L’Assemblée générale des Nations Unies poursuit ses travaux pendant la crise du Covid-19

8 avril 2020

Alors qu'une grande partie du monde est confinée pour éviter une propagation de la pandémie de Covid-19, l’Assemblée générale des Nations Unies poursuit ses travaux à New York, avec toutefois quelques ajustements techniques.

C’est le message de la Cheffe de Cabinet du Président de l’Assemblée générale, Mari Skåre. Elle a expliqué cette semaine à ONU Info comment la pandémie a modifié les procédures de travail au sein de l’organe le plus représentatif du monde.

« Quand nous avons compris que cela devenait un problème de santé publique ici (à New York) ... nous avons réagi assez rapidement et avons commencé à reporter les réunions ‘physiques’ », a-t-elle souligné lors de cet entretien.

« L’Assemblée générale est le forum le plus représentatif du monde, où tous les États membres viennent délibérer. C’est comme la mairie du monde. Nous avons donc voulu faire en sorte que ces délibérations puissent se poursuivre. Et le moyen choisi est par écrit, mais aussi par des rencontres virtuelles », a-t-elle ajouté.

Photo ONU/Manuel Elias
Plan large sur la salle de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Modifications et annulations

La plupart des gens connaissent l'Assemblée générale des Nations Unies par le biais de sa semaine annuelle de haut niveau en septembre, qui rassemble les chefs d'État et de gouvernement des 193 États membres de l'ONU.
L'Assemblée générale est l’instance où tous les pays ont une voix et c'est l'un des six principaux organes de l'ONU, aux côtés du Secrétariat, du Conseil de sécurité, du Conseil économique et social (ECOSOC), du Conseil de tutelle et de la Cour internationale de Justice. Justice (CIJ).

Les ambassadeurs se réunissent normalement dans l'emblématique salle de l'Assemblée générale pour des réunions sur des questions liées au développement, à la paix, à la sécurité ou à d'autres questions couvertes par la Charte des Nations Unies. Ils votent également sur des résolutions et des décisions, les résultats étant affichés sur des écrans géants dans la salle.

Maintenant que l'éloignement social fait partie de la réalité de chacun, plusieurs réunions ont dû être reportées ou annulées, comme la commémoration annuelle le 7 avril de la Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda.

Le silence (procédure) est d'or

L’Assemblée générale, cependant, continue de prendre des mesures concernant les résolutions et les décisions au milieu de la pandémie.

Alors que la situation évoluait, les pays ont pour la première fois autorisé ce que Mari Skåre a qualifié de « procédure temporaire et extraordinaire ».

Le Président de l'Assemblée générale, Tijjani Muhammad-Bande, diffuse désormais des projets de résolution aux États membres dans le cadre de ce qu'on appelle une « procédure de silence ». Les ambassadeurs ont un délai de 72 heures, ce qui leur donne le temps de consulter leurs capitales, si nécessaire, avant d'exprimer leurs opinions nationales.

Une résolution est adoptée à condition qu'il n'y ait pas d'objection, et le Président distribue une lettre confirmant l'adoption. Cependant, la résolution est rejetée si un seul pays s'y oppose et le Président informe les ambassadeurs que le « silence » a été rompu.

Mme Skåre a expliqué que dans des conditions normales, l'Assemblée générale voterait sur une résolution si un État membre le demandait. Actuellement, cela est techniquement impossible.

« Nous n'avons pas de procédures de vote en place sous un régime aussi extraordinaire », a-t-elle déclaré. « Nous examinons la question. Nous en discuterons avec les États membres et nous les consulterons car il pourrait y avoir des opinions différentes sur ce qui est nécessaire de faire ».

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L'Ambassadrice Mari Skåre, Cheffe de cabinet du Président de l'Assemblée générale des Nations Unies, dans la salle de l'Assemblée générale.

Le travail critique se poursuit

Depuis l'entrée en vigueur de la procédure de silence, l'Assemblée générale a adopté plusieurs résolutions, notamment sur le financement de l'opération conjointe Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) et sur le Covid-19.

Cette dernière résolution a fait suite à une réunion sur la pandémie, au cours de laquelle le Président de l'Assemblée générale et les chefs de trois autres organes principaux des Nations Unies ont tenu une réunion d'information virtuelle conjointe pour tous les États membres.

S'exprimant au nom du Secrétariat, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a assuré aux ambassadeurs que « notre travail critique se poursuit en grande partie sans interruption ».

Mme Skåre et le personnel du Bureau du Président de l'Assemblée générale n'ont également constaté aucun ralentissement. Avec tous les collègues travaillant à domicile, les réunions du cabinet ont lieu en ligne, par exemple, bien qu'elle vienne au siège de l’ONU environ une fois par semaine car il est plus facile de travailler là-bas.

Ne laisser personne de côté

Après avoir été ambassadrice de la Norvège en Afghanistan, Mme Skåre a établi des parallèles entre les crises là-bas et celle du Covid-19. Dans les deux cas, il est essentiel d'assurer la continuité des activités, tout comme la sécurité du personnel, la coordination et la sensibilisation du public.

« Cette pandémie est un choc énorme pour nos sociétés et nos économies. Nous devons regarder plus loin que s'attaquer à ce qui se passe actuellement dans nos communautés et commencer à planifier comment nous pouvons atténuer les énormes impacts négatifs que cela aura, et a actuellement, sur nos sociétés », a-t-elle conseillé.

Pour Mme Skåre, le relèvement signifie un engagement mondial à « ne laisser personne de côté », comme les États membres se sont engagés à le faire quand ils ont adopté le Programme de développement durable lors de la semaine de haut niveau de l'Assemblée générale en 2015.

Elle s’inquiète également que la pandémie puisse entraîner un recul des droits des femmes. Cette année marque le 25e anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes, qui s’est tenue à Beijing.

« Nous avons beaucoup progressé en tant que communauté mondiale, mais les femmes n’y sont pas encore. Elles ne participent pas pleinement, comme les hommes, au développement économique, au marché du travail, aux entreprises, à la prise de décisions, et il y a un risque énorme que cette pandémie et son impact poussent les femmes hors du marché du travail et du développement économique », a-t-elle dit.

« Nous ne devons pas laisser cela se produire; nous ne devons pas permettre que les obstacles à la participation des femmes soient plus élevés. C'est quelque chose qui est très important pour moi, et c'est un message clé pour tous ceux qui planifient des plans de réponse en ce moment », a-t-elle ajouté.

 

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