Michel Forst : les États doivent protéger les défenseurs des droits de l'homme pendant et après les conflits

4 mars 2020

Les défenseurs des droits de l'homme travaillant dans des situations de conflit et d'après-conflit devraient bénéficier d'une plus grande reconnaissance, protection et soutien pour leur travail, a déclaré un expert des Nations Unies dans son dernier rapport présenté au Conseil des droits de l'homme.

« Les défenseurs dans les situations de conflit sont des hommes et des femmes courageux qui fournissent une aide d'urgence, assurent l'accès aux civils et documentent les victimes civiles et les violations du droit international », a déclaré Michel Forst, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme.

« Dans les situations post-conflit, ils peuvent aider à récupérer les maisons des personnes déplacées et à lutter contre l'impunité. Certains sont des enfants qui réclament la paix et l'égalité d'accès à l'éducation », a-t-il ajouté.

Dans son rapport, l'expert des Nations Unies, qui arrive au terme d’un mandat de six ans, a appelé les États et les acteurs non étatiques à mettre en œuvre et à renforcer les mécanismes de protection des défenseurs dans les situations de conflit et d'après-conflit.

M. Forst a affirmé que c’est par l’analyse de la situation de la société civile et des défenseurs que l’on prend le pouls de nos sociétés.  Il n’y a pas de gouvernement plus fragile que celui qui veut faire taire toute opposition, a-t-il déclaré.  En fait, a-t-il poursuivi, les défenseurs « nous tendent ce miroir grossissant qui dévoile ce que nous aimerions cacher ».  

Les défenseurs des droits de l'homme qui opèrent dans ces situations de pression intense sont trop souvent les seuls responsables de leur propre protection – Michel Forst

« Dans de trop nombreux cas, leurs contributions passent inaperçues, alors qu'ils sont confrontés à de multiples menaces pour leur sécurité en raison de l'insécurité liée au conflit ou de la nature même de leur travail, par exemple lorsqu'ils dénoncent des violations commises par des parties en guerre. Les femmes défenseures sont particulièrement exposées à la violence basée sur le genre, y compris la violence sexuelle », a déclaré l'expert.

Selon son rapport, les défenseurs en situation de conflit et d'après-conflit sont confrontés à de graves restrictions de leur liberté d'expression et de leur liberté de réunion. Leurs activités sont limitées au nom de la sécurité nationale, de l'ordre public et de la lutte contre le terrorisme, ou par des obstacles tels que l'enregistrement des ONG, l'accès au financement, la suspension des communications en ligne et les cyber-attaques.

« Plus de pays ont récemment connu des conflits violents qu'à aucun moment au cours des trente dernières années. Les défenseurs des droits de l'homme qui opèrent dans ces situations de pression intense sont trop souvent les seuls responsables de leur propre protection », a déclaré l'expert des Nations Unies.

« Une législation, des directives et des mécanismes spécifiques pour les protéger devraient donc être systématiquement mis en œuvre afin de sauvegarder leur rôle important dans la promotion de la paix, des droits de l'homme, de la sécurité et de la justice », a-t-il ajouté.

NOTE :   

Les experts indépendants, groupes de travail et rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on nomme les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand corps d'experts indépendants du système des droits de l'homme de l'ONU, est le terme généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance qui s'occupent de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et siègent à titre personnel.

 

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