Libye : l’envoyé de l’ONU dénonce l’escalade militaire malgré les promesses faites à la conférence de Berlin

30 janvier 2020

L’envoyé de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a vivement dénoncé la reprise des combats dans ce pays malgré la trêve qui a débuté le 12 janvier et les promesses faites lors de la conférence de Berlin par les pays impliqués dans le conflit libyen de cesser leurs ingérences.

« Il y a des acteurs sans scrupules à l'intérieur et à l'extérieur de la Libye qui saluent cyniquement les efforts pour promouvoir la paix et affirment pieusement leur soutien à l'ONU. Pendant ce temps, ils continuent de redoubler d’efforts pour trouver une solution militaire, augmentant le risque d'un conflit de grande ampleur, de davantage de souffrances pour la population libyenne, de davantage de réfugiés, de la création d'un vide sécuritaire et de nouvelles interruptions de l'approvisionnement énergétique mondial », a déclaré M. Salamé lors d’un exposé par visioconférence devant les membres du Conseil de sécurité réunis à New York.

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye a rappelé qu’à la conférence de Berlin, le 19 janvier, « les représentants des pays concernés et des organisations régionales, dont certains ont directement ou indirectement alimenté le conflit, ont convenu de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures de la Libye et de respecter l'embargo sur les armes imposé par l'ONU ».

« Berlin était un effort sérieux pour essayer d'unifier une communauté internationale discordante et pour donner de l'espoir aux Libyens assiégés », a-t-il ajouté.

La conférence de Berlin a eu lieu alors qu’une trêve demandée par les Présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan et acceptée par les deux parties au conflit a débuté le 12 janvier. 

« Il y a eu une réduction initiale de la violence qui a fourni aux habitants du Grand Tripoli un répit bien nécessaire des souffrances de la guerre. Mais avec les récents développements sur le terrain, je regrette de signaler que la trêve est vide de sens. Les échanges d'artillerie ont considérablement augmenté à Tripoli ces derniers jours, avec une augmentation associée des pertes civiles en raison de bombardements aveugles », a souligné M. Salamé. « Nous assistons également à de violents combats à l'extérieur de Tripoli ».

L’envoyé de l’ONU s’est dit également profondément préoccupé par les renforts militaires qui arrivent pour les deux côtés, « ce qui fait surgir le spectre d'un conflit plus large engloutissant la région dans son ensemble ». « Les parties belligérantes continuent de recevoir une quantité considérable d'équipements de pointe, de combattants et de conseillers de la part de soutiens étrangers, en violation flagrante de l'embargo sur les armes et des engagements pris par les représentants de ces pays à Berlin », a-t-il dénoncé.

« Toutes ces manœuvres pour ravitailler les deux parties menacent de précipiter une nouvelle conflagration bien plus dangereuse. Elles violent l'esprit et la lettre de la conférence de Berlin. J'exhorte les parties et leurs soutiens étrangers à renoncer à toute action imprudente et à renouveler leur engagement à œuvrer en faveur d'un cessez-le-feu », a déclaré M. Salamé.

Le HCR suspend ses activités dans un centre de transit à Tripoli

De son côté, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé jeudi qu’elle suspendait ses activités opérationnelles dans un centre de transit pour réfugiés à Tripoli, craignant pour la sécurité et la protection des personnes qui s’y trouvent, de son personnel et de ses partenaires dans le contexte de l’aggravation du conflit dans la capitale libyenne.

« Malheureusement, le HCR n’a pas eu d’autre choix que de suspendre son travail au Centre de rassemblement et de départ (GDF) à Tripoli après avoir appris que des exercices d’entraînement, impliquant des policiers et des militaires, se déroulaient à quelques mètres seulement des installations d’hébergement de demandeurs d’asile et de réfugiés », a déclaré Jean-Paul Cavalieri, chef de la mission du HCR en Libye. « Nous craignons que toute la zone ne devienne une cible militaire, mettant encore davantage en danger la vie des réfugiés, des demandeurs d’asile et des autres civils ».

Le HCR a commencé à transférer, depuis le centre vers des lieux plus sûrs, des dizaines de réfugiés particulièrement vulnérables, qui ont déjà été identifiés pour être réinstallés ou évacués vers des pays tiers.

Le HCR facilitera également l’évacuation de centaines d’autres personnes vers des centres urbains. Cela inclut environ 400 demandeurs d’asile qui avaient quitté le centre de détention de Tajoura après qu’il a été touché par des frappes aériennes en juillet dernier, ainsi que quelque 300 demandeurs d’asile du centre de détention d’Abou Salim qui étaient arrivés au GDF en novembre dernier après avoir été relâchés spontanément par les autorités.

Le GDF, qui relève de la compétence du ministère libyen de l’Intérieur, a été conçu comme un site de transit pour accueillir les réfugiés qui ont été identifiés pour une réinstallation en dehors de la Libye, en attendant leur évacuation.

 

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