La CNUCED propose un accord mondial sur la dette pour éviter un désastre économique

23 avril 2020

L’organe de l’ONU chargé du commerce et du développement, la CNUCED, a défini ce jeudi les mesures urgentes nécessaires pour éviter une catastrophe liée à la dette dans les pays en développement qui subissent déjà les retombées économiques de la pandémie du nouveau coronavirus.

Face à cette « question de vie ou de dette »,  l’ONU propose ainsi un accord mondial sur la dette pour éviter que la pandémie sanitaire ne se transforme dans les pays en développement « en désastre économique ».

L’agence onusienne souligne la nécessité vitale d’une action décisive pour alléger sensiblement la dette de ces pays afin de libérer les ressources dont ils ont cruellement besoin pour faire face à la pandémie.

Dans son rapport publié jeudi à Genève, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) justifie cet appel par « l’insoutenable fardeau de la dette ». « Les pays en développement sont confrontés à un mur de remboursements du service de la dette tout au long des années 2020 », a-t-elle relevé.

Rien qu’en 2020 et 2021, les remboursements des pays en développement sur leur seule dette publique extérieure sont estimés à près de 3.400 milliards de dollars. C’est-à-dire entre 2.000 et 2.300 milliards de dollars dans les pays en développement à revenu élevé et entre 666 et 1.060 milliards de dollars dans les pays à revenu moyen et faible.

Pour la CNUCED, ce fardeau risque donc de peser sur des économies déjà fragilisées par les conséquences de la propagation du nouveau coronavirus. « La pandémie frappe les économies en développement à un moment où elles étaient déjà aux prises avec un fardeau de la dette insoutenable depuis de nombreuses années, ainsi qu’avec des besoins sanitaires et économiques croissants », rappelle l’agence onusienne basée à Genève.

Les appels à la solidarité internationale n’ont encore apporté qu’un soutien timide

D’autant que le service de la dette est devenu plus onéreux, avec cette crise qui a d’ailleurs provoqué « des sorties record d’investissements de portefeuille des économies émergentes et de fortes dévaluations des devises dans les pays en développement ».

« La communauté internationale devrait prendre d’urgence des mesures supplémentaires pour alléger la pression financière croissante que le remboursement de la dette exerce sur les pays en développement alors qu’ils font face déjà au choc économique lié au Covid-19 », a déclaré le Secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi, cité dans le communiqué.

Le 30 mars dernier, la CNUCED avait appelé à un plan de crise de 2.500 milliards de dollars pour les pays en développement.

Déjà avant la crise du Covid-19, bon nombre de ces pays consacraient une part importante de leurs recettes publiques au remboursement de la dette, au détriment des dépenses sanitaires et sociales.

C’est dans ce contexte d’incertitudes liés à la pandémie que des appels à la solidarité internationale ont été lancés. « Mais les récents appels à la solidarité internationale n’ont jusqu’à présent apporté que peu de soutien tangible aux pays en développement dans leur lutte contre les effets immédiats de la pandémie et de ses répercussions économiques », a déclaré Richard Kozul-Wright, Directeur de la division de la mondialisation de la CNUCED et auteur du rapport.

En attendant, la CNUCED décrit trois étapes clés pour traduire ces appels en actions. 

Il s’agit d’abord de « moratoires » qui ont l’avantage d’offrir un « répit » macroéconomique à tous les pays en développement frappés par la crise. Selon la CNUCED, un tel moratoire permettrait aussi une reprise économique après la crise selon des trajectoires de croissance, de fiscalité et de balance commerciale durables.

Pour un organe international chargé de la dette des pays en développement

Le deuxième scénario envisagée par l’agence onusienne porte sur des programmes d’allégement et de restructuration de la dette. Les programmes garantiraient que le « répit » obtenu lors de la première étape soit utilisé pour réévaluer au cas par cas la viabilité de la dette des pays en développement à plus long terme.

Le 13 avril, le FMI a annulé les remboursements de la dette qui lui étaient dus par les 25 économies en développement les plus pauvres pour les six prochains mois. Cette annulation de la dette est estimée à environ 215 millions de dollars.

Les dirigeants du groupe des vingt (G20) ont annoncé également le 15 avril dernier,  la suspension des paiements du service de la dette pour 73 des pays les plus pauvres de mai à la fin de cette année.

Toutefois, la CNUCED suggère qu’une annulation de 1.000 milliards de dollars serait plus proche du chiffre nécessaire « pour éviter un désastre économique dans le monde en développement ».

Enfin, la CNUCED estime que la création d’une Autorité internationale de la dette des pays en développement (AIDPD) sera nécessaire pour superviser les programmes d’allégement de la dette des pays en développement.
Pour jeter les bases réglementaires d’un cadre international plus pérenne, cette autorité pourrait ainsi suivre une voie similaire pour établir une organisation internationale autonome d’États débiteurs sur la base d’un traité international entre eux.

« La mise en place rapide d’un organe consultatif d’experts indépendants des intérêts des créanciers ou des débiteurs serait essentielle à tout accord international de ce type entre les pays en développement concernés », conclut la CNUCED.

 

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