Ebola en voie de disparition en RDC, l’OMS prudemment optimiste

6 mars 2020

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affiche son optimisme concernant la fin de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) suite à la libération, le mardi 3 mars, de la dernière patiente encore hospitalisée au Centre de traitement d’Ebola (CTE) de Beni, épicentre de l’épidémie dans l’est de la RDC.

Depuis dix-huit jours, aucun nouveau cas n’a été signalé. « Aucun nouveau cas de maladie due au virus Ébola n’a été signalé depuis le 17 février. Et le 3 mars, la seule personne dont la maladie a été confirmée au cours des 21 derniers jours a quitté le centre de traitement du virus Ébola » précise l’agence onusienne. Elle est partie du centre de Béni après sa guérison et après avoir été testée deux fois négativement pour le virus. « Il s’agit là d’une étape importante dans l’épidémie », se félicite l’OMS.

Mais l’agence onusienne demeure prudent, et se donne un délai de carence avant de crier « victoire ». En effet, au bout de quarante-deux jours sans recensement de nouveau malade, l’épidémie de fièvre hémorragique Ébola (la dixième sur le sol congolais depuis 1976) sera officiellement considérée comme terminée.

De plus, l’OMS indique que le risque de réapparition de la maladie reste élevé. « Il est essentiel de maintenir les opérations de lutte, comme le prévoient les critères recommandés par l’OMS pour déclarer la fin de l’épidémie », relève l’agence onusienne dans son dernier bulletin épidémiologique.

L’épidémie d’Ébola a fait 2.264 victimes

L’OMS ajoute que le virus Ébola pourrait persister dans les fluides corporels de certains survivants, « avec le potentiel d’en infecter d’autres ». « Dans au moins un cas au cours de cette épidémie, une rechute a été observée, déclenchant une nouvelle chaîne de transmission qui a mis plusieurs mois à s’interrompre », fait valoir l’OMS.

Déclarée le 1er août 2018, l’épidémie d’Ébola a fait 2.264 victimes, ce qui en fait la deuxième plus meurtrière de l’histoire, après celle de 2014 en Afrique de l’Ouest (plus de 11.000 morts). Son taux de létalité est d’environ 66%.

A la date 3 mars 2020, un total de 3.444 cas d’Ébola ont été signalés dans une trentaine de zones sanitaires, dont 3.310 cas confirmés et 134 cas probables. Sur le total des cas confirmés et probables, plus de la moitié étaient des femmes (1927). Le tiers sont des enfants de moins de 18 ans (973) et 5% sont des travailleurs de la santé (171).

Si cette tendance à la baisse se confirme par une disparition du virus en RDC, les organismes humanitaires entendent se lancer dans le chantier du suivi et de l’aide à apporter aux survivants. D’autant qu’au niveau individuel, les personnes qui se sont rétablies d’Ébola peuvent développer « des complications médicales et psychologiques ». Les survivants devraient se voir offrir un soutien lorsqu’ils retournent dans leur communauté afin de prendre en charge toute complication post-Ebola.

Photo OMS/J.D. Kannah
Examen de l'oeil pour vérifier d'éventuelles complications après que cette jeune femme a survécu à Ebola.

L’aide aux survivants

En réponse à ces besoins, et sur la base des enseignements tirés des précédentes épidémies, un programme de suivi multidisciplinaire pour les soins aux survivants a d’ailleurs été lancé trois mois seulement après la déclaration de l’épidémie par le ministère de la santé, avec le soutien de l’OMS et du Programme alimentaire mondial (PAM).

Le programme prévoit des visites mensuelles dans des cliniques de santé pendant au moins 18 mois afin d’assurer le suivi des aspects cliniques, biologiques et psychologiques et du bien-être de chaque survivant.

Depuis le début de l’épidémie, 1.160 personnes se sont remises de la maladie d’Ébola. Cela comprend 50 nourrissons de moins d’un an (4%), 55 enfants de 1 à 4 ans (5%), 145 enfants de 5 à 17 ans (13%). Plus des deux tiers sont des adultes de 18 ans ou plus (910). Sur le nombre total de survivants, plus de la moitié sont des femmes (641) dont huit femmes qui étaient enceintes au moment de l’infection par la maladie et qui ont survécu avec un fœtus viable.

Chaque mois, plus de 85% des survivants se rendent dans les cliniques. Selon l’OMS, cela suggère que les survivants et leurs communautés acceptent le programme.

En outre, les survivants se voient offrir des services spécialisés par des professionnels locaux formés, notamment des soins ophtalmiques, neurologiques et un soutien psychosocial. Il y a également des services de laboratoire, la gestion de la grossesse et des soins pédiatriques. Le programme a continué à s’adapter à l’évolution de l’épidémie. Cinq cliniques spécialisées fonctionnent actuellement à Beni, Butembo, Goma, Mangina et Mambasa.

Afin de fournir les soins appropriés et nécessaires aux survivants, l’OMS estime qu’il est essentiel de maintenir le programme de soutien aux survivants pendant au moins 18 mois après la déclaration de l’épidémie.

 

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