Coronavirus : un expert de l'ONU demande à la Corée du Nord de permettre un accès sans entrave

9 mars 2020

Un expert indépendant de l’ONU a demandé, ce lundi à Genève, à Pyongyang d’autoriser un « accès sans entrave » à l’échelle nationale afin que les organisations d’aide puissent aider en cas d’épidémie du Covid-19 dans ce pays.

« Le gouvernement nord-coréen devrait permettre un accès libre et sans entrave aux experts médicaux et aux acteurs humanitaires, mais aussi assouplir les restrictions d’accès à l’information », a déclaré devant le Conseil des droits de l’homme, Tomás Ojea Quintana, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée.

Selon l’Expert indépendant onusien, les mesures visant à contenir et à combattre la propagation du Covid-19, telles que le confinement et les quarantaines, ainsi que le traitement des patients, devraient être mises en œuvre dans le strict respect des normes relatives aux droits de l’homme.

« Comme le Chef suprême du pays l’a récemment reconnu, une infection largement répandue en République populaire démocratique de Corée entraînerait de graves conséquences pour la population », a ajouté M. Quintana.

Photo ONU/Rick Bajornas
Tomas Ojea Quintana, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée (archive)

Davantage d’isolement du pays n'est pas la solution

D’autant que sur le terrain, la réalité est que « de nombreux Nord-Coréens souffrent de malnutrition, d’un retard de croissance et sont donc plus vulnérables s’ils sont infectés ». Dans le même temps, le pays ne dispose que « d’installations médicales limitées ». A cet égard, le Rapporteur spécial note que les hôpitaux et autres structures sanitaires manquent d’électricité, de médicaments. Beaucoup n’ont pas accès à l’eau potable ou à des sanitaires, a rappelé Tomas Ojea Quintana.

L'Expert indépendant plaide pour « une révision des sanctions sectorielles », et « une évaluation complète des effets négatifs des sanctions, en particulier sur les droits économiques, sociaux et culturels »

Dans ces conditions, la plupart des besoins les plus critiques de la RPDC en matière de soins de santé sont fournis par des ONG internationales. Face à un tel risque, « la priorité » pour le gouvernement doit consister maintenant à « allouer des ressources budgétaires à la santé et de mettre de côté les autres activités non essentielles ».

Face à un tel scénario inquiétant, « un isolement accru n’est pas la solution », met en garde M. Quintana, tout en invitant la communauté internationale à « réagir en conséquence » et à « offrir une assistance médicale et scientifique ». 

De façon générale, il estime d’ailleurs que cette crise du Covid-19 attire à nouveau l’attention de la communauté internationale sur les difficultés économiques de la population nord-coréenne et surtout sur « les effets néfastes des sanctions », en particulier sur le travail des organisations humanitaires, ainsi que sur les échanges commerciaux. 

En conséquence, il plaide pour « une révision des sanctions sectorielles », et réitère son appel au Conseil de sécurité des Nations unies pour qu’il élabore « une évaluation complète des effets négatifs des sanctions, en particulier sur les droits économiques, sociaux et culturels ».

Solidarité à tous les Nord-Coréens confrontés à la menace du Covid-19 

En attendant, tout en saluant l’engagement des agences des Nations unies et des travailleurs de la santé sur le terrain, en particulier de l’Organisation mondiale de la santé », il exprime sa solidarité à tous les Nord-Coréens « confrontés à la menace du Covid-19 ». Il apporte également son soutien « aux efforts soutenus déployés par le gouvernement de la RPDC pour prévenir une épidémie de ce virus à l’intérieur du pays ».

En conclusion, l’expert indépendant onusien appelle à des actions plus concrètes pour s’engager avec les autorités dans les efforts pour signer un accord de paix, dans les négociations sur la dénucléarisation, dans la révision des sanctions, dans l’accès et l’aide humanitaire, dans les projets de développement et, « de manière critique, dans la protection et la promotion des droits de l’homme ».

Il y a six ans, la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en RPDC avait présenté son rapport à ce Conseil où elle a trouvé des motifs raisonnables de conclure que « des crimes contre l’humanité ont été commis en RPDC ».

Pour le Rapporteur spécial, le moment est donc venu « de développer et de tester des moyens concrets de rendre des comptes et de rendre la justice ». Les victimes de violations des droits de l’homme ne peuvent pas attendre que les parties se mettent d’accord sur la paix et la dénucléarisation. « L’absence de reddition des comptes signifie également l’absence de dissuasion pour les abus actuels et futurs », a conclu l’Expert indépendant.

Depuis l’apparition du nouveau coronavirus en décembre dernier, 109.3436 cas d’infection ont été recensés dans 104 pays et territoires, causant la mort de 3.809 personnes, selon un bilan établi par l’OMS ce lundi matin.

La Chine (sans les territoires de Hong Kong et Macao), où l’épidémie s’est déclarée, a dénombré 80.904 cas, dont 3.123 décès. La RPDC indique n’avoir confirmé aucun cas d’infection au Covid-19 et sur le tableau de bord de l’OMS, aucune notification officielle reçue de la part de Pyongyang.

 

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