Suisse : un expert de l’ONU s’inquiète des nouveaux critères proposés en matière d’aide et de coopération

2 octobre 2019

L'approche de la Suisse en matière de coopération internationale jouit d'une excellente réputation, fondée sur une longue pratique stable au service des populations les plus démunies du monde, mais de nouvelles politiques pourraient entrer en conflit avec certaines de ses obligations émanant du Programme de développement durable à l’horizon 2030, selon un expert de l’ONU, Saad Alfarargi.

Rapporteur spécial sur le droit au développement, M. Alfarargi, note que le projet de Message sur la coopération internationale de la Suisse 2021-2024, dans lequel figurent les plans stratégiques de la Suisse dans ce domaine, propose de nouveaux critères en matière d'aide humanitaire et de coopération au développement.

« Je crains que ces nouveaux critères démontrent une modification des priorités de la Suisse. Ce changement pourrait aller à l'encontre des engagements internationaux de la Suisse dans le cadre des objectifs de développement durable », a déclaré M. Alfarargi, dans une déclaration publiée à l'issue d'une visite de dix jours dans le pays.

« Il est également inquiétant que le gouvernement envisage de réduire son taux d'aide au développement entre 2021 et 2024. J’en appelle à la Suisse pour qu'elle honore son engagement d'allouer 0,7% de son produit national brut à l'aide publique au développement, comme le prévoient le Programme d'action d'Addis-Abeba et le Programme 2030 », a-t-il dit.

Le Rapporteur spécial a félicité la Suisse pour un certain nombre de bonnes pratiques, telles que les initiatives visant à intégrer des jeunes migrants et réfugiés dans le système éducatif, à offrir aux réfugiés âgés et autres résidents à long terme d'origine étrangère un accompagnement et une formation en soutien à leur intégration et à examiner l'écart de rémunération des sexes dans le secteur privé.

L'importance de la formation professionnelle dans le système éducatif

Il a également étudié le système éducatif suisse qui, par sa flexibilité et l'importance qu'il accorde à la formation professionnelle, est en mesure de fournir aux jeunes les outils nécessaires à leur autonomisation économique et à leur participation effective à tous les aspects de la société.

M. Alfarargi a souligné les défis qui restent à relever, notamment le manque de données en Suisse ventilées par type de handicap en ce qui concerne l'emploi et l'éducation au niveau cantonal.

« Je suis également préoccupé par le fait que les enfants handicapés ne sont pas systématiquement intégrés dans le système éducatif général dans tous les cantons et que l'aide à la recherche d'un emploi pour les personnes handicapées reste du ressort des autorités compétentes en matière d'assurance sociale plutôt que de l'administration en charge du chômage. Ces approches vont à l'encontre des engagements pris dans le cadre de l'Agenda 2030 et de la Convention relative aux droits des personnes handicapées » , a-t-il déclaré.

M. Alfarargi a souligné que les stéréotypes liés au genre restaient largement répandus en Suisse et que les femmes étaient encore peu représentées dans les postes de direction, tant dans le secteur public que dans le secteur privé.

« En Suisse, plus de la moitié des femmes travaillent à temps partiel, ce qui les désavantage en termes d’éducation continue, de formation et de sécurité sociale et, leur laisse une pension inférieure en fin de vie active. En outre, de nombreuses femmes occupent des emplois faiblement rémunérés dans des secteurs où la sécurité de l'emploi fait défaut. La Suisse doit prendre des mesures supplémentaires pour remédier à ces inégalités persistantes », a-t-il dit.

 

NOTE

Les Rapporteurs spéciaux font partie de la division des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, l’organe le plus important d’experts indépendants du Système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d’enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s’adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant.

 

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