Libye : le Haut-Commissariat aux droits de l’homme dénonce les conditions de détention des migrants

7 juin 2019

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) s’est inquiété vendredi des « conditions déplorables » dans lesquelles les migrants et les réfugiés sont détenus en Libye.

« Depuis septembre 2018, 22 personnes sont décédées des suites d’une tuberculose et d’autres maladies au centre de détention de Zintan », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du HCDH lors d'un point de presse à Genève.

Lors d’une récente visite au centre de détention de Zintan, où sont détenus 654 réfugiés et migrants, les équipes de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet avaient constaté que ces derniers étaient « gravement mal nourris » et assoiffés.

« Ils étaient enfermés dans des entrepôts surpeuplés dégageant une odeur d’ordures et de déchets provenant de latrines débordantes », a ajouté M. Colville.

Les personnes détenues dans les installations ne recevraient qu’un repas de 200 grammes de pâtes simples par jour. Quelque 432 Érythréens détenus dans le centre, dont 132 enfants, ne recevraient que la moitié de cette portion.

En outre, plus de 60 personnes atteintes de tuberculose ont été enfermées dans un hangar séparé. Trente autres ont été transférées au centre de détention de Gharyan, au sud de Tripoli, tout près de la ligne de front actuelle. « Ils auraient été envoyés là-bas pour y mourir car il n’y a pas de lieu de sépulture pour les chrétiens à Zintan », a précisé le porte-parole du Haut-Commissariat.

Selon Rupert Colville, les conditions qui règnent au centre de détention de Zintan sont assimilables à des peines ou traitements inhumains et dégradants, voire à de la torture.

UNICEF/Romenzi
Derrière cette porte en fer, des migrants sont assis sur des matelas posés à même le sol dans un centre de détention en Libye.

Plus de 2.000 réfugiés interceptés et renvoyés en Libye par les garde-côtes libyens

Par ailleurs, des informations font état de disparitions et de traite d’êtres humains, après que des personnes ont été interceptées en mer par les garde-côtes libyens.

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), davantage de personnes (1224) ont été renvoyées en Libye par les garde-côtes libyens durant le seul mois de mai qu’au cours du reste de l’année 2019.

Au total, ce sont plus de 2.300 personnes qui ont été arrêtées jusqu’à présent au large des côtes libyennes et placées dans des centres de détention. 

L’ONU exhorte  le gouvernement d’accord national (GAN) à lancer immédiatement une enquête indépendante pour retrouver ces personnes disparues.

Les garde-côtes libyens ont annoncé que depuis le 30 avril, des centaines de personnes ont été envoyées dans une installation située à Al-Khoms, sous le contrôle du Département de la lutte contre la migration illégale. Il s’agit notamment des 203 personnes qui y ont été livrées le 23 mai dernier. Cependant, le centre d’Al-Khoms indique qu’il n’y a actuellement que 30 migrants présents, alors que 203 d’entre eux ont été emmenés là-bas il y a quelques semaines à peine.

Pour les services de la Haut-Commissaire Bachelet, cette situation est particulièrement préoccupante étant donné les informations selon lesquelles des migrants seraient vendus pour du travail forcé ou à des passeurs qui promettent un transit vers l’Europe. Selon certaines informations, certaines femmes auraient été vendues en vue d’une exploitation sexuelle.

« Nous avons documenté depuis longtemps les violations horribles dont sont victimes les migrants et les réfugiés en Libye », a insisté M. Colville.

L’ONU exhorte donc le gouvernement d’accord national (GAN) à lancer immédiatement une enquête indépendante pour retrouver ces personnes disparues. Elle appelle également les autorités libyennes et la communauté internationale à veiller à ce que les migrants et réfugiés retenus dans ces centres de détention soient immédiatement libérés.

Quelque 3 400 migrants et réfugiés sont toujours détenus à Tripoli dont 654 personnes au seul centre de détention de Zintan, selon les chiffres de l’ONU.

© UNICEF/UN052682/Romenzi
Issaa, un migrant du Niger âgé de quatorze ans, pose sa main sur un barreau d'un centre de détention, en Libye. Sa mère est décédée lorsqu'il avait 12 ans au Niger. Il a réussi à économiser 450 dollars pour effectuer la traversée vers l'Italie. Il a été arrêté et détenu avant de pouvoir embarquer sur un bateau.

Des inondations soudaines frappent le sud-ouest de la Libye

Face à la dégradation de la situation des migrants et réfugiés, le Haut-Commissariat demande aux garde-côtes libyens et au département des migrations de s’assurer qu’ils sont responsables de toutes les personnes en détention et que leurs droits fondamentaux sont respectés.

« Nous rappelons au gouvernement que lorsqu’une personne décède en détention, il y a la présomption de responsabilité des États », a indiqué M. Colville, tout en rappelant Tripoli à son « devoir de vigilance accrue pour protéger la vie des personnes privées de liberté, notamment en leur fournissant les soins médicaux nécessaires ».

Il s’agit enfin de renforcer d’urgence les options d’évacuation, de réinstallation et de retour humanitaire volontaire, et de développer des alternatives à la détention pour tous ces migrants et réfugiés détenus en Libye.

Par ailleurs, le HCR note que plus de 2.500 Libyens ont été contraints de fuir leur domicile après les fortes pluies qui ont provoqué de graves inondations dans la ville de Ghat, située à environ 1.300 km au sud-ouest de Tripoli.

« Les pluies, qui ont commencé le 28 mai, ont déjà coûté la vie à quatre personnes et trente autres sont blessées », a déclaré Charlie Yaxley, porte-parole du HCR à Genève.

L’agence onusienne, qui a envoyé immédiatement de l’aide dans la région, souligne que les 20.000 habitants de Ghat ont tous besoin de l’aide humanitaire. L’urgence pour ces populations vulnérables est de trouver un abri, de la nourriture et des articles de première nécessité.

« Des précipitations supplémentaires, bien que d’intensité réduite, sont prévues dans les prochains jours, ce qui aggravera les défis et les risques », a prévenu le HCR.

 

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