Corée du Nord : les mesures prises pour contenir la Covid-19 aggravent les abus et la faim, alerte un expert de l'ONU

10 mars 2021

Les mesures drastiques de prévention prises par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) pour contenir le nouveau coronavirus ont exacerbé les violations des droits humains et les difficultés socio-économiques, a affirmé mercredi un expert indépendant de l’ONU, qui cite également des rapports faisant état de personnes mortes de faim.

« L'isolement de la RPDC pendant la pandémie de Covid-19 signifie l'isolement des personnes ordinaires qui sont déjà soumises à des schémas de graves violations des droits de l'homme », a déclaré à Genève, Tomás Ojea Quintana, le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Corée du Nord.

S’adressant au Conseil des droits de l’homme, il a exhorté Pyongyang à veiller à ce que « les conséquences négatives des mesures de prévention ne deviennent pas disproportionnées par rapport à l'impact de la pandémie elle-même ». 

La Corée du Nord, qui n'a pas encore signalé de cas confirmés de Covid-19, a imposé depuis l’année dernière, la fermeture de ses frontières, interdit la plupart des voyages internationaux et sévèrement restreint les déplacements à l'intérieur du pays. « La RPDC continue d'appliquer strictement ses mesures anti-épidémies », a détaillé M. Quintana, rappelant que « des rapports non confirmés indiquent que les autorités ont autorisé les forces de l'ordre à « tirer à vue » sur toute personne tentant de franchir les frontières du pays ».

Décès par famine et hausse d'enfants et personnes âgées ayant recours à la mendicité

Selon l’expert indépendant onusien, plusieurs cas « de sanctions sévères » à l'encontre de ceux qui enfreignent les mesures de prévention anti-coronavirus ont été rapportés par les médias. « Un nouveau centre de détention pour les personnes violant les mesures de quarantaine aurait été construit dans la province de Hwanghae Nord », a-t-il ajouté.

Sur le terrain, ces mesures draconiennes ont également entraîné « un déclin drastique des échanges et des activités commerciales ». Pour la population générale, ces « graves difficultés économiques » ont provoqué « une insécurité alimentaire accrue ». « Des décès par famine ont été signalés, ainsi qu'une hausse du nombre d'enfants et de personnes âgées qui ont recours à la mendicité car les familles n’étant pas en mesure de les soutenir », a fait valoir le Rapporteur spécial.

Alors que l’aide humanitaire destinée à la Corée du Nord est restée bloquée à la frontière avec la Chine pendant des mois en raison des restrictions à l'importation, cela a entraîné des retards dans la distribution de biens vitaux. « Des inquiétudes subsistent quant au fait que les restrictions commerciales avec la Chine, les activités limitées du marché, le manque de soutien humanitaire aux populations touchées, la mise en œuvre de sanctions et les catastrophes naturelles qui ont endommagé l'agriculture pourraient conduire à une grave crise alimentaire », a-t-il mis en garde.

La pandémie devrait relancer « la recherche d'une fin pacifique au conflit dans la péninsule coréenne »

« Les opérations humanitaires à l'intérieur du pays ont pratiquement cessé, seuls trois travailleurs humanitaires internationaux (deux employés des Nations Unies et un employé d'une ONG) restent actuellement dans le pays, et la présence diplomatique a été considérablement réduite », a précisé le Rapporteur spécial. Dans ces conditions, l’expert indépendant onusien a rappelé l’importance de fournir des points d'entrée et d’autoriser l'accès au pays.

« Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Corée du Nord a mené 13.259 tests de dépistage, et tous les résultats sur la Covid-19 étaient négatifs, en partie grâce aux efforts proactifs du gouvernement en matière de prévention », a souligné l’expert. A noter que le pays fait partie du mécanisme de solidarité COVAX. Et dans le cadre de cette initiative de l’OMS, la RPDC devrait recevoir 1,9 million de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford au cours du premier semestre de cette année.

Plus largement, l’expert indépendant onusien estime que l'esprit de coopération qui se fait jour dans le monde entier pour relever le défi de la pandémie de Covid-19 devrait relancer « la recherche d'une fin pacifique au conflit dans la péninsule coréenne ».

NOTE :

Les rapporteurs spéciaux, les experts indépendants et les groupes de travail font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Le terme « procédures spéciales », qui désigne le plus grand corps d’experts indépendants au sein du système onusien des droits de l’homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d’enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l’homme afin de traiter de la situation spécifique d’un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n’appartiennent pas au personnel de l’ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et exercent leurs fonctions à titre individuel.

 

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