Le HCR salue les efforts du Mexique pour accueillir et intégrer les réfugiés et migrants  

2 octobre 2019

Le Mexique est en train de passer d'une situation de pays de transit à une situation de pays de destination pour les réfugiés et migrants d'Amérique centrale et d'ailleurs, a déclaré mardi l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Le nombre de demandes d'asile est passé d'environ 2.100 en 2014 à plus de 48.000 au cours des huit premiers mois de cette année, a précisé le HCR.

« Le Mexique est confronté à des défis et à des préoccupations croissants en raison des changements de politique aux États-Unis qui ont entraîné une augmentation significative du nombre de personnes qui décident de demander l'asile au Mexique, ce qui exerce une pression supplémentaire sur un système d'asile déjà débordé », a expliqué le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi. « Les préoccupations à cet égard sont particulièrement vives le long de la frontière nord du Mexique ».

Il a tenu ces propos à la suite d'une visite de quatre jours dans ce pays pendant laquelle il s'est notamment rendu dans des centres d'accueil pour les demandeurs d'asile et migrants vulnérables et a rencontré les autorités.

© UNHCR/Gabo Morales
Le Haut Commissaire du HCR Filippo Grandi s'entretient avec une famille guatémaltèque dans un refuge à Tapachula, au Mexique, le 28 septembre 2019.

Reconnaissance des efforts déployés

Au cours de sa visite, M. Grandi s'est rendu dans l'État méridional du Chiapas, qui accueille près de 70% des demandeurs d'asile. « Les personnes que j'ai rencontrées étaient physiquement et émotionnellement affectées, effrayées et avaient besoin d'aide », a déclaré le Haut-Commissaire après avoir rendu visite à des réfugiés et demandeurs d'asile dans la ville de Tapachula.

Je suis reconnaissant au Mexique des efforts qu'il déploie pour protéger et aider les réfugiés et les migrants - Filippo Grandi 

« Je suis reconnaissant au Mexique des efforts qu'il déploie pour les protéger et les aider, en particulier à un moment où le Mexique subit la pression croissante de flux de plus en plus complexes de réfugiés et de migrants », a affirmé M. Grandi.

Le bureau mexicain des réfugiés (COMAR) a fait des progrès pour accélérer le processus d'asile, mais les gens doivent encore attendre des mois avant d'obtenir les documents nécessaires qui leur donnent accès au marché du travail, et souvent aux services sociaux.

« Le HCR s'est engagé à renforcer les capacités d'asile et les systèmes d'accueil pour aider le Mexique à relever le défi de protéger et d'assister un nombre croissant de demandeurs d'asile et de réfugiés », a indiqué M. Grandi. « Cet appui nécessite également un engagement renforcé de la part du gouvernement mexicain pour accroître les ressources allouées au COMAR dans le budget national, afin de lui permettre d'être plus réactif et plus efficace ».

Le HCR apporte un soutien important au COMAR en ouvrant de nouveaux bureaux à Monterrey, Tijuana et Palenque, et en prêtant plus de 110 travailleurs pour l'enregistrement et le traitement des cas. Pendant son séjour à Tapachula, le Haut Commissaire a inauguré deux nouveaux centres d'enregistrement gérés par le COMAR et par un partenaire du HCR.

Des détentions automatiques qui préoccupent

Le long de la frontière sud, le Haut-Commissaire a pu constater certains des défis auxquels sont confrontées les autorités mexicaines chargées de l'immigration.

Tout en reconnaissant le droit souverain du Mexique de contrôler ses frontières, le Haut-Commissaire s'est dit préoccupé par l'absence de garanties systématiques et de protocoles adéquats pour le contrôle et le traitement des demandeurs d'asile à la frontière. Il s'est également dit préoccupé par la détention automatique des demandeurs d'asile à la frontière, y compris des familles avec des enfants.

« J'aimerais voir un protocole de filtrage à la frontière qui permettrait au moins l'accès automatique au COMAR pour les cas vulnérables de demandeurs d'asile, dans un premier temps », a déclaré M. Grandi. « J'apprécie également le partenariat avec les autorités pour permettre la mise en place d'alternatives à la détention, permettant la libération des demandeurs d'asile dans des abris soutenus par le HCR, et j'aimerais que ces alternatives soient poursuivies ».

A Tapachula, il a aussi entendu parler du sort de personnes originaires de divers pays africains, ainsi que d'Haïtiens et de Cubains, dont beaucoup ne souhaitent pas demander l'asile au Mexique. Pour ceux qui n'ont pas besoin d'une protection internationale, des solutions sont nécessaires conformément au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Un programme novateur et exemplaire

Filippo Grandi a aussi visité un programme novateur d'intégration des réfugiés et a rencontré des réfugiés et des demandeurs d'asile dans des villes du nord et du sud du pays, qui lui ont parlé des violences, abus et persécutions dont ils ont été victimes par des bandes criminelles, qui les ont obligés à fuir leurs pays.

« Ce programme novateur est une situation gagnant-gagnant », s’est félicité M. Grandi. « ll contribue à combler les pénuries de main-d'œuvre dans certaines régions, tout en donnant aux réfugiés et à leurs familles accès à l'emploi, à l'éducation et au logement et, surtout, à la sécurité et à la dignité. C'est un excellent modèle qui pourrait être reproduit, non seulement au Mexique, mais dans d'autres parties du monde ».

Dans l'Etat de Coahuila, dans le nord-est du pays, le Haut-Commissaire a visité une usine à Saltillo qui emploie quelque 70 réfugiés sur un total de 1.500 travailleurs.

Les réfugiés qui y travaillent ont été déplacés du sud du pays dans le cadre d'un programme de collaboration entre les autorités centrales, étatiques et locales, les entreprises privées, la société civile et le HCR. Le programme aide les réfugiés à s'intégrer et à contribuer à l'économie locale.

Le Mexique pays a beaucoup de bonnes pratiques à partager au niveau mondial, en particulier liées à ses programmes d'intégration innovants - Filippo Grandi 

M. Grandi s'est dit dit encouragé par leurs expériences à leur arrivée, de l'accueil qu'ils ont reçu des communautés locales et du processus d'intégration en cours dans la société mexicaine.

Plus de 3.000 réfugiés ont été ainsi réinstallés dans quatre États du Mexique cette année dans le cadre de ce programme et avec le soutien des autorités locales.

En moyenne, plus d'une centaine de réfugiés sont réinstallés chaque semaine dans les villes du centre et du nord du Mexique de Tapachula, Saltillo et Mexico, gérés par des organisations de la société civile et des organisations religieuses. Ces centres jouent un rôle crucial en fournissant un hébergement d'urgence aux réfugiés et aux migrants et d'autres services vitaux, tels un soutien psychosocial, des informations et des conseils juridiques pour les demandes d'asile. Ils ont toutefois également besoin de ressources accrues.

Une longue et fière tradition d'accueil

Le chef du HCR a conclu sa visite à Mexico lundi, où il a rencontré des représentants du gouvernement, dont la Ministre de l'intérieur, Olga Sanchez Cordero, et la Vice-Ministre des affaires étrangères, Marta Delgado Peralta.

M. Grandi a souligné le soutien qu’apporte le HCR aux efforts du Mexique pour s’attaquer aux causes profondes des migrations et des mouvements de réfugiés en provenance d'Amérique centrale, notamment par le biais du Plan de développement global du Mexique, d'El Salvador, du Honduras et du Guatemala et du Cadre régional global de protection et de solutions (appelé MIRPS en espagnol), qui rassemble le Mexique et six pays d'Amérique centrale.

Au cours des discussion avec les autorités, M. Grandi s'est félicité de l'engagement pris par le gouvernement, peu après son entrée en fonctions, de s'attaquer au problème des déplacements internes et a offert l’appui continu du HCR pour élaborer des mesures législatives et des politiques publiques visant à résoudre ce problème, longtemps négligé.

« Le Mexique a une longue et fière tradition d'accueil des personnes fuyant la persécution », a déclaré M. Grandi. « Aujourd'hui, le pays est confronté à de réels défis, mais il y a aussi de grandes opportunités de voir l'espace d'asile s'élargir au Mexique, et le pays a beaucoup de bonnes pratiques à partager au niveau mondial, en particulier liées à ses programmes d'intégration innovants ».

 

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