA, à répondre à cette crise.  

« Gagnant rapidement du terrain en dépit des frontières, profitant des autoroutes de la mondialisation, la propagation du virus a bénéficié des interconnexions qui sous-tendent l’économie globalisée et a joué de ses faiblesses », a déclaré Mukhisa Kituyi, Secrétaire général de la CNUCED.

«Par exemple, le rapport souligne que les dépenses budgétaires supplémentaires médianes par habitant pour la relance budgétaire, ou pour compenser diverses exonérations, dans les pays développés et les économies en transition, est de 1.365 dollars depuis l’épidémie, contre seulement 18 dollars dans les pays les moins avancés et 76 dollars dans les autres pays en développement. 

« Le coronavirus a transformé « une crise sanitaire globale en un choc économique mondial qui a frappé le plus durement les personnes les plus vulnérables », a ajouté M. Kituyi.

Les pays européens ne sont pas épargnés

Or la plupart des pays pauvres n’ont tout simplement pas les filets de sécurité nécessaires pour soutenir leurs populations. Le rapport estime qu’environ 80 % des travailleurs en Afrique subsaharienne et près de 85 % des travailleurs dans les PMA n’ont accès à aucune protection sociale ni à aucun programme de soutien à l’emploi. 

D’une manière générale, le chef de la CNUCED note que la pandémie de Covid-19 a « gravement sapé l’économie mondiale, avec de lourdes conséquences pour tous ». 

A ce sujet, les économies développées devraient être plus touchées cette année que les pays en développement, avec respectivement -5,8% et -2,1%, et doivent s’attendre à une reprise plus faible en 2021, avec +3,1% contre +5,7%. 

Les États-Unis devraient connaître une croissance négative, soit -5,4%.  C’est dans la zone euro que le recul sera le plus marqué au monde. Jamais autant de pays n’ont connu simultanément une telle récession.  C’est le cas de l’Italie qui devrait ainsi connaître une croissance négative importante à -8,6%. La France est à -8,1%, l’Allemagne à -4,9% et le Royaume-Uni à -9,9%.

Dans le même temps, la Chine et la République de Corée devraient cette année, toutes deux, connaître une croissance positive, quoique faible, avec respectivement +1,3% et +0,1%.

La zone euro que le recul sera le plus marqué au monde. Jamais autant de pays n’ont connu simultanément une telle récession.

La CNUCED décrit aussi une cartographie des effets de la crise sur le commerce mondial, les investissements, la production, l’emploi et sur les moyens de subsistance des individus. En effet, la pandémie a eu un effet disproportionné sur deux secteurs en particulier - le tourisme et le secteur des micro, petites et moyennes entreprises - qui emploient des personnes issues de groupes vulnérables.

Plaidoyer pour une disponibilité des terres arables inexploitées en Afrique 

En outre, les pays qui sont à la fois dépendants des importations alimentaires et des revenus du tourisme devraient être parmi les plus sévèrement touchés en ce qui concerne la sécurité alimentaire. En tant que deuxième groupe de pays le plus dépendant des importations alimentaires, les petits États insulaires en développement pourraient ainsi perdre leur capacité à importer des denrées alimentaires, en raison de la baisse des devises étrangères provenant du secteur du tourisme.

Plus largement, la CNUCED prévient qu’un vaccin viable n’arrêtera pas la propagation des dommages économiques, qui se feront sentir longtemps dans l’avenir, en particulier chez les plus pauvres et les plus vulnérables. 

Mais pour atténuer de tels scénarios catastrophes, l’Agence onusienne estime que certains pays doivent « stimuler la production alimentaire locale, partout où cela est viable ».

L’Afrique, par exemple, a dépensé environ 70 milliards de dollars en 2018 pour les importations alimentaires, bien que le continent dispose de plus de terres arables sous-utilisées que tout autre continent, estimées entre 198 et 446 millions d’hectares.

Des pays tels que la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie comptent parmi les pays les mieux dotés en termes de disponibilité de terres arables inexploitées.

« Tirer parti de son potentiel permettrait non seulement à l’Afrique de réduire sa facture d’importation de produits alimentaires, mais aussi d’assurer une plus grande sécurité alimentaire au niveau régional », insiste la CNUCED, qui ajoute que la future zone continentale africaine de libre-échange a le potentiel de fournir ce mécanisme nécessaire à la transformation et la distribution alimentaire dans la région.

Une feuille de route pour une meilleure relance

Sur un autre volet, le rapport appelle à un renforcement de l’aide internationale, qui consisterait notamment à alléger la dette de nombreux pays pauvres. Cela les aiderait à disposer d’une marge de « manœuvre budgétaire nécessaire pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie sur leurs populations ». 

Malgré de sombres perspectives, il est encore possible de transformer la crise de la Covid-19 en un chapitre positif qui fera émerger un avenir plus inclusif, plus résilient et plus durable

L’organe onusien propose également une feuille de route pour un développement du commerce et des économies plus inclusif, en redessinant les réseaux de production à l’échelle mondiale.

« La Covid-19 a été douloureuse et a changé le cours des choses. Mais cette pandémie est aussi le catalyseur d’un changement nécessaire », a détaillé M. Kituyi, prônant une « réorganisation des réseaux de production mondiaux et un renforcement de la coopération multilatérale ».

Mais selon la CNUCED, tout dépendra des politiques adoptées et de la capacité à les coordonner, tant au niveau international que national.

« Ainsi, malgré de sombres perspectives, il est encore possible de transformer la crise de la Covid-19 en un chapitre positif pour les Nations Unies et qui fera émerger un avenir plus inclusif, plus résilient et plus durable », a conclu M. Kituyi.

 

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