L’ONU appelle le groupe d'experts sur la coopération numérique à proposer des idées audacieuses

23 janvier 2019

Des décideurs du monde entier ont discuté cette semaine à l'ONU à Genève comment limiter le risque croissant de cyberattaques internationales tout en promouvant les avantages des technologies numériques. Le chef de l'ONU a appelé à « des idées audacieuses et innovantes. »

Dans son appel à un groupe d'experts des Nations Unies présidé par la philanthrope Melinda Gates et le fondateur d'Alibaba, Jack Ma, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a invité ses membres à réfléchir aux risques et aux avantages de notre ère numérique, la 'quatrième révolution industrielle'.

« Nous avons besoin de nouvelles idées et d’idées novatrices pour exploiter les avantages et gérer les risques de cette ère numérique », a-t-il déclaré par liaison vidéo, tout en exhortant le Groupe de haut niveau sur la coopération numérique à réfléchir à la manière dont la technologie pourrait accélérer le Programme 2030 pour le développement durable.

Le groupe de a été créé à la demande du chef de l’ONU en 2018. Ses membres, qui incluent le pionnier américain de l'internet, Vint Cerf, et la dirigeante du marketing numérique basée en Corée du Sud, Sophie Eom, répondent au souhait du Secrétaire général d'inclure les contributions de l'industrie et du secteur privé, ainsi que des gouvernements, des universités, de la société civile et d'autres organisations inter-gouvernementales. Les discussions déboucheront sur un rapport final qui sera publié cet été.

« C’est vraiment un moment excitant et crucial », a déclaré M. Cerf. « Nous venons de marquer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et 50% du monde est maintenant en ligne. Aujourd'hui, à l’ère numérique, nous sommes mis au défi d'inciter à un comportement responsable ».

L'appel à contributions en ligne révèle la demande d'inclusion

Une autre originalité des travaux du groupe d'experts est son caractère interdisciplinaire et sa mission  d'écoute « des quatre coins du monde », afin de mieux comprendre les priorités et les idées des États membres des Nations Unies, des entreprises du secteur privé, des organisations de la société civile, des universités et des communautés technologiques, a déclaré la porte-parole Anoush Tatevosian.

« Ce n’est pas seulement l’intelligence artificielle, la confidentialité des données ou la gouvernance d’Internet, c’est l’intersection de ces choses », a-t-elle expliqué. « Le problème aujourd'hui est que ces questions sont souvent discutées dans leurs coins respectifs. »

L’appel à contributions en ligne du Groupe, ouvert jusqu’au 31 janvier 2019, a déjà permis de produire près de 100 communications écrites de 33 pays.

Parmi les idées analysées jusqu'à présent, la plupart ont souligné que « l'inclusivité » constituait la valeur la plus importante pour l'ère numérique, a déclaré Mme Tatevosian.

Depuis juillet 2018, les membres du groupe d'experts ont rencontré plus de 2.000 personnes et organisé sept groupes de discussion virtuels sur des sujets tels que le développement inclusif, les données, les droits de l'homme, ainsi que la confiance et la sécurité numériques.

En plus de visiter aux États-Unis la Silicon Valley et les pôles technologiques en Chine, en Israël et en Inde, les membres ont également rencontré des décideurs politiques à Paris, Beijing, Bruxelles, Berlin, Washington, Delhi et Astana et ont participé à des événements sur la politique numérique, notamment le Sommet Web, le Dialogue Raisina en Inde et à la semaine africaine du commerce électronique.

Les défis de l'ère numérique « parmi les questions clés de notre temps »

Fabrizio Hochschild, Sous-secrétaire général des Nations Unies à la Coordination stratégique, a expliqué que les espoirs initiaux concernant la technologie numérique avaient cédé le pas à une évaluation plus prudente.

« Après des années d’optimisme débridé - optimisme justifié - autour du développement des technologies numériques du cyberespace, nous sommes maintenant conscients que ces développements positifs comportent des inconvénients », a expliqué M. Hochschild.

« Nous sommes sur le point de nous demander : les nouvelles technologies contribueront-elles à la paix ou l’affaibliront-elles? En général, vont-elles élargir l'accès au développement durable ou vont-elles accentuer les inégalités? Faciliteront-elles le respect des droits de l'homme ou fourniront-elles de nouveaux outils à ceux qui souhaitent restreindre ou violer la réalisation des droits de l'homme? », a-t-il ajouté.

« De telles questions reflètent la conviction du Secrétaire général que les défis posés par l'ère numérique sont l'un des problèmes clés de notre époque - à côté du changement climatique, à côté du traitement des inégalités », a déclaré M. Hochschild.

Nous sommes sur le point de nous demander : les nouvelles technologies contribueront-elles à la paix ou l’affaibliront-elles? - Fabrizio Hochschild, Sous-Secrétaire général de l'ONU

« Une trentaine d'États ont la capacité de se défendre et ces capacités se renforcent chaque jour », a-t-il expliqué. « Mais où en sont les 163 autres pays qui n’ont pas une telle capacité, ni les moyens financiers, ni les moyens politiques pour se défendre? »

En suggérant que la sphère numérique « amplifie les inégalités existantes », le responsable des Nations Unies a déclaré que parmi les défis les plus urgents, il convient de s'attaquer au manque d'accès à Internet dans les pays les plus pauvres du monde - où moins d'une personne sur cinq dispose de l'électricité régulièrement – et de répondre au fossé numérique grandissant basé sur le genre.

« En 2019, il est choquant de constater que le nombre de femmes qui accèdent à l'Internet est inférieur de 10% à celui des hommes», a déclaré M. Hochschild. « Dans les pays développés, il est inférieur de 33%, et le pire, c’est que ces statistiques, loin de s’améliorer, s’aggravent ».

 

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