L’Agence météo de l’ONU valide provisoirement le record de température du cercle arctique à Verkhoyansk

23 juin 2020

L’Agence météorologique des Nations Unies a validé, mardi, à titre provisoire le record de température répertorié à Verkhoyansk, au-dessus du cercle polaire arctique. Cette ville russe a enregistré une température de 38°C le samedi 20 juin dernier. Si cela se confirme, il s’agira d’un record absolu.

« L’Organisation météorologique mondiale (OMM) cherche à vérifier les informations faisant état d’un nouveau record de température de 38° Celsius dans l’Arctique, dans la ville russe de Verkoyansk, au milieu d’une vague de chaleur sibérienne exceptionnelle et d’une augmentation de l’activité des feux de forêt », a déclaré Clare Nullis, porte-parole de l’OMM au cours d’un point de presse à Genève.

Randy Cerveny, professeur à l’université de l’Etat de l’Arizona et expert de l’OMM a admis que l’Agence onusienne « acceptait de manière préliminaire l’observation comme un nouvel extrême, en attendant un examen plus approfondi ».

« Une équipe d’évaluation rapide de l’OMM a donné son accord provisoire à cette observation comme étant une observation légitime, qui est conforme aux observations actuelles en altitude à l’époque en Sibérie », a déclaré le professeur Cerveny, cité dans un communiqué. Selon ce Rapporteur spécial de l’OMM sur les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, cette observation va maintenant être soumise à « un processus normal d’examen formel détaillé par un groupe de spécialistes de l’atmosphère de l’OMM ».

Ce pic de température reste donc à vérifier et confirmer. Jusqu’à présent, l’OMM n’a pas vérifié les enregistrements potentiels pour « la température la plus élevée enregistrée au nord du cercle arctique ». 

« Toutefois, l’intérêt suscité par cette observation extrême a suscité suffisamment d’intérêt pour que nous étudiions actuellement la création d’une nouvelle catégorie de ce type pour les Archives officielles », selon M. Cerveny.

Des températures extrêmes en Sibérie orientale, tant en hiver qu’en été

Fondamentalement, ces évaluations sont des projets très approfondis et qui prennent beaucoup de temps. « Mais le résultat final sera une information incroyablement précieuse qui aidera les climatologues à mieux comprendre le climat, les ingénieurs et les médecins à mieux se préparer aux extrêmes climatiques et même le grand public à mieux apprécier le changement climatique sur cette planète », a fait remarquer le professeur Cerveny.

A noter que la Sibérie a connu une chaleur exceptionnelle, avec des températures allant jusqu’à 10°C (18,5°F) au-dessus de la moyenne en mai et qui ont conduit au mois de mai le plus chaud jamais enregistré pour tout l’hémisphère nord et même pour le globe. Mais il n’y a pas que le mois de mai qui a été exceptionnellement doux dans cette région. Selon l’OMM, l’hiver et le printemps ont connu des périodes répétées de températures de l’air en surface supérieures à la moyenne, en particulier à partir de janvier.

Ce printemps a été exceptionnellement chaud en Sibérie - professeur Randall Cerveny

D’une manière générale, cette région de la Sibérie orientale connaît des températures extrêmes, tant en hiver qu’en été, de sorte que des températures supérieures à 30°C ne sont pas inhabituelles en juillet, selon l’Institut de recherche arctique et antarctique du Service fédéral russe pour la surveillance hydrométéorologique et environnementale (Roshydromet).

« Ce printemps a été exceptionnellement chaud en Sibérie, et l’absence de neige sous-jacente dans la région, combinée à l’augmentation globale de la température mondiale, a sans aucun doute contribué à cette observation de températures extrêmes », a d’ailleurs détaillé le professeur Randall Cerveny.

A noter que cette information « sur une température arctique plus typique des tropiques » intervient juste quelques mois après la publication de données du service météorologique national argentin. Des observations qui ont montré qu’Esperanza, à la pointe nord de la péninsule Antarctique, a établi, le 6 février dernier, un nouveau record de température de 18,4°C (65,3°F).

NASA
A satellite déployé dans l'espace observe la Terre.

Intensité des feux de forêt dans le nord-est de la Sibérie et le cercle arctique

L’Arctique est l’une des régions qui se réchauffent le plus rapidement au monde et son taux de réchauffement est deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Au cours des quatre dernières années (2016-2019), les températures annuelles de l’air en surface dans l’Arctique (60°-85°N) ont été les plus élevées jamais enregistrées. Le volume de la glace de mer arctique au mois de septembre 2019 (après la saison de fonte) a diminué de plus de 50 % par rapport à la valeur moyenne de 1979-2019.

Des températures supérieures à la normale devraient se maintenir dans la majorité de l’Arctique de juin à août 2020, relève de son côté, le Forum climatique de l’Arctique, qui fournit aux décideurs des informations sur une région en rapide évolution, dont le réchauffement est plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale.

Ce qui est inhabituel dans ce cas, c’est la durée pendant laquelle les anomalies de température supérieures à la moyenne ont persisté  - Agence Copernicus

Lors de la discussion sur les impacts régionaux pour la Sibérie occidentale et orientale, le Forum avait d’ailleurs mis en garde contre un risque possible d’incendies de forêt au début de l’été en raison de températures supérieures à la normale et de précipitations inférieures à la normale. Le dégel du pergélisol a également des implications sur la stabilité des structures qui y sont construites ainsi que sur la libération potentielle de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Par ailleurs, l’OMM revient également sur certaines études du Service Copernicus concernant le changement climatique. Selon cette agence européenne, le nombre et l’intensité des feux de forêt dans le nord-est de la Sibérie et le cercle arctique ont continué à augmenter ces derniers jours. L’intensité totale quotidienne est à des niveaux similaires à ceux observés en 2019.

« Bien que la planète dans son ensemble se réchauffe, cela ne se produit pas de manière uniforme. Dans une certaine mesure, les grandes anomalies de température ne sont pas inattendues. Toutefois, ce qui est inhabituel dans ce cas, c’est la durée pendant laquelle les anomalies de température supérieures à la moyenne ont persisté », a conclu l’Agence Copernicus.

 

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