Héros de tous les jours : acheminer de l'aide sous les tirs

Sonia Almassad travaille sur le terrain au Yémen pour le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.
© UNOCHA
Sonia Almassad travaille sur le terrain au Yémen pour le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Héros de tous les jours : acheminer de l'aide sous les tirs

Aide humanitaire

Travaillant depuis un bureau de terrain au Yémen, Sonia Almassad veille à ce que l'aide humanitaire de l'ONU atteigne ceux qui en ont besoin dans ce pays ravagé par la guerre. Elle était auparavant en poste dans son pays d'origine, la Syrie, où elle a négocié avec des groupes armés des deux côtés du conflit, en prenant parfois de grands risques à titre personnel.

Durant les six premiers mois de l’année, Sonia Almassad a été à la tête du Bureau de la coordination des affaires humanitaires Nations Unies (OCHA) à Hodeïda, la ville portuaire du Yémen donnant sur la mer Rouge. Seule femme de ce bureau de terrain, elle a dirigé une équipe de cinq hommes. Elle a partagé son histoire dans le cadre de la campagne #RealLifeHeroes lancée par OCHA avant la Journée mondiale de l'aide humanitaire, le 19 août.

« Des cicatrices qui ne guériront jamais »

« Pendant la guerre de 2006 entre le Liban et Israël, j'ai rejoint l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en tant que volontaire à la frontière entre la Syrie et le Liban et j'ai vu à quel point les familles et les enfants souffraient.

Puis j'ai rejoint l'Agence des Nations Unies pour les migrations, (OIM), pour travailler avec les réfugiés iraquiens. C'était un très bon programme, donnant aux gens une nouvelle chance et un nouveau départ, mais quand vous entendez leurs histoires, ils ont des cicatrices qui ne guériront jamais. Des familles qui ont été enlevées et torturées, des femmes qui ont été violées et qui ont perdu leurs enfants. J'ai fait partie du programme qui a envoyé certaines de ces familles aux États-Unis, et c'était remarquable de les voir commencer leur nouvelle vie.

Lorsque la crise a éclaté en Syrie, j'étais avec l'OIM en tant que coordinatrice de terrain, me rendant d'une région à l'autre. J'ai vu des gens qui fuyaient le groupe terroriste EIIL (Etat islamique en Iraq et au Levant), qui vivaient dans la rue. Je me souviens avoir vu une femme qui saignait avec un petit bébé, qui vivait dans une boîte en carton, et sa famille n'avait aucun moyen de l'aider.

Ensuite, je suis partie à OCHA, où nous avons une vue d'ensemble et, même si nous ne distribuons pas physiquement de secours, nous faisons un travail important. En Syrie, j'organisais le programme pour fournir de l'aide aux zones assiégées, j’évaluais les besoins et négociais avec le gouvernement, avec les groupes armés et avec les agences, pour faire avancer les convois d'aide.

Sonia Almassad travaille sur le terrain pour OCHA.
© UNOCHA
Sonia Almassad travaille sur le terrain pour OCHA.

Assurer la sécurité

Atteindre les personnes dans les zones assiégées n'est pas facile. Il n’est pas facile de gagner leur confiance. Et en tant que Syrienne, j'avais des problèmes de protection : je me cachais derrière un prénom masculin, Mohamed, sur mon profil Whatsapp car, en tant que cheffe de l'unité d'accès, je devais rester anonyme.

J'ai dit aux gens que j'étais traductrice, travaillant pour un négociateur alors qu'en fait, c'était moi qui faisais les négociations. Quand je suis arrivée avec un convoi humanitaire, tout le monde a posé des questions sur Mohamed. Je leur disais que Mohamed était malade ou à l'étranger. Chaque jour, Mohamed était ailleurs !

Lorsque vous négociez l'accès, vous devez vous assurer que les gens sont en sécurité. Nous ne pouvons pas y arriver à 100%, mais nous faisons tout ce que nous pouvons et essayons d’obtenir des garanties de tout le monde à tous les niveaux, y compris du gouvernement syrien, des États-Unis et de la Russie, pour nous assurer que les activités militaires n’aient pas lieu pendant le convoi. Et vous devez inclure les groupes armés, pour vous assurer que personne n'est kidnappé.

Lors de mon premier convoi avec OCHA en Syrie en octobre 2016, nous nous sommes rendus dans la ville de Douma. On nous avait donné des garanties d’accès mais, à l’entrée de la ville, une bagarre a éclaté entre les groupes armés et ils nous ont attaqués au mortier. Nous avons dû fuir vers un sous-sol, où nous avons commencé à parler aux partenaires de désescalade du conflit, les Russes et les Américains. Les groupes armés qui nous avaient donné les garanties ont essayé de corriger les choses. Nous avons attendu quelques heures que le problème soit résolu, puis avons déchargé les camions.

« C’est un travail auquel je crois »

C'est un travail auquel je crois. Je veux faire de bonnes choses pour les gens. Au Yémen, je négocie maintenant un accès à travers certaines parties du pays. La chose la plus frustrante pour moi est de voir les besoins des gens dans cette situation critique et que nous ne sommes pas en mesure de répondre de la bonne manière, faute de fonds et d’accès. C’est tellement difficile lorsque vous voyez des personnes dans le besoin, qu’elles recherchent votre soutien et que vous ne pouvez pas les soutenir.

Être la seule femme et être une leader est une expérience très émouvante. Dans la culture yéménite, avoir une femme qui négocie et plaide pour les autres est très inhabituel. J'avais l'habitude de faire une blague avec les Yéménites. Je leur dis qu'il y avait une reine yéménite, Arwa, qui a régné pendant 50 ans, donc ils devraient être habitués aux femmes à des positions de responsabilité ! Maintenant je vois que nos collègues changent d'attitude : ils disent maintenant qu'ils parlent de moi à leurs filles et épouses ».