Liban: plus de 460 blessés dans les heurts du week-end entre manifestants et forces de l’ordre (ONU)

21 janvier 2020

Plus de 460 personnes ont été blessées au Liban lors des heurts du week-end dernier entre manifestants et forces de l’ordre à Beyrouth, faisant de cette fin de semaine la plus violente depuis le début du mouvement de contestation le 17 octobre 2019.

« Selon les données combinées de la Croix-Rouge libanaise et de la Protection civile, au moins 377 personnes - dont 142 agents des forces de l’ordre - ont été blessées le samedi 18 janvier. Le lendemain dimanche, 90 autres personnes ont été blessées », a déclaré lors d’un point de presse ce mardi à Genève, Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH).

Les accrochages de samedi, qui ont blessé 377 personnes, ont été d’une violence inédite depuis le début de la contestation dans ce pays. Une situation qui préoccupe le Bureau des droits de l’homme de l’ONU qui s’est inquiété du nombre croissant d’affrontements violents entre les manifestants et les forces de sécurité au Liban ces derniers jours.

Selon les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet, certains manifestants ont eu recours à la violence pour exprimer leurs griefs, et les forces de sécurité ont réagi, parfois, en faisant « un usage inutile ou disproportionné de la force ».

Canons à eau et gaz lacrymogènes

Au cours du week-end, des manifestants à Beyrouth ont tenté d’envahir le bâtiment du Parlement. Ils ont ainsi lancé des pierres, des panneaux de signalisation, des pétards et d’autres débris sur les Forces de sécurité intérieure (FSI). Plusieurs guichets automatiques, bureaux de banque et magasins ont été vandalisés et des biens publics ont été détruits.

Les forces de sécurité ont répondu avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des balles en caoutchouc. Les services de la Haut-Commissaire Bachelet indiquent avoir reçu plusieurs rapports faisant état d’un usage excessif de la force.

« Selon des sources fiables, au moins quatre jeunes hommes ont été touchés avec des balles en caoutchouc, ce qui a entraîné des lésions oculaires graves et irréversibles », a ajouté la porte-parole du Haut-Commissariat, tout en rappelant que les agents des forces de l’ordre ont l’obligation de respecter les standards internationaux sur l’usage de la force, en particulier les principes de légalité et de proportionnalité.

L’agence onusienne insiste sur le fait que les droits à la liberté d’expression et d’opinion, mais aussi à la réunion pacifique et à la participation sont des piliers fondamentaux d’une société démocratique. « Nous rappelons toutefois que les manifestants doivent exercer ce droit de manière pacifique, et se réunir sans recourir à la violence », a précisé Mme Hurtado.

Manifestants battus

Par ailleurs, les informations reçues par le Bureau régional des droits de l’homme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord indiquent que 45 personnes ont été arrêtées au cours du week-end, et que la plupart d’entre elles ont été libérées. Selon le Haut-Commissariat, certains manifestants ont déclaré avoir été sévèrement battus au moment de leur arrestation et lors de leurs interrogatoires.

Dans ces conditions, l’ONU appelle les autorités libanaises à mener rapidement des enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations d’usage excessif de la force commis lors des dernières flambées de violence ainsi que les mauvais traitements en détention et lors de l’arrestation des manifestants.

Plus largement, le Haut-Commissariat invite les acteurs à faire tout leur possible pour « désamorcer la situation ». « Nous appelons les autorités à déployer des efforts pour établir un dialogue significatif et inclusif avec tous les segments de la société », a ajouté Mme Hurtado.

Le Haut-Commissariat encourage les acteurs politiques à répondre aux aspirations légitimes de la population, à accélérer leurs efforts pour former un gouvernement libanais stable, inclusif et respecté, capable de répondre aux doléances et aux demandes de la population qui souffre des effets d’une crise économique grave et qui s’aggrave.

 

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