Libye : 1.400 réfugiés et migrants expulsés depuis l’est du pays cette année (ONU)

28 avril 2020

Les « autorités » de l’Est de la Libye ont expulsé 1.400 migrants et réfugiés depuis le début de l’année, en violation du droit international, a déploré mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

« Ces expulsions violent les obligations de la Libye en matière de droit international relatif aux droits de l’homme sur le non-refoulement et les expulsions collectives, et par le risque que d’autres soient bientôt expulsés de force », a déclaré Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat, lors d’un point de presse virtuel depuis Genève.

« Les chiffres dont je dispose datent du début de l’année, soit 1.400 migrants et réfugiés, et ce mois-ci, il y a eu cet épisode de 160 migrants soudanais renvoyés chez eux et une expulsion admise par les autorités », a ajouté M. Laurence. Selon le HCDH, des migrants et des réfugiés ont été renvoyés au Soudan, au Niger, au Tchad et en Somalie.

« Ils ont été expulsés sans avoir eu accès à une assistance juridique ou aux autres services nécessaires pour assurer leur protection », a précisé le porte-parole du Haut-Commissariat. Pour l’ONU, de telles pratiques violent les obligations de la Libye en matière de droit international relatif aux droits de l’homme qui interdisent le refoulement et l’expulsion collective.

Le HCDH avait publié récemment des orientations sur les droits des migrants dans le contexte de la crise du coronavirus. Dans ce document, le Haut-Commissariat a recommandé aux États « de suspendre temporairement les retours forcés pendant la pandémie de Covid-19 afin de préserver les droits humains, la santé et la sécurité de toutes les personnes concernées ».

Des centres de détention exposés au Covid-19, surpeuplés et insalubres

« Toutes les décisions et procédures de retour devraient être réévaluées afin de s’assurer qu’elles sont compatibles avec le droit à la santé des migrants ainsi qu’avec les stratégies de santé publique plus larges », ont fait valoir les services de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

Le HCDH rappelle par ailleurs que les contrôles aux frontières et les autres mesures doivent respecter le principe du non-refoulement et l’interdiction des expulsions collectives. Elle rappelle égaement les garanties procédurales, notamment le droit à une procédure régulière, l’accès aux avocats et aux traducteurs ainsi que le droit de faire appel d’une décision de refoulement.

Le HCDH s’est également dit préoccupé par le sort de milliers de migrants détenus dans « des centres de détention officiels surpeuplés et insalubres » dans toute la Libye. D’autres sont détenus dans des sites non officiels où « ils risquent de subir de graves violations des droits de l’homme et des abus, dans le contexte de la propagation du Covid-19 ».

Outre qu’ils n’ont pas accès aux campagnes de prévention et aux services de soins, ces migrants sont souvent détenus dans des centres qui sont également situés dans des zones proches des hostilités en cours. « Les Nations Unies ont déclaré à plusieurs reprises que ces détentions sont fondamentalement arbitraires et ont demandé la fermeture des centres de détention. Dans le contexte du Covid-19, il est urgent de donner la priorité à la libération des immigrants détenus dans des lieux sûrs », a insisté M, Laurence.

De façon générale, les services de Mme Bachelet réitèrent à toutes les parties au conflit libyen, l’appel du Secrétaire général de l’ONU en faveur d’un cessez-le-feu mondial, afin de contribuer à créer les conditions nécessaires pour l’acheminement de l’aide et de faire renaître l’espoir dans les zones les plus vulnérables à la pandémie de Covid-19.

 

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