Afghanistan : au Conseil de sécurité, l’ONU souligne des avancées vers la paix

17 décembre 2018

La possibilité d’une fin négociée au conflit en Afghanistan n’a jamais été aussi concrète au cours des 17 dernières années qu'aujourd'hui, a déclaré  lundi l'envoyé de l'ONU dans le pays devant le Conseil de sécurité .

Le Représentant spécial de l’ONU en Afghanistan, Tadamichi Yamamoto, a rendu compte aux membres du Conseil des dernières élections législatives ainsi que du processus de paix et de la réunion ministérielle qui s’est tenue le mois dernier à Genève.

« Les résultats préliminaires des récentes élections législatives indiquent que 28% des nouveaux élus sont des femmes, ce qui dépasse le quota visé », s’est félicité devant le chef de la Mission des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).

M. Yamamoto a loué le fait que les Afghans ont joué un rôle accru dans le processus électoral législatif qui s’est tenu le 20 octobre dernier dans 33 des 34 provinces du pays. Il a souligné que les Afghans ont été les principaux responsables de la gestion sécuritaire et de la mise en œuvre des élections. Un tour de force alors que le scrutin comptait près de 10 fois moins d’experts internationaux qu’en 2005, et que l’assistance financière allouée avait été réduite de plus de la moitié.

Le Représentant spécial a toutefois déploré la mort de 400 civils lors de 108 incidents violents recensés le jour du scrutin, soulignant qu’il s’agissait du nombre le plus élevé de victimes civiles en une seule journée électorale depuis 2009, même si sur la période électorale le nombre de victimes équivaut à celui de 2014.

« Il y a eu toutefois eu des irrégularités, majeures et évitables, dans la préparations et l’implémentation des élections par les corps électoraux », a signalé M. Yamamoto, soulignant que ces institutions doivent s’améliorer avant le scrutin présidentiel prévu en 2019.

« La possibilité d’une fin négociée au conflit n’a jamais été aussi concrète au cours des 17 dernières années que maintenant », a ensuite affirmé le Représentant spécial évoquant la conférence ministérielle qui s’est tenue à Genève le 28 novembre.

« La prochaine étape clef serait une rencontre entre représentants du gouvernement et les Talibans, ou, tout du moins, une initiative formelle en faveur de ce qui est appelé dans la médiation de « pourparlers à propos des pourparlers », a-t-il poursuivi.

« Je les exhorte à encourager la confiance et la tenue du dialogue. J’appelle en particulier les pays de la région à contribuer à la création d’un environnement propice aux pourparlers de paix, permettant au peuple afghan de résoudre ses différends par le biais de négociations », a dit M. Yamamoto.

« En passant de contacts à des pourparlers, nous pouvons commencer à nous éloigner d’une logique de guerre pour nous consacrer à la possibilité de la paix », a-t-il expliqué.

Grâce à un tel changement, nous pouvons commencer à envisager les dividendes d’un Afghanistan stable au sein d’une région riche de promesses, plutôt que de continuer de craindre les menaces émanant d’un pays instable, a poursuivi le Représentant spécial, en insistant sur la phase d’espoir actuelle. 

Enfin M. Yamamoto a attiré l’attention des membres du Conseil sur l’appel humanitaire de 612 millions de dollars pour l’année 2019, exhortant la communauté internationale à appuyer les personnes en besoin en Afghanistan.

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Un champ de pavot pour l'opium en Afghanistan.

L’opium illicite et l’économie informelle parmi les défis du pays 

Pour sa part le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yuri Fedotov, a estimé que des efforts redoublés de la communauté internationale, en plus d’un engagement régional, étaient nécessaires pour surmonter les défis sérieux qui se posent en Afghanistan en matière d’insécurité, de pauvreté et d’état de droit, soulignant que l’opium illicite et l’économie informelle figurent parmi ces défis. 

Yuri Fedotov a expliqué que même si la surface cultivée a chuté de 20% comparé au record de 2017, cette chute était dû à la sécheresse et que plus de 5.000 tonnes d’opium sont potentiellement disponibles pour la production d’héroïne exportable, alors que les niveaux continuellement élevés de l’offre ont fait chuter les prix au plus bas

Le chef de l’ONUDC a aussi affirmé que l’Afghanistan demeure une source importante de haschich, 22% de la production mondiale saisie en 2016 l’ayant été dans ce pays. 

M. Fedotov a reconnu que le gouvernement afghan a pris des mesures pour renforcer la résilience face aux flux financiers illicites et promouvoir la bonne gouvernance. Le Directeur exécutif a assuré le Conseil de sécurité que l’ONUDC soutient aussi les autorités pour identifier des « cibles communes » dans le cadre d’une « stratégie antinarcotiques régionale ».

 

 

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