A une réunion de l'ONU sur le commerce, Guterres réclame un « pas de géant » dans le soutien aux pays vulnérables

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, à l'ouverture d'une réunion ministérielle de la CNUCED à la Barbade.
ONU Barbade et Caraïbes orientales/Bajanpro
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, à l'ouverture d'une réunion ministérielle de la CNUCED à la Barbade.

A une réunion de l'ONU sur le commerce, Guterres réclame un « pas de géant » dans le soutien aux pays vulnérables

Développement économique

La reprise après la pandémie de Covid-19 doit être durable et inclusive, a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un discours prononcé lors d'une grande conférence des Nations Unies sur le commerce qui s'est ouverte lundi à la Barbade.

Avertissant que la pandémie met en danger des décennies de progrès en matière de développement, M. Guterres a réclamé un plus grand soutien aux nations vulnérables, alors qu'elles s'attaquent aux défis du surendettement, du manque d'investissement, du commerce déloyal et de l'urgence climatique.

Tout en soulignant le besoin urgent d'équité en matière de vaccins, il a estimé qu’il ne s’agissait que de « la première étape d'une course beaucoup plus longue », car une reprise inégale laisse une grande partie du monde de côté.

« Nous devons inverser la tendance avec une reprise mondiale audacieuse, durable et inclusive », a déclaré M. Guterres lors d’une conférence ministérielle de l'agence des Nations Unies pour le commerce et le développement, la CNUCED.

« Une reprise qui profite au plus grand nombre, plutôt qu'à quelques-uns. Une reprise qui donne de l'espoir aux gens et qui guérit notre planète. Et une reprise qui uniformise les règles du jeu pour tous les pays alors qu'ils soutiennent leurs populations pendant ce moment extraordinaire de l'histoire ». « Les pays ne peuvent pas se remettre de la pandémie s'ils sont endettés », a déclaré le chef de l'ONU, décrivant la dette comme « un poignard au cœur de la reprise mondiale ».

Tout en se félicitant de la récente émission de 650 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS), un type d'avoir de réserve de change créé par le Fonds monétaire international (FMI), il a appelé à un « pas de géant » en matière de soutien.

Agir contre la dette

Le plan d'action du chef de l’ONU sur la dette en quatre points appelle à réaffecter les DTS inutilisés aux pays vulnérables, y compris les pays à revenu intermédiaire, et demande aux économies riches du G20 de prolonger leur initiative de suspension de la dette, établie en mai 2020, jusqu'à l'année prochaine.

Le Secrétaire général a également réitéré son appel à réformer « l'architecture de la dette internationale », en particulier pour les pays à revenu intermédiaire, afin d'examiner des mesures innovantes telles que les conversions, rachats et échanges de dettes.

« Quatrièmement, nous avons besoin de financements privés pour aider à combler le vide », a-t-il déclaré. « Il est profondément injuste que les pays riches puissent emprunter à bon marché et financer leur chemin vers la reprise, tandis que les pays à revenu faible et intermédiaire luttent pour maintenir leurs économies à flot ».

La pandémie mettant en péril le développement, le Secrétaire général a souligné que les pays doivent être soutenus pour faire des « investissements audacieux » dans l'éducation, la protection sociale, les soins de santé et le travail décent.

« Nous devons faire primer l’humain sur le profit, notamment en répartissant équitablement la charge de l’impôt, et mettre fin à l’évasion fiscale, au blanchiment d’argent et aux flux financiers illicites », a-t-il déclaré en français.

À cet égard, le G20, les Nations Unies et les institutions financières internationales devraient travailler avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour faire avancer la mise en œuvre d'un cadre mondial pour la fiscalité des entreprises afin que « les impôts profitent à celles et ceux qui vivent là où se déroule réellement l’activité économique. Au plus près des gens – pas dans de lointains conseil d’administration ».

Soutenir le commerce équitable

Les pays les plus pauvres du monde devraient également bénéficier du commerce et des investissements, qui ont été fortement affectés par la pandémie.
« Nous avons besoin de règles commerciales ouvertes et équitables, afin que tous les pays puissent rivaliser sur un pied d'égalité, quelle que soit leur position sur l'échelle du développement », a déclaré M. Guterres. « Et nous devons également aider les pays en développement à moderniser leurs infrastructures et leurs flux commerciaux - en réduisant les coûts et en augmentant l'efficacité ».

Ces mesures sont vitales pour soutenir les pays dans leur transition vers des économies « vertes », fondées sur les énergies renouvelables, ce qui implique également la modernisation du secteur des transports, en particulier l'industrie maritime mondiale vitale, responsable de quelque 80% du commerce.

Construire une économie mondiale verte est le quatrième défi auquel la communauté internationale est confrontée, alors que les pays s'efforcent de minimiser la hausse de la température mondiale, conformément à l'Accord de Paris sur le climat.

Le chef de l'ONU a de nouveau appelé les pays à atteindre la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle grâce à des mesures telles que la suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles.

« Pour des pays comme la Barbade, en première ligne de la crise climatique, s'adapter et renforcer la résilience n'est pas un luxe – c'est une priorité urgente », a déclaré le Secrétaire général, soulignant la nécessité de financer l'adaptation. « Donc, aujourd'hui, je réitère mon appel aux donateurs et aux banques multilatérales de développement pour qu'ils consacrent au moins 50% de leur soutien climatique à l'adaptation et à la résilience »

La conférence ministérielle de la CNUCED, qui a lieu tous les quatre ans, est une plate-forme de dialogue sur les questions clés et émergentes affectant l'économie mondiale.