Malte : l’ONU inquiète pour trois adolescents migrants inculpés de terrorisme

7 mai 2019

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a appelé ce mardi les autorités maltaises à réexaminer les accusations de terrorisme portées contre trois adolescents arrêtés le 28 mars à la suite de l’accostage du navire commercial El Hiblu I à Malte.

Les accusations concernent un incident survenu fin mars, au cours duquel une centaine de migrants tentant de fuir la Libye ont été sauvés dans les eaux internationales par un navire commercial en route vers la Libye. Le pétrolier ravitailleur aurait sauvé les migrants et les aurait d’abord informés qu’ils seraient emmenés en Europe, puis a pris le chemin de la Libye. Les migrants ont manifesté leur désarroi et le navire a de nouveau été dirigé vers Malte. 

Les trois inculpés âgés de 15, 16 et 19 ans, sont soupçonnés d’avoir commis un acte de terrorisme en ayant détourné le navire qui avait secouru mardi 108 migrants au large de la Libye. La justice maltaise leur reproche d’avoir pris le contrôle du pétrolier en faisant usage de la force et d’intimidation.

« Ces migrants et réfugiés ont été accusés en vertu de la législation maltaise d’avoir détourné le navire et de l’avoir forcé à se rendre à Malte », a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat, lors d’un point de presse ce mardi à Genève. 

Selon Mme Shamdasani, certaines des accusations sont punissables d’une peine d’emprisonnement à vie. « Nous comprenons que les trois doivent comparaître devant le tribunal le 20 mai. Bien que les circonstances entourant la décision du capitaine de diriger finalement le navire à Malte soient contestées, les services de la Haut-Commissaire Bachelet restent profondément préoccupés par la gravité des accusations », a-t-elle dit. 

Des accusations « jugées exagérées »

Bien que deux d’entre eux soient mineurs, les trois accusés ont été détenus dans la division de haute sécurité d’une prison pour adultes après avoir été interrogés par les autorités, sans avoir bénéficié de tuteurs légaux ni pris en charge par un chargé de la protection de l’enfance indépendant, chargés de veiller à leurs intérêts.

« Nous avons clairement fait savoir aux autorités maltaises que nous craignions le traitement réservé aux trois jeunes migrants et ce que nous considérons comme des accusations exagérées à leur encontre, et les avons instamment priées de réexaminer ces accusations », a-t-elle fait valoir.

Par ailleurs, le Haut-Commissariat a souligné qu’un bon nombre de ces migrants et réfugiés arrivés à Malte à bord d’El Hiblu I étaient déshydratés et présentaient des signes évidents de torture et de mauvais traitements, notamment plusieurs enfants.

« On ignore s’ils restent dans le centre de réception initial où la plupart d’entre eux étaient détenus initialement », a ajouté la porte-parole, tout en exhortant les autorités maltaises à veiller à une prise en charge et à une protection appropriées de ces personnes. Les services de la Haut-Commissaire Bachelet plaident ainsi leur placement dans des centres ouverts de privation de liberté où leurs vulnérabilités et leurs besoins en matière de protection peuvent être mieux évalués.

De façon générale, le Haut-Commissariat a, une fois encore, exhorté l’Union européenne et ses États membres à mettre en œuvre une réponse commune fondée sur les droits de l’homme pour mieux répondre à la crise migratoire en provenance de Libye.

Les États doivent garantir des moyens de recherche et de sauvetage suffisants en mer Méditerranée et garantir que les organisations non gouvernementales menant des opérations de sauvetage puissent mener à bien leurs activités qui sauvent des vies sans être criminalisées. Les États doivent veiller à ce que tous les migrants sauvés puissent débarquer rapidement dans un port de sécurité où leurs droits sont respectés et indiquer clairement qu’aucun retour ne devrait avoir lieu directement ou indirectement en Libye.

La Libye n’est pas une option pour débarquer les migrants sauvés en mer

D’autant que pour les services de la Haut-Commissaire Bachelet, « très clairement, la Libye, n’est pas un port sûr ». Dans ces conditions, « le renvoi forcé par un État de migrants sauvés en mer en Libye constitue une violation du principe juridique fondamental du non-refoulement, qui interdit le retour lorsqu’il existe des motifs sérieux de croire qu’une personne risquerait d’y subir de graves violations des droits de l’homme ou un autre préjudice irréparable ». 

A cet égard, le Haut-Commissariat a rappelé que différents rapports des Nations Unies sur les droits de l’homme font état de violations systématiques des droits de l’homme contre les migrants en Libye, notamment des meurtres, des détentions arbitraires, des conditions de détention inhumaines et sous la torture, des taux alarmants de malnutrition et de violences sexuelles et sexistes, notamment des viols collectifs, l’esclavage, le travail forcé et l’extorsion.

Un rapport de décembre 2018 a ainsi documenté le sort de 1.300 migrants victimes d’« horreurs inimaginables ». Ceux qui ont été interceptés alors qu’ils tentaient de fuir par la mer ont ensuite retrouvé le quotidien qu’ils avaient réussi à s’échapper. Pour ces migrants et réfugiés en Libye, une situation qui rime avec « détention illimitée, trafic, famine, passages à tabac sévères, mais également des conditions sordides dans lesquelles beaucoup développent des problèmes médicaux graves ».

 

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