Bélarus : Michelle Bachelet réclame l’ouverture d’une enquête sur la répression violente contre des manifestants pacifiques

18 septembre 2020

« Il est vital pour l’avenir du Bélarus de briser ces cycles de répression et de violence croissantes », a affirmé vendredi la cheffe des droits de l’homme, Michelle Bachelet, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Lors de ce débat urgent demandé par l’Union européenne sur la crise politique dans ce pays, Mme Bachelet a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les allégations de torture par les forces de sécurité après avoir reçu des « rapports alarmants sur la répression violente et continue des manifestations pacifiques ». 

« J’invite les autorités à faciliter à mener une enquête indépendante, transparente, rapide, approfondie et impartiales sur les allégations de violations graves des droits de l’homme », a-t-elle ajouté dans une déclaration lue par son adjointe, Nada Al-Nashif. 

Des policiers et des agents de sécurité armés sont déployés selon un schéma 'quasi-systématique' d’un recours 'inutile ou excessif' à la force contre des manifestants en grande partie pacifiques

Dans un réquisitoire présenté devant le Conseil des droits de l’homme, elle a ainsi décrit le harcèlement, l’intimidation, la pression et l’expulsion dont sont victimes les opposants, notamment les membres du Conseil de coordination. Des policiers et des agents de sécurité armés sont déployés selon un schéma quasi-systématique d’un « usage inutile ou excessif de la force contre des manifestants en grande partie pacifiques ».

« Après des décennies dans la fonction publique, je suis convaincue que la clé la plus importante de la bonne gouvernance est d’écouter », a ajouté la cheffe des droits de l’homme. Elle a dénoncé « l’enlèvement violent de personnes en plein jour par des individus masqués - vraisemblablement sur la base de leurs opinions exprimées pacifiquement ».

Une « vague de répression aveugle et brutale »

La Haut-Commissaire est particulièrement alarmée par les centaines d’allégations de torture et autres mauvais traitements en garde à vue, et par le peu de preuves d’une enquête rapide ou d’une désapprobation officielle de ces incidents signalés. Au contraire, ses services ont reçu « des indications inquiétantes selon lesquelles les victimes et leurs avocats sont de plus en plus réticents à présenter des plaintes pour torture et autres mauvais traitements - par crainte de représailles ». 

En écho au sombre tableau décrit par la cheffe des droits de l’homme, la Rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Bélarus s’est inquiétée du sort des milliers de Bélarussiens « sauvagement battus ». Selon Mme Anaïs Marin, cette « vague de répression aveugle et brutale » s’est traduite par « plus de 500 cas de torture, commis par des agents de l’État ».

Durant la semaine du 10 août, des centaines de détenus ont été soumis à des traitements humiliants et dégradants. L’experte indépendante onusienne indique avoir été informée « d’allégations de viols, d’électrocutions et d’autres formes de torture physique et psychologique ». De plus, les auteurs de ces actes semblent convaincus qu’ils ne seront pas poursuivis, « en raison de l’anarchie et de l’impunité qui règnent » dans le pays.

Kseniya Halubovich
Des experts des droits de l'homme des Nations Unies ont vivement critiqué le niveau de violence utilisé par les forces de sécurité dans tout le Bélarus contre des manifestants et des journalistes pacifiques.

L’opposante Tikhanovskaïa appelle la communauté internationale à la fermeté

À ce jour, plus de 10.000 personnes auraient été abusivement arrêtées pour avoir participé à des manifestations pacifiques, ce qui s’ajoute aux quelque 1.500 personnes déjà arrêtées depuis le début de la répression en avril. Si la plupart d’entre elles sont maintenant libres, Mme Marin a invité les autorités à libérer immédiatement et à abandonner toutes les accusations à motivation politique contre les personnes détenues arbitrairement.

Plus largement, bien que « la situation des droits de l’homme au Bélarus ait été entachée de multiples carences systémiques pendant des décennies », la crise actuelle révèle l’ampleur du problème, selon la Rapporteure spéciale. Pendant tout le processus électoral, les autorités ont refusé aux citoyens bélarussiens leur droit légitime de participer à la vie publique.

Devant le Conseil des droits de l’homme, l’experte indépendante a fait état d’informations indiquant « un processus grossièrement manipulé ». 

« En fait, l’empressement de M. Loukachenko à rester au pouvoir après la fin de son mandat actuel semble être la principale cause de l’impasse politique actuelle au Bélarus », a-t-elle fait valoir.

Selon l’opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa, « la situation au Bélarus exige une attention internationale immédiate. Dans un message vidéo diffusé lors de la réunion du Conseil des droits de l'homme, elle a d’ailleurs demandé à la communauté internationale de réagir avec « la plus grande fermeté ». 

« L’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme par le Bélarus signifie que la communauté internationale a le droit de réagir avec la plus grande fermeté lorsque cette obligation n’est pas respectée », a déclaré la candidate à la présidentielle, qui s’est réfugiée en Lituanie.

Pour Minsk, la situation est « totalement sous contrôle »

L’Ambassadeur bélarusse, Yury Ambrazevich, a balayé ces accusations portées à l’encontre de son pays, relevant que « toutes les accusations ne sont que des allégations qui ne sont pas étayées ». 

« Les événements après les élections ont montré une ingérence de l’extérieur pour organiser des actions de rue », a défendu le Représentant permanent du Bélarus auprès de l’ONU à Genève. 

Il a assuré que malgré la poursuite des manifestations, la situation y est « totalement sous contrôle et sans recours excessif à la force ». 

Pour Minsk, la sortie de la crise se fera par « un large dialogue avec la population », et « le Bélarus a tout ce qu’il faut pour un règlement autonome et pacifique des affrontements sociaux actuels ».

Ce débat urgent sur le Bélarus est le sixième depuis le lancement du Conseil des droits de l'homme en 2006. Le dernier en date remonte à juin dernier et avait porté sur le racisme et les violences policières après la mort de George Floyd aux Etats-Unis.

Et à l’issue des débats vendredi, les membres du Conseil devront se prononcer sur un projet de résolution de l’Union européenne demandant à Minsk de faciliter « des enquêtes indépendantes, transparentes et impartiales sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme ».

 

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