Ebola en RDC : menaces et intimidations contre des agents de santé freinent la riposte (OMS)

24 mai 2019

Malgré une augmentation constante du nombre de cas de maladie à virus Ebola la semaine dernière en République démocratique du Congo (RDC), la situation générale en matière de sécurité a permis la reprise de la plupart des activités de riposte, a indiqué vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Bien qu’aucun incident majeur d’insécurité ne se soit produit, les équipes de lutte contre les épidémies, les agents de santé locaux et les membres de la communauté qui coopèrent aux efforts de riposte sont de plus en plus menacés par les groupes armés présents dans les zones sensibles comme Katwa et Butembo », précise toutefois l’OMS dans son dernier rapport d’évaluation.

Selon l’agence onusienne, ces menaces sont souvent disséminées par des tracts ou par une intimidation directe.

Des menaces directes croissantes de groupes armés à l’encontre des équipes d’intervention continuent d’être signalées dans d’autres zones touchées par le virus Ebola, en particulier à Lubero, Masereka, Mabalako, Kalunguta et Vuhovi, ce qui a empêché certains agents de santé de mettre un équipement de protection individuelle ou d’effectuer des mesures de prévention et de contrôle des infections, par peur de la violence qui leur est infligée ou des établissements de santé où ils opèrent.
 

Banque mondiale/Vincent Tremeau
Des agents de santé revêtent leur équipement de protection individuelle avant d'entrer dans la zone où les personnes potentiellement atteintes du virus Ebola sont placées en quarantaine pour être suivies et traitées (janvier 2019).

A Musienene, les infirmiers dénoncent les menaces de mort

A cet égard, le Ministère de la santé de la RDC rappelle d’ailleurs que les infirmiers de la zone de santé de Musienene ont dénoncé les menaces de mort et de destruction des structures sanitaires qu’ils reçoivent ces derniers jours en raison de leur rôle dans la riposte contre Ebola.

« Les infirmiers de Musienene ont tenu une réunion extraordinaire hier jeudi 23 mai 2019 et ont demandé aux autorités politico-administratives de s’impliquer pour mettre fin à ce phénomène de violence contre les agents de santé », a souligné le dernier rapport épidémiologique des autorités sanitaires congolaises.

En raison de cette « violence ciblée », plusieurs médecins et infirmiers des territoires de Beni et Lubero ont dû déménager ou quitter temporairement leur habitation, forçant ainsi certaines structures sanitaires à fermer leurs portes.

C’est notamment le cas dans la zone de santé de Kyondo où les activités sont suspendues au centre de santé de référence de Kyakumba. Craignant pour leur sécurité, le médecin traitant et l’infirmier titulaire ont quitté la zone depuis mardi dernier. Au total, 132 attaques contre des formations sanitaires ont été enregistrées depuis 1e aout 2018, causant quatre morts et 38 blessés parmi les agents de santé et les patients.

Plus largement, ces trois dernières semaines ont montré que la transmission reste la plus intense dans sept points chauds : Benemba, Kalunguta, Katwa, Mabalako, Mandima et Musienene. Ensemble, ces zones sanitaires représentent plus de 90% des 349 cas déclarés au cours des trois premières semaines de mai 2019 (324 cas).

Banque mondiale /Vincent Tremeau
Des parents rendent visite à leur fille de 15 ans, soupçonnée d'être infectée par Ebola, au centre de traitement Ebola à Beni, en RDC (janvier 2019).

Plus de 1.800 cas dont plus de 1.200 décès

Depuis le début de l’épidémie, le cumul des cas est de 1.877, dont 1.789 confirmés et 88 probables. Au total, il y a eu 1.248 décès (1.160 confirmés et 88 probables) et 490 personnes guéries, selon le dernier décompte du Ministère de la santé de la RDC daté du 23 mai 2019. 

Le nombre de travailleurs de la santé touchés est passé à 105 (6% du total des cas).  Selon l’OMS, plus de la moitié des cas (1051) étaient des femmes et 30% (545) étaient des enfants âgés de moins de 18 ans. 

C’est dans ce contexte que les organismes humanitaires ont mis en garde sur les risques de propagation, en raison notamment des « taux élevés de mouvements de population se produisant depuis des zones touchées par le virus vers d’autres régions de la RDC et à travers des frontières poreuses avec les pays voisins au cours de périodes d’insécurité accrue ».

Et pour l’OMS, la longue durée de l’épidémie actuelle, la fatigue du personnel d’intervention et la pression constante sur des ressources limitées posent des risques supplémentaires.

 

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